L’un des plus grands professeurs de droit de notre pays, le Professeur Paul-Henri Steinauer, vient de mourir. En ces jours de profonde tristesse pour sa famille et ses amis, je me souviens de ses cours dispensés non pas à l’Université de Fribourg, dans laquelle il a enseigné pendant quarante ans, mais à l’Université de Genève, où il était venu remplacer un collègue malade pour y enseigner durant deux années la branche dans laquelle il excellait, celle des droits réels.
En ce jour gris, je me souviens surtout de ce long échange téléphonique que nous avons eu il y a quelques années. Il m’avait appelé sur mon portable et m’avait demandé s’il me dérangeait. Je traversais alors la Place de la Planta. Sachant son emploi du temps chargé et lui étant reconnaissant de cet appel, j’ai décidé de partager ce moment de réflexion avec lui tout en marchant de bas en haut et haut en bas de ce lieu si fréquenté par les notables de chez nous. Je l’avais quitté à vingt-cinq ans et je l’avais retrouvé plusieurs années plus tard à l’occasion d’opinions juridiques qu’il délivrait à l’occasion si le sujet lui paraissait intéressant et s’il estimait pouvoir contribuer à un apaisement de rapports conflictuels. A quelques reprises, des échanges similaires eurent lieu. A chaque fois, je ressortais de ces discussions avec ce sentiment puissant d’avoir partagé non seulement avec une personne qui maîtrisait la forme et le contenu de la loi, mais avec quelqu’un qui savait aller au-delà de ce que pouvait représenter le droit et qui écoutait tous les arguments. Ses paroles étaient empreintes de cette chose de plus en plus rare dans notre profession, une vraie éthique. A la fin de cet entretien passionnant, il m’avait fait comprendre, dans un cas très singulier, que j’avais bien assimilé la théorie du droit mais que les circonstances de fait imposeraient certainement à la magistrate en charge du dossier de ne pas faire application de la loi dans toute sa rigueur pour ne pas provoquer en cascades des désagréments trop désagréables. Mon client allait devoir, me disait-il entre les lignes, se satisfaire simultanément d’une injustice et d’un refus d’application du droit. Le Professeur Paul-Henri Steinauer n’avait pas seulement en lui la puissance de l’instruction académique et de l’intelligence, il avait le sens du réel, le bon sens de l’humain et le courage de la parole juste.
Olivier Guillod, en 2014, dans les Mélanges en l’honneur du Professeur Paul-Henri Steinauer avait su saluer avec des mots choisis le parcours hors norme de ce maître du droit civil helvétique (cliquer ici).
Que ceux qui ont repris son enseignement gardent à l’esprit les si nombreux grains qu’il a su semer avec un tact et une grande ferveur .
One thought on “En l’honneur du Professeur Paul-Henri Steinauer”
Ce qu’il y a notamment de particulier concernant les défunts (paix à leur âme) est que ceux-ci ne peuvent corriger ce qu’on leur fait dire a posteriori.
Ce qu’il y a notamment de particulier concernant les défunts (paix à leur âme) est que ceux-ci ne peuvent corriger ce qu’on leur fait dire a posteriori.