A la mémoire de Mikis Theodorakis, de la Grèce….et de Gilles

4 septembre 2021

(PAR ERNEST FANTI)

A la mémoire de Mikis Theodorakis, de la Grèce….et de Gilles

 

GRECE, SOUVIENS-TOI

 

Grèce, souviens-toi des temps heureux, pas si lointains, Ton nom fleurait saveurs, effluves et parfums, La voix chaude de Melina, les airs de Mikis, Les mezzés et l’ouzo apprêté à l’anis.

Mais des forbans, champions de l’évasion fiscale Pillèrent le pays, grâce aux fraudes abyssales.

L’argent est métèque et le pire reste à venir :

L’Europe des banquiers, cornaquée de ses sbires.

Les commissaires de Bruxelles, odieux gabelous, Ont saigné ton peuple meurtri, l’ont mis à genoux.

Depuis j’ai compris ce monde de vilénies :

Je demeure dans ma bulle, bercé de poésie.

Au siècle dernier, au seuil des années soixante, Gilles, sur une terrasse ombragée, non loin de Zante Avant les colonels, le plomb et la braise, Créa La petite gare du Péloponnèse.

LA PETITE GARE DU PÉLOPONNÈSE

Baraque sang de bœuf, à l’ombre

De quelques grands eucalyptus.

Des voyageurs en petit nombre.

Loutra-Kyllini! Terminus!

Le train arrive. Il brinquebale

En sifflant gaiement les copains

Sur son chemin de pastorales

Qui ondule à travers les pins.

Il a choisi la voie étroite;

Sans hâte, il va tant bien que mal.

Nous, dans la chaleur un peu moite

Autour de l’ouzo matinal,

Nous contemplons la mer brillante

De soleil, sous le vent léger,

Qui chasse entre la côte et Zante

Ses jolis moutons sans berger.

Ah! Qu’on est bien! Que l’on se sent à l’aise Dans ce café, si modeste, en plein air, Petite gare du Péloponnèse Entre le ciel, le feuillage et la mer!

Ombre verte et lumière blonde.

Quelques Grecs, de petites gens,

Le plus gentil peuple du monde,

Curieux, amical, obligeant.

On voit le garçon qui s’empresse

Chargé de chaises et verres d’eau.

Simplicité enchanteresse

De ce pays, comme un cadeau,

Un don royal de la nature,

Où les dieux survivent toujours,

Ceux du foyer, de l’aventure,

De la jeunesse et de l’amour.

Nausicaa et sa nourrice

S’en vont à travers les roseaux

Pour accueillir le vieil Ulysse

Comme autrefois sauvé des eaux.

Ah! Qu’on est bien! Que l’on se sent à l’aise Dans ce café, si modeste, en plein air, Petite gare du Péloponnèse Entre le ciel, le feuillage et la mer!

Ô solitude sans égale,

Ô beau silence traversé

Parfois, par le chant des cigales.

Le présent lié au passé

Par les mêmes jeux de lumière,

Par le même rythme un peu lent

Berçant la Grèce toute entière

Qui renaît après deux mille ans.

La petite locomotive

Elle-même, dans ce décor

– cheval de Troie à la dérive –

Semble surgir de l’âge d’or!

Le train. La gare. Un air de brousse.

« C’est le Far-West » dit un faquin.

« Si l’on veut », fait une voix douce,

« Un Far-West… sans Américains! »

Ah! Qu’on est bien! Que l’on se sent à l’aise Dans ce café, si modeste, en plein air, Petite gare du Péloponnèse Entre le ciel, le feuillage et la mer!

C’est ici le dernier refuge

De l’homme en ces temps aberrants

En attendant l’autre déluge

Que préparent les quatre Grands.

Ici, tout est mesure et grâce;

Sur les ailes de l’aquilon,

L’esprit monte à travers l’espace

En suivant le char d’Apollon.

Le train siffle. Adieu, bon voyage!

Nous restons. « Garçon! Deux ouzos

Avec des mézés! – c’est l’usage –

Efkaristo! Parakalo! »

Grèce, en rêvant sur ton épaule

Au creux de ton sein maternel,

J’oublie tout: mes soucis, de Gaulle,

Jusqu’au péché originel!

Ah! Qu’on est bien! Que l’on se sent à l’aise Je penserai à toi les soirs d’hiver Petite gare du Péloponnèse Entre le ciel, le feuillage et la mer!

Loutra-Kyllini, juillet 1961

© Fondation Jean Villard-Gilles

https://youtu.be/yl-KMnzq2b4

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