Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Des gens normaux, pas des juges maqués (38)

22 juin 2022

 


À la sortie du dernier jour de son procès à Bellinzone, le jour de son 67ème anniversaire, Michel Platini a accordé une très brève interview à la RTS. Lui a été posée cette question toute simple : allez-vous être acquitté ? La réponse, naturelle, fusa : « naturellement, puisque je n’ai rien fait. Et cette fois, ce seront des juges, des gens normaux, qui jugeront, pas des juges maqués ». Il a fustigé la commission de discipline, le tribunal de recours de la FIFA, ainsi que les instances du TAS, à la solde, selon son appréciation, de la clique à Gianni Infantino.

Le cours des événements, la réalité des faits, ne donnent pas tort à Platini. En effet, les circonstances de l’éclosion de l’affaire, le rôle de la presse qui n’a eu de cesse de l’accabler, la mise en mouvement rapide – et sans désemparer – des procédures disciplinaires et, surtout, les rencontres secrètes initiées par un agent-ami de Gianni, le Brigand [1] Arnold, le premier procureur du Haut-Valais, organisées d’entente avec le ministère public de la Confédération, laissent un arrière-goût très amer pour tout observateur extérieur au processus d’élection du président de la FIFA et au monde judiciaire suisse.

Les Américains ont débarqué à Zurich pour faire le ménage au sein de la FIFA. Blatter n’a pu alors que constater son erreur flagrante, celle d’avoir voulu briguer un cinquième mandant. Il a dû démissionner devant ce chaos voulu par le FBI et la justice américaine. Mais personne ne croit que cette institution avait pour cible, directe ou indirecte, Michel Platini. Bien d’autres coquins de grande envergure étaient ciblés par les USA. Et c’est alors, à cette époque de démantèlement pensé de la FIFA, qu’a surgi un paiement de deux millions que d’aucuns ont imaginé immédiatement comme pouvant provoquer aussi la chute de Michel Platini. Comme le dit Sepp Blatter, le rusé des champs de coton,« à qui profite le crime ? ». Posant cette question, il s’exclut du jeu et fait porter le regard sur ces rencontres secrètes inqualifiables initiées par Arnold et Marty, et acceptées par Lauber et Infantino. La messe était dite, le naïf communiant Michel devenant un très méchant pécheur à qui ne serait pas donnée facilement une absolution.

L’Evêque Infantino pouvait ainsi compter les coups qu’immanquablement allaient donner à Platini et à Blatter ses prochains courtisans.Dans l’intervalle, la structure de la Commission d’Ethique et de la Commission de recours était modifiée, une nouvelle cour était mise en place et une « nouvelle et gentille » FIFA remplaçait la « mauvaise et ancienne » FIFA. Infantino devint ainsi pendant la période d’éclosion de son règne l’apôtre de la bonne parole et du bien, sachant renvoyer son prédécesseur Blatter et son camarade du passé Platini dans les cordes, et même hors du ring.

Platini acquitté ? Les choses ne sont pas si simples, car, en sus de la construction des faits découlant de l’argumentation du procureur Hildbrand, les juges pénaux, « ces gens normaux », devront avoir le courage de renvoyer le MPC à une meilleure pratique, moins sale, plus légale, celle que doit inculquer à ses troupes le nouveau procureur fédéral, Stefan Blättler, le remplaçant du démis Michael Lauber. Et cet acte, l’acquittement de Michel Platini, exige un courage certain qui n’est pas celui de « gens normaux », mais de personnes ayant une haute estime de la justice et de leur métier.

Ce n’est pas gagné.

Mais ce n’est pas perdu.

Bonjour à tous les gens simples.

 

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[1] Originaire de Brigue

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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