Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. L’Aargauer Zeitung en sauveur de Michel Platini (41)
29 juin 2022
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Henry Habegger et l’Aargauer Zeitung vont peut-être sauver la tête de Michel Platini. L’article paru ce 29 juin 2022 à 12 heures est une bombe procédurale. Il valide largement toutes les hypothèses émises avec prudence à L’1Dex depuis des mois, en lien avec le tableau chronologique figurant sur la colonne de droite du site.
Certes, les timorés et les courtisans du MPC diront qu’il ne s’agit encore que de spéculations. Mais celles-ci, tout autant que celles du procureur général émises à l’encontre de Michel Platini, sont fondées sur des documents d’une étrange étrangeté.
Et qui voyons-nous au premier rang des affreux solistes, le premier procureur du Haut-Valais, Rinaldo Arnold.
Quels peuvent être les effets de cet article atomique ?
On imagine tout d’abord que les avocats suisses de Michel Platini ne vont pas manquer d’alerter immédiatement les juges du Tribunal fédéral, avec communication de leur réflexion à toutes les parties. Les juges de Bellinzone vont être interloqués et devront s’interroger : que faire de ces nouveautés alors même que le jugement est mis en délibéré ? Dans le système suisse, on peine à croire que les délibérations seront interrompues. Pourtant, dans le même temps, on ne va pas imaginer que ces éléments seront indifférents pour ces magistrats impartiaux.
On imagine ensuite que les avocats français de Michel Platini, Me Hervé Temime (avocat de Bernard Tapie, de Gérard Depardieu, de Nathalie Baye, de Roman Polanski et de François-Marie Banier), Me Gérard Zbili, pénaliste renommé ayant géré de très lourds dossiers (cliquer ici) et Me Najaw Elhaite (une expérience importante dans le champ institutionnel et judiciaire [cliquer ici]) ne se précipitent pas avec intelligence devant le parquet pour expliquer avec douceur et fermeté à un procureur français, autorité de poursuite, qu’il est temps d’agir à l’encontre de ces gens qui ont privilégié les rencontres secrètes et les espaces obscurs des hauts lieux bernois aux bureaux officiels de l’instruction. Les indices renforçant la thèse du trafic d’influences de droit français paraissent de plus en plus solides.
L’1Dex avait relevé l’importance du 8 juillet dans la vie de Platini. Et voilà, à travers l’Aargauer Zeitung, que surgit un troisième 8 juillet, après Séville 1982 et Bellinzone 2022. Voici donc le 8 juillet 2015 à Berne.
Cet article amène non seulement une pierre au moulin de L’1Dex, mais aussi au livre de Alain Cottagnoud, Le Fifagate et la justice suisse (disponible par un simple courriel adressé à l’excellente librairie indépendante sédunoise La Liseuse (laliseuse@netplus.ch), qui peut l’acheminer aussi vers nos lecteurs français. La lecture du chapitre intitulé « La descente aux enfers du procureur Lauber » est savoureuse si on la complète avec le texte de Henry Habegger.
(PAR ARGAUER ZEITUNG)
Encore et toujours le 8 juillet–le jour où Platini a été abattu.
Des indices récemment apparus alimentent le soupçon qu’une intrigue a conduit en 2015 à laprocédure pénale contre Joseph Blatter et Michel Platini.
C’était le 8 juillet 1982.Michel Platini et l’équipe nationale française de football ont été éliminéspar l’Allemagne en demi–finale de la Coupe du monde en Espagne après une séance de tirs aubut. Le point le plus bas du match fut la vilaine faute du gardien de but allemand ToniSchumacher, qui assomma dans la surface de réparation Patrick Battiston, lancé à toute vitessepar Platini. Battiston est resté inconscient, souffrant d’une commotion cérébrale et d’une vertèbrecervicale fracturée. Schumacher, qui s’est fait remarquer pard’autres agressions ce soir–là à Séville,n’a même pas reçu de carton jaune.
Exactement quarante ans plus tard, le 8 juillet 2022, quelle drôle de coïncidence, le Tribunal pénalfédéral doit ouvrir le jugement dans la procédure contre les anciens grands de la Fifa Sepp Blatteret Michel Platini. Le Ministère public de la Confédération (MPC) leur reproche une fraude d’unmontant de 2 millions de francs, plus les cotisations aux assurances sociales. En 2011, Blatteraurait fait en sorte que Platini reçoive 2millions de la Fifa. Blatter et Platini affirment en revanchequ’il s’agissait d’un paiement complémentaire issu d’un contrat verbal datant de 1998.
La version de Thormann est aussitôt démentie.
Mais une question n’a toujours pas été résolue à ce jour :comment les enquêteurs ont–ils trouvéce paiement de 2 millions en 2015 ?
Olivier Thormann, aujourd’hui juge pénal fédéral, avait alors ouvert la procédure en tant queprocureur de la Confédération. Il a déclaré en juin 2022, en tant que témoin, devant leTribunalpénal fédéral : Markus Kattner, alors directeur financier de la Fifa, avait attiré son attention sur lepaiement le 27 mai 2015. Une version que Kattner, également appelé à témoigner, a toutefoisimmédiatement démentie.
L’autorité de surveillance : Arnold a agi dans l’intérêt d’Infantino
Un autre 8 juillet se retrouve ainsi au cœur de l’affaire : le 8 juillet 2015, date à laquelle le procureur haut–valaisan Rinaldo Arnold s’est présenté au procureur général de la Confédérationde l’époque, Michael Lauber, et à son chef de l’information, André Marty. Il n’existe pas deprocès–verbal de la rencontre. Arnold a indiqué qu’il était intéressé par un poste, les deux autresont d’abord dit qu’il s’agissait de questions générales sur la poursuite pénale.
Dans son enquête disciplinaire contre Lauber, l’autorité de surveillance du Ministère public de laConfédération (AB–BA) a toutefois conclu en 2020 que tout cela était invraisemblable [1]. Il est« plausible » qu’Arnold ait fait des démarches auprès de Lauber dans le sens de son ami d’enfanceGianni Infantino, alors secrétaire général de l’UEFA. Infantino aurait envisagé de se présenter àla présidence de la Fifa après la démission de Blatter le 2 juin 2015. Il aurait eu intérêt à savoir siles procédures pénales pour corruption à la Fifa ouvertes peu avant par le Ministère public de laConfédération « (visaient) également Joseph Blatter et/ou Michel Platini, les concurrents directsde Gianni Infantino pour la présidence de la Fifa », peut–on lire dans le rapport AB–BA. Platiniétait alors le favori de la couronne pour la succession de Blatter. Infantino lui–même affirmen’avoir rien à voir avec ces événements.
Étrange affaire de la boîte 0513
Tout porte à croire que le 8 juillet 2015 a été décisif pour l’ouverture de la procédure pénale concernant les 2 millions d’euros :
•Le 8 juillet 2015, la mystérieuse rencontre avec Arnold a eu lieu dans le bureau de Lauber.
•Le 8 juillet 2015, le Ministère public de la Confédération a également chargé la Police judiciaire fédérale (PJF) de « réexaminer » deux caisses (numéros 0513 et 0250) contenant des dossiers scellés de la Fifa, comme l’indique un procès–verbal dont CH Media a pris connaissance. La caisse numéro 0513 contenait des documents relatifs à des paiements effectués à des membres du comité exécutif de la Fifa, dont Platini. La caisse 0250 contenait des documents de la division TV de la Fifa. La caisse 0513, comme d’autres documents, avait été saisie le 27 mai 2015 lors d’une perquisition à la Fifa. La boîte avait déjà été brièvement ouverte le 26 juin 2022, mais avait ensuite été curieusement remise sous scellés à la demande de la Fifa.
•Le 8 juillet également, il s’est passé, selon les dires, quelque chose d’encore plus frappant : le procureur général dela Confédération Lauber a convoqué son enquêteur en chef Thormann par courriel pour un entretien en tête–à–tête.
La visite d’Arnold semble donc avoir déclenché une série d’étapes qui ont conduit à la procédurepénale contre Blatter et Platini, et finalement à l’élection d’Infantino à la présidence de la Fifa.
Le descellement et le tri des deux caisses, ordonnés le 8 juillet, ont eu lieu le 15 juillet 2015 à Berne. Le procureur Cédric Remund, qui remplaçait Thormann absent pour cause de vacances,était chargé de l’opération. La procédure a été laborieuse, elle a duré de 10h15 à 15h15. Faitdécisif : les deux boîtes 0513 et 0250 n’ont plus été scellées par la suite. A partir de là, les dossiersétaient « à la disposition du Ministère public de la Confédération (MPC) pour une perquisitionsans réserve » pendant 6 mois, comme l’indique un document.
On ne sait pas pourquoi la Fifa a soudainement renoncé à la mise sous scellés, ni qui en a décidé.Quoi qu’il en soit, la Fifa a ainsi livré ses membres de l’Exco–notamment Platini–aux autoritésde poursuite pénale. Il est certain qu’Infantino n’était pas le seul à avoir intérêt à empêcher Platinide succéder à Blatter. Au sein de la hiérarchie de la Fifa, nombreux étaient également ceux quis’opposaient à Platini, dont Blatter, le président sortant. Certains, et non des moindres, comme lechef de la conformité Domenico Scala, de facto l’homme fort de la Fifa à Zurich en juillet 2015,avaient eux–mêmes des ambitions.
Le 23 juillet 2015, Thormann, de retour de vacances, a demandé à l’UBS de lui communiquertoutes les « relations d’affaires actives/inactives » avec Platini ainsi que les relevés de comptedepuis l’ouverture. Il n’était pas encore question ici du paiement de 2 millions–ce qui necorrespond pas à la déclaration de Thormann en 2022 devant le tribunal, selon laquelle Kattnerl’aurait rendu attentif au paiement en mai 2015.
En revanche, Thormann a demandé de manière ciblée à l’UBS les « relevés de dépôt au 31.12.2010, 30.06.2011 et 31.12.2011″ de Platini. Il s’agissait donc exactement de la période à laquelle correspondait le paiement de deux millions. Comment Thormann le savait–il ? L’affaire a suivi son cours. Dès le 28 juillet 2015, UBS a fourni les informations demandées, doncaussi le virement des 2 millions du 1er février 2011. Dans une deuxième édition auprès d’UBS le 9 septembre 2015, Thormann s’est référé pour la première fois explicitement à ce paiement et aexigé tous les documents y relatifs. Dans sa motivation, il a indiqué que le paiement pourrait êtrelié à l’attribution des championnats du monde 2018 et 2022 de décembre 2010.
Le 25 septembre 2015, Thormann a ouvert la procédure pénale concernant les deux millions. Parla suite, la Fifa a suspendu Blatter et Platini, bien que ce dernier n’aitpas été mis en cause àl’époque. Le 26 février 2016, Infantino, le troisième larron, a été élu président de la Fifa.
Le 8 juillet–un jour d’intrigues ou de mauvaises décisions ?
En ce qui concerne le 8 juillet 1982, Joseph Blatter, qui était alors présent au stade de Séville entant que secrétaire général de la Fifa, déclare : « Il a été très contrarié par la mauvaise décision del’arbitre après la faute de Schumacher ; j’ai compati avec les Français ».
Ce 8 juillet 1982, Michel Platini a transformé deuxpenalties, mais cela n’a pas suffi. Il parle néanmoins d’un « grand souvenir ». Il déclare : « C’était un grand moment de l’histoire du football,même si nous avons perdu. C’était très intense, plein de sentiments, d’émotions, de joie,d’inquiétude, de haine, de confiance, de déception, tout cela en l’espace de deux heures. Sil’arbitre avait pris la bonne décision, il ne fait aucun doute que nous aurions été en finale. Je suisconvaincu que cette fois, 40 ans plus tard, la justice prévaudra. » [2]
[1] Ne pas oublier que Carla del Ponte, l’ancienne procureur de la Confédération et procureur au TPI, ne croit pas une seule seconde aux sornettes des participants et à leur absence de souvenir, affirmant en plein TJ Suisse que les participants à ces raouts s’étaient concertés pour faire un faux témoignage. Oui, pas moins, les amis !
[2] La maîtrise du tableau chronologique de L’1Dex devient impérative pour quiconque veut parler sérieusement du Fifagate. Un merci tout particulier à Anaximandre d’Ephèse qui a travaillé durement avec moi à l’établissement de cette pièce redoutable.
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