Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Thomas Hildbrand requiert 20 mois de prison contre les deux accusés et « oublie » sans surprise l’affaire ISL (24)
15 juin 2022
0
La FIFA de Gianni Infantino et le MPC de Thomas Hildbrand veulent simultanément et définitivement la peau de Sepp Blatter et de Michel Platini.
Sans surprise, le procureur de la confédération [1] a requis dix-huit mois d’emprisonnement à l’encontre des deux hommes, une peine identique pour les deux compères qui, selon lui, ont agi de concert et contre les intérêts de la FIFA, trompée astucieusement par une facture fictive dépourvue de réalité. Point à la ligne. Circulez, il n’y a plus rien à voir. Platini est condamné à rembourser la somme de 2’200’000 francs, déjà séquetrée. Pas moins.
Thomas Hildbrand est ce même magistrat qui, en mai 2010, en qualité de procureur extraordinaire de Zoug, avait osé, en se fondant sur l’article 53 CP, établir, contre le principe in dubio pro duriore [2], une ordonnance de classement. Les courageux liront ce document (cliquer ici : Ordonnance de classement du 11 mai 2010 – Affaire FIFA – ISL) et se forgeront par eux-mêmes une opinion portant sur la versatilité à travers des années de ce brave Thomas.
Thomas Hildbrand a donc balayé d’un doux revers de main, qui a dû tant plaire à Gianni Infantino et à tous ses camarades du moment, la thèse commune revendiquée par Blatter et Platini, à savoir l’existence d’un contrat oral conclu dès l’origine par volonté concordante de la FIFA et de Blatter.
La démonstration du fait que la justice pénale appartient au champ du casino apparaît avec force dans la comparaison des affaires ISL 2010 et Platini 2015. Voilà en 2010, la FIFA intervenir auprès du ministère publique dans la transparence publique pour convaincre les parties à une solution négociée; voilà en 2015, la FIFA s’inviter dans des réunions publiques avec les procureurs fédéraux pour forcer un jugement condamnatoire. Que les courageux s’essaient à un début d’explication logique …
Si la position du MPC devenait celle du Tribunal pénal de Bellinzone, tout observateur extérieur impartial peinerait à expliquer que Michel Platini n’ait pas été mis en examen dès 2015, peinerait à comprendre pour quelle raison Markus Kattner n’est pas sur le banc des accusés, peinerait à saisir les mouvements de pensée de Olivier Thormann, peinerait à expliquer la nature des réunions secrètes initiées par un procureur du Valais, Rinaldo Arnold, ami d’enfance de Gianni Infantino, peinerait à trouver un semblant de quoi que ce soit dans le nombre de boissons figurant sur un ticket de restaurant, peinerait à exclure des liens massifs qui figurent dans la chronologie des événements et peinerait peut-être même à comprendre l’acharnement de Infantino envers Platini.
Thomas Hildbrand, c’est la peine identique requise qui le démontre, fait clairement de Blatter et de Platini, un duo de mauvaiseté s’organisant pour piller la FIFA en établissant ensemble une facture bidon, modifiant un accord écrit parfaitement clair.
Thomas Hildbrand, d’origine haut-valaisanne, a donc choisi d’abattre un célèbre Haut-Valaisan, en sachant qu’un autre Haut-Valaisan, un magistrat, est devenu l’entremetteur de réunions décisives auxquelles ont participé trois autres Hauts-Valaisans.
Au fait, un septième Haut-Valaisan a été choisi ce jour en qualité de membre de l’Autorité de surveillance du MPC par l’assemblée fédérale.
David Fincher est prêt à réaliser un autre Seven !
[1] Pendant plus de quatre heures et demie, il s’est attaché à balayer la thèse d’un « contrat oral » conclu entre les deux hommes pour un travail de conseiller effectué par Platini entre 1998 et 2002, alors qu’il venait de s’allier au Suisse pour le porter à la présidence de la Fifa.
[2] En d’autres termes, le principe in dubio pro duriore exige que, lorsqu’un doute subsiste, le Ministère public renvoie en accusation le prévenu. Lorsque l’instruction est terminée, ce principe in dubio pro duriore cède sa place au principe in dubio pro reo, lequel prévoit alors que le doute profite à l’accusé.