Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Une telenovela sicilienne à la mode helvétique (31)

18 juin 2022

(VIA SUDDEUTSCHE ZEITUNG)

Liminaire : la traduction de l’article en allemand est certainement lacunaire, mais le lecteur saisira sans difficultés toutes les flèches qui y sont tirées. Contre la FIFA et contre le MPC. Oui, la justice suisse a le devoir aujourd’hui de ne pas aggraver le désastre.


Le procès autour d’un mystérieux paiement de deux millions de francs à Bellinzone
soulève de nouvelles questions délicates. La réputation de la justice suisse est plus
que jamais en jeu.


Par Thomas Kistner


Le fait que la justice suisse relève en grande partie du népotisme est illustré de
manière cinématographique par ses procédures en matière de football. L’ancien
procureur général de la Confédération Michael Lauber, par exemple, un homme sûr
de lui, s’est arrogé fin 2014 la souveraineté sur le complexe des procédures de la FIFA.
Lorsque les attributions des tournois de la Coupe du monde 2018 (à la Russie) et
2022 (au Qatar) ont été de plus en plus clairement entourées de soupçons de
corruption, le chef de l’autorité pénale bernoise a poussé la Fédération internationale
à porter plainte contre inconnu. Cela a également aidé la FIFA : elle pouvait désormais
se poser en victime, ce qui était utile face à la pression de la justice américaine.


Lauber a profité du rayonnement mondial des affaires de football. Le fait que son
Ministère public de la Confédération (MPC) ait fait n’importe quoi, qu’il ait conduit
ses services au désastre en termes d’image grâce à des rencontres secrètes avec le
brillant patron de la FIFA Gianni Infantino et qu’il soit finalement devenu luimême
la cible de l’enquête, en compagnie d’Infantino, donne à cette histoire de justice
fédérale l’ambiance d’une telenovela sicilienne.


L’affaire Lauber-Infantino est aujourd’hui entre les mains d’un duo de
retraités réactivés du ministère public zurichois, champions de la suspension des
procédures. Mais maintenant, les vétérans doivent vraiment s’y mettre et
notamment aux rendezvous de mauvais augure entre le procureur fédéral et le
patron du football. Sinon, la réputation de la justice nationale sera complètement
ternie. C’est l’autre partie intacte de la justice suisse qui les a mis dans le pétrin. Tout
d’abord, l’autorité de surveillance (ABBA) avait enquêté sur le drôle de magasin de
détectives de Lauber pour en tirer une chronique de scandale à faire dresser les
cheveux sur la tête et avait initié le départ du procureur fédéral. Puis, motclé de la
telenovela, ses mails de service de cette période délicate ont disparu avec lui.

Si les enquêteurs spéciaux restent passifs, ils feront définitivement de la Suisse un
terrain de jeu pour les fédérations sportives et les patrons qui y résident.

Le tribunal pénal de Bellinzone semble également sérieux. C’est là que se déroule le
procès d’un paiement de plusieurs millions que le président de la FIFA, Sepp Blatter,
a fait verser en 2011 à son homologue européen, Michel Platini. Mais au fond, il s’agit
de savoir comment cette enquête pénale a démarré en 2015. Et lorsque l’ancien
enquêteur du MPC Olivier Thormann a récemment présenté à Bellinzone un récit
aérien sur la manière dont il aurait découvert le paiement à l’époque, faisant même
de l’exdirecteur financier de la FIFA son informateur, il s’est passé quelque chose
d’inouï : le tribunal a convoqué l’homme ! Bien que le MPC et la FIFA aient refusé
catégoriquement.


Et voilà : Markus Kattner, l’ancien directeur financier de la Fifa, a déchiré le
témoignage de Thormann, raison pour laquelle ce dernier a maintenant une plainte
de Platini sur le dos. Platini croit depuis longtemps ce que le dossier suggère
maintenant avec force : que les enquêteurs de Lauber, le tireur de ficelles, voulaient
à l’époque à tout prix déclencher une procédure contre Platini pour que ce ne soit
pas le Français, mais un autre qui puisse devenir président de la FIFA. Il convient de
poursuivre les recherches pour savoir si c’était le cas. Le fait que le Français ait été
suspendu en raison d’une enquête bizarrement motivée dans laquelle il n’était même
pas accusé et qu’un Suisse qui a changé de camp et qui s’appelle Gianni Infantino lui
ait arraché son trône : voilà le résultat de ce travail du MPC.


Grâce à Bellinzone, les enquêteurs spéciaux doivent maintenant éclaircir des
questions extrêmement délicates : Pourquoi un proche d’Infantino étaitil assis dans
le bureau de Lauber à l’automne 2015, quelques semaines seulement après la descente
de police dans les quartiers de la FIFA ? De quoi l’intime d’Infantino avaitil parlé avec
le procureur fédéral ; pourquoi des recherches discrètes ontelles commencé
immédiatement après auprès de la banque de Platini ? Et pourquoi le MPC de
Lauber atil mené une enquête pénale sur un contrat de télévision douteux signé
par Infantino, jamais contre le signataire ?


Si les enquêteurs spéciaux restent passifs, ils feront définitivement de la Suisse un
terrain de jeu pour les fédérations sportives locales et leurs patrons. Ce qui serait bien
sûr l’acte final de cette telenovela helvéticosicilienne

2 thoughts on “Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Une telenovela sicilienne à la mode helvétique (31)”
  1. Les allemands ont tout vu. Qualifier cette affaire telenovela sicilienne est un régal : j’ai cru d’abord à du bon Stéphane Riand, et – bonne surprise – ce meilleur cru vient de Bavière ! Toujours les gnomes de Paradeplatz, avec des juristes haut valaisans. On est au sommet de l’art des combines. Bravo l’1dex pour le suivi !

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