Etat du Valais. A la table de poker des cleptocrates : les deux erreurs majeures du Matin Dimanche (3)

27 juin 2022

Dans son article du 26 juin 2022, Julien Wicky commet selon moi deux erreurs d’appréciation majeures, qui ont pour effet de faire croire au peuple, celui que veut manipuler le gouvernement valaisan, des choses inexactes. La première est d’écrire dans le premier paragraphe du texte que le Conseil d’Etat « estime que l’affaire des chalets illégaux est close », la seconde de penser avec un vieux briscard de la presse valaisanne « qu’il ne faut rien attendre des procédures pénales ».

Ces deux affirmations sont fausses.

 

Affaire close ou éclosion de l’affaire

Avant d’expliquer l’erreur, tentons de trouver une raison à celle-ci. La voici.

Le conseil d’Etat invite à la sauvette à une conférence de presse une presse non préparée, voulant faire passer le message que la commune du Val de Bagnes ne mérite plus d’être misesous surveillance car elle aurait fait le job. L’affaire des constructions est ainsi close. Tout ce qui pourrait se passer depuis ce jour entre dans le champ des anecdotes. Le gouvernement est parfait, l’histoire a été un peu longue, mais tout est rétabli dans le meilleur des mondes possibles.

Amen.

Et le journaliste, d’entrée d’article, répercute ce qu’il a enregistré, la clôture du Verbiergate. CQFD.

Mais le conseil d’Etat sait parfaitement, avec certitude, que l’affaire des constructions illicites n’est pas close, ni pour lui-même, ni pour la commune, ni pour les impliqués, ni pour les victimes. En fait, tout bien pesé, cette affaire ne fait qu’éclore.

Le Conseil d’Etat sanctifie certes le sacro-saint principe de l’autonomie communale, donne une sorte d’absolution provisoire au successeur d’Eloi Rossier, mais « oublie » qu’il exerce toujours une surveillance sur cette corporation. Or, le gouvernement sait que des constructions n’ont pas encore été régularisées, sait que certaines constructions ne seront jamais régularisées, sait que certains permis d’habiter ont été délivrés illicitement par l’ancien président et l’ancien secrétaire, sait que des décisions impossibles devront être rendues par le conseil communal (à moins de penser que celui-ci persévère dans le chemin choisi par le passé, celui de l’illégalité), sait que des chalets ont été acquis illégalement par des personnes domiciliées à l’étranger – ce qui pourrait déplaire fortement à l’Office fédéral de la justice -, sait que des actions en responsabilité doivent être introduites – si tant est que nous soyons encore dans un état de droit – à l’encontre des anciens conseillers communaux qui ont renoncé dans leur esprit à poursuivre ceux qui auraient dû restituer à la collectivité leurs gains illicites, sait que le procureur Greter doit rendre prochainement une communication de fin d’enquête en lien notamment avec la gestion déloyale des intérêts publics, sait qu’une procédure pour faux dans les titres est pendante en appel à la suite d’une condamnation en première instance d’Eloi Rossier et de Frédéric Perraudin, sait qu’une procédure pénale est ouverte contre Maurice Chevrier & consorts pour abus d’autorité, sait peut-être et surtout que la procédure pénale lié à la construction du parking des Marais-Verts a démontré des modalités d’acquisition d’argent public pénalement répréhensibles. Le conseil d’Etat sait donc que l’affaire n’est pas close. Et il sait que l’affaire de l’Ours de Bagnes n’a pas été réglée !

Pourquoi dès lors faire passer l’idée dans l’esprit des citoyens que l’affaire est close ?

Ne rien attendre des procédures pénales ou tout en attendre

Les vieux briscards consultés au début du déclenchement de l’affaire des constructions illicites ont dit au jeune journaliste Julien Wicky qu’il ne fallait rien attendre de tout ce cirque qu’il aurait créé avec son premier article.Ces vieux briscards appartiennent, nous le savons tous, au système de communication mis en place par la dominance en Valais. Par conséquent, ces gens-là, devenus pour certains de simples agents de communication ayant abandonné leur vocation de journalistes, vont toujours aller dans le sens voulu par l’autorité seigneuriale qu’ils ont appris à protéger en vassaux avec la vaillance de leur courage défectueux.

Je crois au contraire à la force de l’état de droit dans un pays démocratique, je crois que le Valais est démocratique, je crois donc que les procédures pénales déboucheront sur des sanctions exemplaires prononcées à l’encontre de ceux qui ont choisi de s’extraire de la loi pour le bien-être financier prétendu de leur communauté. Pourtant, ces gens-là savaient très bien qu’ils favorisaient une petite clique organisée. L’intérêt public se délitait devant des forces privées opaques qui se gavaient sans gêne puisque leurs pratiques étaient approuvées par les organes élus du peuple.

Par conséquent, je ne crois pas que le troisième pouvoir, le pouvoir judiciaire, le pouvoir de la justice pénale, celui que ne parvient plus à contrôler un procureur général défaillant sans vocation, puisse prendre la route que voudraient lui indiquer ceux qui savent avoir franchi toutes les limites de la décence.

Cette affaire, l’affaire générale des constructions, eût pu être assimilée par le corps des citoyens sans trop de souffrances, publiques et personnelles, si les intervenants avaient fait preuve d’un peu plus de modestie, de moins d’orgueil, d’une sorte d’humilité du pécheur catholique en confession, et non pas d’une toute puissance inaccessible et de la certitude d’être toujours accompagnés par d’autres hors-la-loi qui les auraient à jamais protégés.

Quand la table de poker est renversée et que les tricheries des tenanciers et des croupiers sont avérées, il devient bien difficile de convaincre Lucky Luke d’éviter la prison aux Dalton.

Même en Valais.

Bonjour à tous les caricaturistes vénérables de notre canton.

 

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Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

4 thoughts on “Etat du Valais. A la table de poker des cleptocrates : les deux erreurs majeures du Matin Dimanche (3)”
  1. Toujours surpris de prendre Lucky Luke comme justicier ….
    Un peu de curiosité avant l’étonnement …

    Belle été à tous!

  2. Le problème dans la démonstration est le suivant. Le Valais est un espace clos, car le pouvoir détient aussi les organes de la justice, lequels sont aux mains des mêmes clans familiaux. Donc les brigands tiennent la table.

  3. Les dés sont tellement pipés et le jeu tellement clôturé que ceux continuant à participer au théâtre ne sont pas censés l’ignorer. Alors pourquoi certains continuent-ils à y participer, tout en feignant de ne pas voir que le jeu est clôturé par la connivence des tribunaux et du Conseil d’Etat qui avancent main dans la main dans leur connivence ? En réalité, quiconque participe à ce théâtre indigne y participe pour toucher des prébendes. La réalité valaisanne est fort prosaïque: il est perpétré des délits pour faire de l’argent et le théâtre censé traiter les délits vise également à faire de l’argent. Le droit n’est ni la préoccupation de ceux commettant des délits, ni la préoccupation du théâtre censé traiter les délits.

    1. Jeanne.
      Vous parlez de théâtre, mais nous n’y sommes absolument pas. Nous nous trouvons dans la réalité bien réelle et obscure.
      Ce que tout citoyen éclairé devrait vouloir c’est la justice et le respect de cette justice. Que ceux qui ont fauté consciemment, au détriment des concitoyens, par leur soif d’argent doivent être traduits en justice et surtout être punis.
      Si aucun exemple de sévérité n’est appliqué, la société ira à vau-l’eau.

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