Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Pourquoi le MPC et la FIFA ne doivent pas recourir (49)

8 juillet 2022

Interrogés par les journalistes à la sortie de l’audience de jugement, le MPC et la FIFA ont réservé leur position quant à l’annonce d’une déclaration d’appel. Ils entendent d’abord, disent-ils, lire attentivement les considérants du jugement.

En réalité, les connaisseurs savent parfaitement quelle est la route suivie par les juges du Tribunal pénal de Bellinzone. Ces magistrats auront largement raisonné en considérant le principe in dubio pro reo, les éléments du dossier ne leur permettant pas d’être convaincus de la culpabilité des deux accusés. Le procureur de la Confédération n’aura pas pu à leurs yeux apporter les preuves suffisantes pour démontrer l’acte de gestion déloyale ou d’escroquerie commis par Blatter, avec la complicité de Platini, contre la FIFA. Et tout avocat suisse sait que, dans une telle hypothèse, il est pratiquement impossible de démontrer le caractère arbitraire, donc grossièrement choquant, de la démonstration qui aura été faite par les juges de première instance. On me rétorquera que le pouvoir de cognition des juges en appel est complet et qu’ils pourraient construire librement une autre version des faits. Mais, rétorquerai-je alors à ceux qui disputeraient ma thèse, les juges en appel sont les collègues de travail des juges de première instance. Je ne crois donc pas un seul instant à un renversement de la construction des faits par la Cour d’appel. Et je crois que ni le MPC ni la FIFA n’auront le cran d’exiger la récusation de l’intégralité des juges du tribunal d’appel, ce qu’aurait pu faire l’avocat de Platini si leur mandant n’avait pas été totalement innocenté.

Cela étant posé, l’intérêt du MPC ou de la FIFA n’est à mon sens pas de former une déclaration d’appel motivée pour obtenir un jugement différent.

En ce qui concerne le ministère public de la Confédération, n’oublions pas que le MPC est aujourd’hui dirigé par un procureur général qui n’a participé ni de près ni de loin à la gestion – calamiteuse  – de cette affaire. Et j’ose espérer que Monsieur Stefan Blättler aura le courage d’ordonner à Hildbrand de siffler la fin de la partie. L’intérêt personnel du nouveau procureur général rejoint ici l’intérêt collectif de la Confédération helvétique : ne pas jouer les prolongations d’un match au cours duquel ont allègrement violer toutes les règles du jeu.

Quant à la FIFA, les choses se compliquent. Certes, la défaite est sévère pour Gianni Infantino. Mais le Brigand demeure toutefois, au grand dam de toute morale, le grand gagnant de l’histoire, puisque la mise en examen de Michel Platini lui a permis de porter le brassard de capitaine du football mondial. Il a été ensuite nommé amiral et aujourd’hui il est porté aux nues par l’émir du Qatar et par tous les sbires de l’argent généré par ce sport au succès planétaire. Oberwalliser jusqu’au fond des entrailles, il a dribblé le Ballon d’or, tacklé le numéro 10 pour réussir enfin à marquer le goal décisif. Désormais confortablement installé sur son trône, en dépit de la gifle que constitue le jugement du 8 juillet, il scrute maintenant ´les gueux dans les gradins, avec le sourire satisfait du chanceux qui ne commettra pas l’erreur d’un match au résultat plus qu’improbable. En général prudent et non poutinien, il saura cesser une guerre qu’il peut croire gagnée. Et puis Gianni, qui n’a plus ses entrées au MPC comme il l’avait du temps de Lauber et de Thormann, ne sait pas si le MPC va recourir, et le procureur général se gardera bien de l’en informer. Qui peut penser que la FIFA voudra tenter le diable et se savoir toute seule en appel si le MPC, sagement, refuse de former un appel ? Gianni ne tentera pas même le chemin de l’appel joint, dans l’hypothèse d’un appel principal du MPC.

Et puis, chers lecteurs, croyez-vous sincèrement que Gianni, qui n’est pas stupide, voudra indisposer encore le MPC et attraire devant des juges d’appel puis devant le Tribunal fédéral à Lausanne un procureur confédéral déjà très fâché par la tournure des événements ? Le risque est ici infini, car ces procureurs, toujours d’une extrême susceptibilité, pourraient alors lui expliquer de façon plus musclée la nature des agissements commis contre les règles procédurales par l’un de ses amis proches. Gianni Infantino n’a pas envie d’entraîner son ami d’enfance, le Brigand Rinaldo Arnold, dans une procédure pénale menée par des magistrats moins bienveillants à son égard que ne l’ont été par exemple Lauber et Thormann.

Le dernier argument n’est pas le moins fort. Qui pense sérieusement que le MPC et la FIFA veulent supporter de prochaines campagnes de presse agressives, acerbes, acrimonieuses et aigres ? La pensée des perdants est aujourd’hui celle-ci : que tous ces gens de la presse, nos petits obligés, cessent de nous enquiquiner avec une affaire morte et enterrée. Point à la ligne.

Les avocats, peut-être à la recherche de notoriété déplacée ou de revenus non marginaux, pourraient convaincre leurs clients de résister et de poursuivre la partie. Mais, en cheminant dans ce sens, ils seraient les chantres d’un conflit inventé, inutile et scabreux. On verra qui veut apparaître dans ce costume de conseil vénal et peu clairvoyant.

Oui, je crois que le MPC et la FIFA sauront ne pas recourir contre le jugement du 8 juillet 2022.

Michel Platini attend leur décision avec une grande sérénité. Et ce sera à lui de placer le ballon et de tirer le dernier coup franc. L’avenir dira si en face de lui il aura un gardien du temple aussi accommodant que Luis Arconada en 1984.

Bonjour à Christelle Platini et à ses enfants, Marine et Laurent.

 

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