Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. « Un acte de haute trahison » (55)
14 juillet 2022
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Un lecteur de longue date de L’1Dex, parfait connaisseur du Fifagate par ses lectures dès le premier jour des articles de Rémi Dupré dans Le Monde, m’adresse une observation qui m’interpelle et que je vais examiner avec vous. Il me dit : « ce qu’a fait Rinaldo Arnold est un acte de haute trahison; en temps de guerre, il aurait été fusillé ».
On comprend bien l’excès de la métaphore en temps de paix. Mais essayons d’être sérieux, – il l’est -, et de comprendre le mécanisme qui aboutit à cette violente conclusion.
L’accès à la présidence de la FIFA peut être assimilée à une guerre pour le pouvoir, Dans cette guerre sans merci, plusieurs camps se sont affrontés en des territoires fort divers : le FBI, les Confédérations sud-américaines, l’UEFA, la FIFA, etc. Demeurons en Europe, le lieu des grandes manoeuvres zurichoises pour la justice américaine. Nous y retrouvons le FBI, Blatter, Platini, puis, rapidement Infantino. En terre de neutralité existe aussi le MPC. Les camps sont tranchés et étanches. Le FBI est une citadelle infranchissable à la recherche de quelque 250 millions de francs dont le football n’a pas bénéficié. Les bombes pleuvent surtout à Brooklyn, avec des accords, des fuites de salopards, des séquestres et des condamnations. L’Europe laisse faire. Blatter comprend vite – ou lentement selon l’angle de vue – qu’il doit abandonner sa place. Il est fâché que Platini, son allié de hier, le lui dise, mais il n’est pas assez bête pour vouloir mettre sa tête sous le billot. Platini et Infantino, en juillet 2015, se désintéressent des méthodes américaines. Ils devinent que des huiles ont poussé le bouchon trop loin et que leur cou sera tranché. En revanche, ils savent que les maîtres du monde du football mondial vont rester en Europe, à Zurich, à l’UEFA. Il n’est pas question qu’un Asiatique, un Arabe, un Africain puissent venir lui [leur] contester le trône papal. Dans ces conditions, Platoche est en pôle position. Il va nécessairement l’emporter.
Et c’est alors que tout va partir en cacahuètes. La suite est démoniaque.
A ce moment décisif dans l’histoire de l’Affaire Blatter – Platini – appelée ainsi par commodité tout en sachant que les personnages – clefs ne sont pas nommés dans ce syntagme -, le MPC est une entité de pure neutralité, totalement étanche, à laquelle les combattants ne doivent pas pouvoir avoir accès.
Cette imperméabilité totale, cette étanchéité absolue passent par la composition d’une équipe bien séparée, qui ne doit avoir aucun lien, pas le moindre, avec les armées qui combattent pour le pouvoir.
En temps de confrontations, les généraux songent à tous les moyens pour gagner les batailles. Il ne s’agit pas seulement d’envoyer des missiles sur les adversaires, mais également de choisir des espions.
Et c’est ainsi que Gianni Infantino (qui d’autre, mes frères ?) prend langue avec son ami d’enfance, son ami de toujours, son frère brigand, Rinaldo Arnold. Le coup est ici magistral. Rinaldo n’appartient certes pas au MPC, mais il y a un accès facile, puisqu’en temps de paix il a sa ligne directe et connaît les couloirs, le personnel, peut-être même les techniciennes de surfaces. Rinaldo appelle André Marty, un autre Haut-Valaisan, qui prend le café très souvent avec le général en chef du MPC, Michael Lauber. Et l’état-major du MPC commet alors l’erreur irréparable de briser l’étanchéité du MPC et d’y faire quasiment entrer l’espion Rinaldo. Certes, les grands pontes du MPC pensent que Arnold est leur ami, puisqu’il travaille auprès d’un parquet cantonal connu. Mais il n’en demeure pas moins que rien ne pouvait les autoriser à laisser pénétrer un tiers au sein même du QG du MPC. Imaginons Churchill accueillir pendant la deuxième guerre mondiale un espion allemand dans les souterrains londoniens parce que ce Karl Koenig aurait simplement fréquenté le même établissement scolaire que Sir Winston lors de leur commune adolescence.
En temps de guerre, on n’aurait pas su ce dont les participants à des réunions secrètes auraient évoqué. Mais, on devine que si Churchill avait été certain que son ami Karl avait l’intention d’obtenir des informations secrètes pour favoriser le camp de l’adversaire, il eût été sans grand procès fusillé.
Voilà sans doute pourquoi la métaphore agressive de ce lecteur de L’1Dex n’est pas sans pertinence. En effet, il est clair que Rinaldo Arnold ne s’est pas rendu à ces rencontres secrètes pour boire un thé avec Sir Winston Churchill, ni une bière avec Michael Lauber, n’a pas accepté de prendre un après-midi de congé pour approfondir sa formation procédurale en droit pénal au MPC, n’a pas pris le train ou la voiture pour apprécier la décoration d’un grand hôtel bernois; Rinaldo Arnold était en mission, en mission d’espion.
A ce stade, à chacun de savoir si Rinaldo Arnold était un espion indépendant voulant entrer en grâce auprès de l’un des généraux par une initiative individuelle hardie, ou s’il a été recruté par l’aide de camp de Platini qui voulait abattre son Boss en sachant que s’il réussissait dans son entreprise il pourrait devenir le Maître du Football Mondial.
Le Fifagate ne fait que commencer.
La question qui taraude tous les esprits devient aujourd’hui celle-ci : après une première âpre bataille, gagnée par Platini, les états-majors des deux camps seront-ils assez sages et sérieux pour éviter un désastre ?
On espère qu’ils ne chercheront pas conseil auprès de Poutine … mais auprès du Comité rédactionnel de L’1Dex !
Bonjour à tous ceux qui ne partagent pas mes opinions.