«Catarina et la beauté de tuer des fascistes»… ou se battre avec des mots!

31 octobre 2022

(PAR ARTHUR PORTO)

Une fable politique, ‘‘Catarina et la beauté de tuer des fascistes’’, qui bouscule nos certitudes, ausculte nos convictions, réveille notre mémoire et nous alerte sur les risques d’un ‘‘fascisme’’ rampant! Peut-on brusquer les règles de la démocratie pour la garantir? Est-ce qu’on peut -ou doit on- tolérer les intolérants?

Avec ‘‘Catarina et la beauté de tuer des fascistes’’, le metteur en scène Tiago Rodrigues en nous racontant le Portugal, met en évidence la montée de l’extrême-droite (les plus récentes acquisitions en Europe : la Suède et l’Italie) et on peut faire le lien avec ce qui se dessine en France où un ‘‘lepénisme’’ s’installe dans les esprits et se traduit en votes dans les urnes… Cette « conquête » se déroulerait en 2028, avec une extrême-droite devenue majoritaire dans le pays (suite à la progression aux dernières législatives… un député en 2019, douze en 2022).

C’est une histoire de famille, une forme de cérémonie à la mémoire d’une grand-mère ‘‘subversive’’, rebelle qui en ayant assisté à l’assassinat d’une paysanne en révolte (Catarina en mai 1954), va se radicaliser et transmettre sa colère à sa descendance… à toutes et tous qui viendront après.

La scène s’ouvre sur une longue table où la famille se réunit une fois par an, dans un village d’Alentejo, cette région au sud du Tage des grandes propriétés, de la culture des chênes-lièges et des oliviers. Et ce repas familial signe aussi l’accomplissement d’une tradition voire d’une mission, celle de ‘‘tuer un fasciste’’. Derrière, une maison qui se monte et se démonte et se révélera le lieu où les générations se croisent, se confrontent dans l’accomplissement du témoignage-testament qui leur a laissé la grand-mère.

Le cadre est posé et la troupe de Tiago Rodrigues va nous entraîner dans un jeu scénique qui nous captive et, en quelque sorte nous prend pour une expérience qui va au-delà du théâtre. Les acteurs qui s’appellent tous Catarina, nous invitent à partager cette fiction qui est, et combien, le reflet de ce que nous percevons du moment social et politique, là-bas, ici et ailleurs dans le monde. Et pourtant ça ne pourrait ou ne devrait se passer qu’au théâtre et les deux heures et demi de spectacle deviennent alors un moment d’alerte sur ce à quoi nous sommes prêts, ou pas, à accomplir.

Et, comme un rite initiatique, pour une des jeune Catarina, c’est l’année où elle doit accomplir le geste de tirer sur le fasciste qu’elle a réussi à kidnapper, illustre personnage du nouveau pouvoir. Mais, au moment précis de tirer, le doit sur la gâchette s’immobilise, c’est le doute…

Comment une séquence familiale est aussi une séquence politique où ‘‘la beauté de mettre en pensée et en action’’ les contradictions qui nous construisent!

Oui, à voir d’urgence pour partager le questionnement qu’elle nous suscite et le plaisir d’un grand moment théâtral. Et la dernière scène, qui peut (doit?) agacer nous apprend l’importance d’écouter, pour être lucide sur la ruse utilisée par ceux que nous voulons combattre…

* *

Un autre artiste, ‘‘metteur de paroles en musique’’, José Afonso, avait aussi évoqué Catarina (en 1971) dans une composition des ‘‘Cantigas de Maio’’, avec un poème d’António Vicente Campinas.

Cantar Alentejano (Catarina)

Chamava-se Catarina // Elle s’appelait Catarina

O Alentejo a viu nascer // L’Alentejo l’a vu naître

Serranas viram-na em vida // Serranas [femmes da serra] l’ont vue en vie

Baleizão a viu morrer // Baleizão [sa ville] l’a vue mourir  […]

Catarina Eufémia jeune paysanne portugaise de 26 ans, a été tuée par un gendarme au cours d’une grève en mai 1954 à Baleizão (Alentejo).

Lien vers Zeca Afonso… et « cantar alentejano » : https://www.youtube.com/watch?v=QiHf-4fodos

 

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