Bienvenue dans le monde de l’éthique publique : la FIFA finance la ville de Berne sous les yeux de la RTS

13 janvier 2023

L’argent n’a pas d’odeur. La RTS, avec son grand invité du jour de sa matinale, m’apprend que la FIFA finance à hauteur de quelque 400 millions de francs la ville de Berne en mal de liquidités.

Google confirme : « La ville de Berne, en difficulté financière, a emprunté 383 millions de francs à la Fédération internationale de football (FIFA) au cours des cinq dernières années, indique vendredi la Berner Zeitung. En manque de liquidité, la municipalité a passé un accord avec la FIFA, une organisation riche de plusieurs milliards qui était à la recherche d’opportunités pour placer de l’argent. »

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Interpellé sur la chose, le grand invité de la matinale de la RTS, certainement un grand sage devant l’Eternel, dit publiquement qu’à sa connaissance la FIFA n’est pas sous enquête, n’a pas été condamnée et que rien n’interdit de penser que ce prêt est tout à fait approprié, sain à la fois pour les finances publiques et pour celles de la FIFA. En somme, un win-win devant lequel tout un chacun ne pourrait que s’extasier.

Cette chose relève finalement de la magie la plus gratifiante, puisque voilà une corporation privée que l’on dit sans but lucratif, au bénéfice d’un statut fiscal privilégié, qui finance un canton en accroissant ainsi ses revenus financiers pratiquement non imposables.

Sans parler naturellement de l’absence patente de toute corruption au sein de la FIFA puisque l’arrivée de Gianni Infantino Le Brigand à la tête a transformé cette entité en une entreprise remarquable par sa sainteté, si l’on fait abstraction de quelques interventions magistrales dans un hôtel qatari de Berne auprès des instances du ministère public. On se plait ici à imaginer que les murs du Schweizerrhof ont non seulement accueilli de saints innocents hauts-valaisans , mais également des gouvernants bernois prêts à négocier avec de bienveillants bienfaiteurs enclins à partager d’une certaine manière les dividendes exonérés d’impôts provenant des compétitions sportives organisées sous l’égide de la FIFA.

Je crois qu’il faut poursuivre l’exercice. Ainsi l’absence de versements de la Banque Nationale Suisse en faveur des cantons en 2022 pourrait être compensée par des approches sélectives auprès de la mafia calabraise qui pourrait accepter, moyennant une juste rétribution comparable à celle convenue avec la FIFA, de soulager provisoirement les cantons astreints à de lourdes charges publiques. Un juriste audacieux trouvera certainement une méthode pour éviter de penser qu’il pourrait s’agir de blanchiment d’argent.

Le bien-être de nos concitoyens ne passe-t-il pas par certains arrangements soigneusement organisés, le tout pouvant être avalisé et banalisé par un grand invité de la matinale de la RTS à qui on ne posera aucune question embarrassante de crainte que l’auditeur ne commence sa journée avec des pensées peu éthiques.

A bien réfléchir, il conviendrait somme toute de financer les médias publics à travers les ressources de ces organisations, saintes et mafieuses, dont les sièges pourraient être à Zurich ou à Naples. Ces institutions honorables savent déjà qu’elles pourront compter sur l’absence de curiosité de leurs prochains employés.

On dira que le contenu de mon propos est excessif. Mais, au fond de vous-mêmes, chers lecteurs, en êtes-vous certains ?

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

3 thoughts on “Bienvenue dans le monde de l’éthique publique : la FIFA finance la ville de Berne sous les yeux de la RTS”

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