Un dîner avec Chochana Boukhobza

30 mai 2024

Chochana Boukhobza, Les femmes d’Auschwitz-Birkenau, Flammarion, 2024, 563 p.

Au Comptoir des Petits Champs, à Paris, Béatrice et moi avons eu ce vrai privilège de partager un repas jusqu’à la fermeture de l’établissement avec l’auteure d’un livre qui doit [muss] traverser le temps tant il est nécessaire pour aujourd’hui et pour demain de ne pas oublier ces matricules du passé devenues, êtres humains, de vraies et charnelles héroïnes.

Les Femmes d’Auschwitz et de Birkenau est le fruit de sept années de travail au cours desquelles Chochana Boukhobza a notamment traduit les minutes des procès des SS de l’après-guerre. De cette lecture des témoins de ces temps maudits et de l’écoute véritable de survivantes des camps de la mort, cette écrivaine d’origine tunisienne, parlant hébreu et arabe, permet au lecteur attentif de ce livre magistral de saisir l’âme humaine de ces femmes qui par la grâce des mots de l’auteure revivent avec nous durant ces quelques heures de lecture et qui ne pourront que nous accompagner à jamais dans notre propre éternité.

La précision des faits posés sur le papier, celle des actes subis, décidés ou/et choisis par ces femmes exceptionnelles, jusqu’à la réception par le lecteur dans son oeil des numéros de tant de matricules « inoubliables » emmène celui qui veut ne pas clore ses paupières et engager son esprit dans ce voyage d’indicibles souffrances dans un champ du savoir ignoré.

Car, et ce n’est pas le moindre mérite de cette oeuvre remarquable, que de rappeler aux pauvres lettrés que nous sommes que nous ne saurons jamais rien de ce qu’ont vécu Wanda, Sarah, Rena, Henrietta, Katya, Noah, Gisela, Eta, Alicja et tant d’autres de leurs semblables. Mais, grâce à Chochana, au moins le temps d’un livre, ces femmes sont devenues nos soeurs de coeur.

Et de ce petit coin de liberté vraie qu’est L’1Dex, nous avons envie de dire aux importants de chez nous, de ce Valais que ne connaîtra jamais Magrita Schwalbova (2675), directeurs de collèges, chefs de l’enseignement, professeurs de français ou de philosophie, responsables de lieux culturels ou de sociétés d’histoires, animateurs de clubs de lecture, libraires indépendants, qu’ils investissent leur temps et leurs quelques sous dans la venue chez nous de cette immense agrafeuse de vérités humaines qui saura faire oeuvre de transmission.

Que le saumon moutardé, le risotto aux petits pois commun et les chous-fleurs grillés peu goûteux ne soient pas une incitation à recommander cet établissement culinaire sont de peu de poids face à ce souvenir merveilleux d’une soirée inoubliable traversée par ces moments d’un retour de toutes ces inoubliées.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.