La chieuse d’Orléans chasse la neige

24 novembre 2024

(PAR LA CHIEUSE D’ORLÉANS)

Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille. Il neige, il gèle, c’est la fête aux chasse-neiges.
Jeudi 21 novembre 2024. Je suis en Valais et il neige depuis quelques heures. Cela s’amasse vite. Très vite. Trop vite. Mais c’est vrai que c’est joli. Cela en réjouit plus d’un, au début tout du moins. Cette nouvelle neige réveille tous mes souvenirs. Normalement, je préfère m’en rappeler des bons : les fêtes de fin d’année, les descentes en ski ou en bob, les batailles de boules de neige… Mais plus les années passent, plus cela s’inverse. Je me rappelle d’abord que la fraiseuse à neige avait régulièrement fait des siennes l’an dernier, que la pelle à neige, fort sollicitée pour le coup, était devenue « fébrile » et, surtout, que les douleurs d’épaules engendrées par ce « sport » m’avaient ennuyées pendant de longs mois. Et oui, les années passant, on comprend que la neige n’est pas si légère que ça !
Bien évidemment, après quelques heures, j’ai choisi de faire confiance à ma déneigeuse. J’ai croisé les doigts, appuyé sur le bouton rouge «start». Rien. Après plusieurs tentatives, j’abandonne et je sors la pelle. Oui, je vais peller la neige. Larousse m’autorise à le dire ainsi. En Suisse on le dit ainsi. Mais ailleurs, on va pelleter la neige. Les minutes passent, les heures passent, je suis trempée, mes cuisses sont gelées, mon parcours est répétitif. A peine je le termine, qu’on aurait dit que je n’avais même pas foulé ce sol et qu’il est à nouveau recouvert de ce foutu manteau blanc. Oui, c’est devenu moins drôle. Usant même. Soudainement, je suis extirpée de ce fonctionnement robotique par une lumière orange tourbillonnante. Aussi rapidement que cette danse lumineuse m’a sortie de mon monde, je suis bousculée par un autre souvenir. Pas un bon. Je l’avais oublié celui-là, parce que l’on oublie vite. Et pourtant, il m’irrite chaque année. C’est ce bon vieux chasse-neige. Ce monstre avaleur de neige. Non, ce n’est pas le bruit de ses chaînes qui entourent les pneus qui me dérange. Ni sa grande lame. Ce n’est même pas lui tout court. C’est plutôt le comportement de ceux qui les conduise. Allez ! Parions ! Les choses ont-elles changé depuis l’an dernier ? Le voilà qui arrive. Il est à quelques mètres de moi. Je suis au bout de mon allée, perpendiculaire à cette petite route cantonale. Sa lame a déjà englouti une grande masse neigeuse et je me rappelle mes douleurs continues d’épaules de l’an dernier. Je lui fais signe de la main pour qu’il tourne légèrement sa lame. Je ne veux plus de ses gros blocs de neige qui m’emprisonnent dans mon chemin. Parfois 30 centimètres, parfois 60 centimètres. Impossible de les remuer. Impossible de les traverser avec une voiture. Juste les yeux pour pleurer. Il m’a vu, il m’ignore. Je me retrouve bloquée, comme l’an dernier ! Mes voisins, tous retraités et âgés, dans l’impossibilité de peller, bloqués également. L’an dernier, après un échange avec ces derniers, nous nous sommes mis d’accord sur un écrit en recommandé à l’Etat du Valais, au service des routes, pour faire part de ce problème. A ce jour, aucune réponse ne nous est encore parvenue. Décevant quand on sait que pour des personnes politiquement en vue, la réponse de la part des instances a été immédiate et le problème résolu. Y aurait-il deux poids deux mesures ?

Aujourd’hui il n’y a plus de savoir-vivre, ni de savoir-être. Non, cela n’est pas la même chose. Un petit rappel est grandement nécessaire.
Le savoir-vivre, c’est la qualité d’une personne qui connaît et qui sait appliquer les règles de la politesse (Petit Robert). Ou encore le respect des règles d’usages du monde et des égards de politesse que les hommes se doivent en société (Wikipédia).
Le savoir-être, c’est la compétence relationnelle permettant d’adopter des comportements et réactions appropriés dans diverses situations. Ou encore, ce sont des qualités telles que l’empathie et l’écoute. Ces compétences, non techniques, indiquent comment une personne se comporte en société et dans les relations professionnelles. Les qualités qu’englobe la notion de savoir-être sont pour la plupart innées. Toutefois, elles peuvent également être développées ou améliorées au fil du temps ! https://fr.indeed.com/conseils-carrieres/developpement-personnel/quest-ce-que-le-savoir-etre
Pour ceux qui l’ignore encore, l’empathie est la capacité de s’identifier à autrui dans ce qu’il ressent. Le conducteur qui est capable de comprendre et ressentir le désarroi de la personne qui devra se débarrasser de son « cadeau empoisonné » et non souhaité n’aura aucune difficulté à changer sa lame de trajectoire, d’autant plus que cet acte ne demande aucune prouesse technique et n’a aucun impact sur son temps de travail ! Il peut juste garder à l’esprit que la satisfaction d’aider son prochain par un simple geste qui change tout, réjouit celui qui le fait ! Je sais qu’il en existe de ces « faiseurs de bonheur », j’en ai côtoyé, mais pas souvent malheureusement.
Ces deux derniers jours, je me suis rendue compte que nous sommes extrêmement nombreux à être confrontés à cette problématique, que tout le monde râle, téléphone au service communal ou cantonal, mais que rien ne change. Qu’on soit distant de 5km, 15 km, 50 km et j’en passe, il est fort intéressant de constater que les échos des citoyens sont les mêmes et, qu’une majorité des conducteurs puissent agir de la sorte. Est-ce viral ? Je sais très bien que non. Tout simplement, ils sont dans le «faire pour faire», qu’ils y retrouvent leur compte ou pas. Certains trouvent du plaisir dans le déneigement, d’autres souhaiteraient peut-être faire autre chose. Néanmoins, cela impacte tout le monde. Certaines personnes n’ont pas pu se rendre à leur travail, non pas parce que leur véhicule n’était pas équipé, ou encore que les routes n’étaient pas praticables, au contraire. Uniquement par le fait qu’on leur avait obstrué le passage par des blocs de neige gelés impossibles à soulever et déplacer. Mais que se passerait-il en cas d’urgence vitale ? Qui assumerait la responsabilité de ces comportements ?
Et que dit la loi ? Difficile de trouver quelque chose à ce sujet, sauf que de remettre toute la neige sur la route est interdit. En conclusion, ils peuvent, mais on ne peut pas !
Selon un article de Swisslife du 03.02.2017 : « la neige doit être stockée sur le terrain de celui qui l’a déblayée. Cela vaut pour les privés comme pour les communes et cantons. « Les services de déneigement doivent stocker la neige en bordure des routes et non la pousser sur des terrains privés. Stocker la neige déblayée sur des terrains tiers constitue une atteinte non autorisée à la propriété au sens du droit civil », conclut l’émission de consommation Espresso de la SRF.
Toutefois, selon les cantons et communes, diverses restrictions s’appliquent. En effet, les pouvoirs publics s’accordent souvent le droit d’utiliser des sols et terrains privés comme air de stockage en cas de fortes chutes de neige. Vous avez donc tout intérêt à consulter très précisément les dispositions locales en vigueur avant de vous emparer, furieux, de votre pelle et de remettre toute la neige sur la route. Car dans tous les cas, c’est interdit ». https://www.swisslife.ch/fr/particuliers/blog/immo/deblaiement-de-la-neige-debat-en-terrain-glissant.html
On peut aller plus loin dans la réflexion. Comme je l’ai déjà dit, peller la neige est un « sport », mais qui comporte néanmoins des risques et, de ce fait, qui engendre des coûts pour la santé. En effet, les douleurs physiques créées par cette activité peuvent être diverses, moindres comme importantes. De plus, « par son intensité, le pelletage sollicite grandement le cœur. Et le froid n’aide pas non plus ! Le travail dans le froid favorise la contraction des petites artères, ce qui augmente la pression exercée sur le cœur. Il ne faut donc pas ignorer les symptômes ou sa condition.
Les risques cardiovasculaires liés au pelletage sont réels. Les chiffres ne mentent pas : selon une étude publiée par le Canadian Medical Association Journal, 128 073 hospitalisations et 68 155 décès liés à un infarctus du myocarde ont été rapportés pour la seule province de Québec entre 1981 et 2014. Cette condition toucherait des personnes fragiles comme des personnes en bonne santé. https://conseilsante.cliniquecmi.com/conseils-pelleter-la-neige/
Est-ce que notre monde va plus mal qu’avant ? Oui.
A-t-on totalement perdu le bon sens et la lucidité ? Oui.
Est-ce que des solutions existent ? Oui.
Rajouter une règle dans la théorie du permis de conduire, stipulant que lors du déblaiement des routes, la neige ne doit pas être chassée vers une allée et que le chauffeur doit orienter la lame ? Oui.
Stipuler qu’il s’agit autant d’une infraction que pour celui qui remet la neige sur la route ? Oui.
Nous sommes dimanche 24 novembre 2024, trois jours plus tard. Le chemin de mon voisin, cardiaque, est toujours obstrué, malgré son appel aux autorités. Mon mari et moi venons de terminer de déplacer ces blocs de neige gelés pour qu’il puisse sortir de chez lui et se rendre chez son médecin demain matin. Il nous rejoint. Nous papotons de tout cela. Puis d’autres choses qui m’inspireront pour cette dernière phrase. J’ose espérer que l’homme a encore un peu d’humanité et qu’il n’est pas encore trop tard. Car finalement, vu qu’il souhaite substituer une grande partie de son travail à des robots, il sera fort simple de les programmer pour éviter ces désagréments. Cela serait pathétique non ?

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