Liminaire de L’1Dex : grâce à Hamid Enayat, L’1Dex est depuis plusieurs années à la pointe de l’actualité s’agissant de l’Iran. Abonnez-vous.
(PAR HAMID ENAYAT)
72 heures après la puissante explosion à Bandar Abbas, l’opacité du régime persiste et l’ampleur réelle des pertes humaines et matérielles ainsi que les causes exactes de la catastrophe restent inconnues.
Des rapports signalent des explosions secondaires, la propagation des incendies et la destruction des vitres de bâtiments dans un rayon de plusieurs kilomètres.

Les sources officielles annonçaient jusqu’à dimanche midi plus de 1 200 blessés et 36 morts.
Cependant, le gouverneur de la province d’Hormozgan a ensuite évoqué 70 décès, tandis que certains témoins estiment que le nombre de morts pourrait atteindre 500.
Quelques heures après l’explosion, Associated Press publiait un article intitulé « Puissante explosion dans un port iranien liée à une cargaison de carburant pour missiles » :
« Tandis que les autorités iraniennes n’ont fourni aucune explication claire sur l’origine de l’explosion à Bandar Abbas, la société privée de sécurité maritime Ambrey a indiqué que le port avait reçu en mars une cargaison de perchlorate de sodium, un carburant solide pour missiles. »
Ce carburant provenait de Chine et avait été acheminé vers l’Iran par deux navires, comme l’avait révélé le Financial Times en janvier.
Ambrey a ajouté :
« Selon les rapports, l’incendie serait dû à une mauvaise gestion d’une cargaison de carburant solide destiné aux missiles balistiques iraniens. »
Associated Press a également souligné l’incompréhension quant au fait que le régime iranien n’ait pas déplacé ces produits chimiques du port, notamment à la lumière de l’explosion du port de Beyrouth en 2020, qui avait fait plus de 220 morts et plus de 6 000 blessés.
Le BBC World Service a rapporté que :
« L’armée et les Gardiens de la révolution stockaient du carburant pour missiles récemment importé de Chine dans le port de Bandar Abbas. »
Et d’ajouter :
« Les citoyens se demandent comment autant de matières inflammables ont pu être entreposées sans surveillance adéquate dans un port civil. »
Le New York Times a également affirmé que :
« Le carburant des missiles balistiques des Gardiens de la révolution serait à l’origine des explosions à Bandar Abbas. »
Dans son article du dimanche 27 avril, le journal cite une source proche des Gardiens, qui affirme que l’explosion est due à une négligence dans la manipulation et le stockage du perchlorate de sodium, un composé utilisé pour fabriquer du carburant solide pour les missiles balistiques.
Ces éléments recoupent les conclusions d’Ambrey, qui avait précédemment annoncé avoir trouvé des preuves d’un stockage inadéquat de perchlorate de sodium à Bandar Abbas.
Témoignages sur le terrain
Rapport d’un citoyen de Bandar Abbas :
Toute la ville est contaminée. De l’ammoniac et des nitrates ont envahi l’air.
Cette explosion semble suspecte, d’autant plus que des éléments tels que des bonbonnes de gaz et des produits pétrochimiques — inappropriés pour un quai civil — ont été découverts.
Les habitants sont furieux. Beaucoup estiment que si la responsabilité du gouvernement est avérée, la colère populaire ne pourra plus être contenue.
«e Corps des Gardiens de la révolution a débarqué des gardes au port dit de Rajaei à l’aide d’hélicoptères.
Le quai bandar abbas, destiné à un usage strictement civil, n’aurait jamais dû accueillir de telles matières chimiques et explosives. Les bureaux administratifs et les espaces commerciaux du port ont été entièrement détruits.
Les principaux dégâts proviennent de l’explosion de nombreux conteneurs.
Même la raffinerie de pétrole voisine a été touchée : des vitres ont été soufflées et un court-circuit mineur, rapidement maîtrisé, a été signalé.
Lors d’une émission en direct du réseau portuaire, il a été déclaré :
« Priez pour que le feu ne se propage pas à la raffinerie. »
Arrivée d’une cargaison « extrêmement dangereuse » sous l’étiquette de « marchandise ordinaire »
Saeed Jafari, PDG de Sina Marine and Port Services Development, a confirmé que l’explosion massive était liée à une fausse déclaration des cargaisons importées.
Des marchandises « extrêmement dangereuses » avaient été introduites sans les documents et étiquettes appropriés, sous couvert de « marchandises ordinaires ».
Conformément aux normes internationales, de telles matières doivent être déclarées de manière officielle et complète aux autorités douanières et portuaires — ce qui n’a pas été fait.
Jafari a souligné que la puissance de l’explosion révélait la dangerosité extrême de la cargaison.
Autres témoignages
Ouvrier de la sidérurgie de Bandar Abbas :
La majorité des familles sont en deuil. Le nombre réel de morts est estimé entre 400 et 500, un chiffre que le régime chercherait à dissimuler.
Un employé d’une société de transport rapporte qu’un hangar employant environ 40 ouvriers baloutches a explosé et que les corps des victimes restent introuvables.