Regards sur la matière, regards croisés sur Gaza et Israël

13 juin 2025

 


Le conflit à Gaza entre Israël et la Palestine divise la Cité dans le monde occidental, aux États-Unis, en Europe, en Suisse, à l’intérieur de nos familles, plus encore à l’intérieur de nous-mêmes. Comment éclairer au mieux un débat d’opinions qui dissout la démocratie, la morale, l’éthique ?

En vadrouille en Catalogne, dans une région qui connaît intimement les désaccords politiques profonds que les Indépendantistes ont choisi de résoudre par la voie démocratique si cela se peut, j’ai pris comme compagnon de route le livre de Bernard d’Espagna et de Étienne Klein, voulant le relire pour approfondir bien timidement le champ de la physique quantique.

Et je propose à votre esprit ce propos d’un scientifique Prix Nobel de physique, Richard Feyman : « Je pense qu’il vaut mieux dire tout de suite que personne ne comprend la mécanique quantique… Si vous le pouvez, évitez de vous dire : « Mais comment peut-il en être ainsi ? », sinon vous serez submergés, noyés et entraînés vers un gouffre dont personne encore n’a réussi à s’échapper. Personne ne sait comment il peut en être ainsi. » L’interprétation de Copenhague parrainée par Niels Bohr dit que la recherche du réel est apparemment un safari sans espoir, une utopie dépassée. C’est même une entreprise dénuée de sens.

Le conflit palestinien est à la géopolitique ce qu’est la mécanique quantique à la physique. Je pense qu’il vaut mieux dire tout de suite que personne ne comprend le conflit palestinien. Si vous le pouvez, évitez de vous dire : « Mais comment peut-il en être ainsi ? », sinon vous serez submergés, noyés et entraînés vers un gouffre dont personne encore n’a réussi à s’échapper. Personne ne sait comment il peut en être ainsi.

La réalité est voilée. Elle se dévoile grâce aux efforts des physiciens et des historiens, mais ce dévoilement n’est jamais complet. Elle est « scientifiquement indicible ».

L’observateur nous dit la physique quantique révèle des résultats autres que ceux anticipés. L’historien, le sociologue, le politique est de même un sujet actif qui modifie l’objet analysé.

Considérons l’objet, d’histoire, d’événement sociétal ou de propagande politique, qu’est celui du Madleen : s’agit-il d’une croisière qui s’amuse ou d’un acte de courage visant à réveiller la Cité indifférente ? Considérons le massacre du 7 octobre : s’agit- il d’un acte de résistance d’une armée régulière ou de terrorisme organisé et voulu par une organisation terroriste ? Considérons la guerre menée à Gaza ? S’agit-il d’actes de guerre dirigés contre des combattants terroristes ou de génocide programmé visant à la disparition d’un peuple ? Considérons les implantations israéliennes en Cisjordanie : s’agit-il d’une colonisation d’un pays en violation des résolutions internationales ou d’une tentative de récupération progressive d’une terre biblique ? Considérons Rima Hassan : est-elle une héroïne palestinienne courageuse ou une députée isrsélienne traître à la France et à la démocratie semant la division à l’intérieur de la nation qui l’a accueillie et financée par le Hezbollah ?

Ondes ou/et particules, impossible téponse et découverte théorique du quantum alors même que les meilleurs physiciens affirment que personne ne comprend la mécanique quantique.

Israël ou/et Palestine, impossible réponse dépourvue d’une découverte d’une référence théorique pouvant conduire à une explication du processus politique et historique en cours : volonté d’éradication de l’État d’Israël ou de génocide du peuple palestinien ? On pressent que de la position de l’observateur va dépendre la réponse : vivant ou mort le chat de Schrödinger ?

Sur ma page Facebook, un ami des Palestiniens écrit : « Je pense que se battre pour qu’un Peuple puisse avoir le droit à la vie est une cause noble!!! Effectivement, la flottille transportait moins que transporterait un camion… mais, au delà de l’aide effective, la flottille représentait un espoir pour tout un peuple… mais les haineux de Greta, Rima et leurs compagnons, n’ont pas le minimum d’humanité pour le réaliser. L’histoire jugera, et ces compagnons de route seront du côté des justes!!! » Considérons ces mots, « je pense que se battre pour qu’un Peuple puisse avoir le droit à la vie est une cause noble!!! » et déposons-les dans la bouche d’un Israélien confronté aux roquettes, aux attaques terroristes, au massacre du 7 octobre, aux déclarations d’anéantissement de l’État d’Israël, à la charte du Hamas, aux attaques du Hezbollah, n’est-il pas de même en position de sujet pouvant qualifier de noble sa cause laissant le soin à l’histoire de caractériser comme noble sa cause.

« Mais comment peut-il en être ainsi ? » Nous sommes en fait submergés, noyés et entraînés vers un gouffre dont personne encore n’a réussi à s’échapper. « Personne ne sait comment il peut en être ainsi. »

Une amie juive et française, que je rêverai de faire débattre avec mon ami palestinien, observatrice de longue date de Israël, qui s’est déplacée sur le front déclenché le 7 octobre, au plus près des zones de mort, porte un autre regard : « Oui, bien sûr, vous avez raison, il [Mélenchon] reste dangereux… Mais l’histoire est en marche, l’histoire, c’est celle des femmes iraniennes qui se lèvent contre le pouvoir des Mollahs, c’est celle des hommes qui ont fait le signe du ciseau, quand Amini a été arrêtée, c’est celle de tous les iraniens qui vivent sous le seuil de pauvreté, pendant que les Mollahs arment leurs proxis. Comment continuer à vivre dans un tel climat ? Comment continuer à soutenir le voile en France, comme Mathilde Panot, alors que les femmes iraniennes et afghanes n’en peuvent plus de vivre comme une sous-humanité, quand Khartoum est tombé dans les mains des islamistes, avec toute l’Afrique centrale ? Voici une image tirée de Femmes en guerre d’Arte…. des femmes islamistes apprennent l’art de la guerre au Soudan… les islamistes ont récuré le pays, provoqué famine, assassinats de masse, déplacement de la population, viols et j’en passe! »

Est-il si déraisonnable d’exprimer l’idée que personne ne comprend rien à ce qui se passe dans cette boîte noire du réel qui peut conduire à la paix ou/et à la guerre ? Qu’un jour nous constaterons ensemble ou pas que la bille (électron ou processus historique) qui est en ces jours propulsé aléatoirement dans le tunnel A, celui de guerre, ou dans le tunnel B, celui de la paix, n’aura réellement pas été activé dans l’autre voie souterraine.

En somme, des forces innombrables de diverses nature contraignent cette bille qu’est la terre à se mouvoir de manière aléatoire, improbable et imprévisible vers une destinée incertaine et nécessaire.

Dans ce chaos inextricable, nous autres, citoyens du monde, en position d’observateurs inefficaces, prenons des chemins, à travers nos opinions hasardeuses, qui peuvent à leur échelle déstabiliser la boîte noire du destin. Mais nous serions bien orgueilleux de croire qu’une fusion avec les actes et les pensées de Rima ou avec ceux de Bibi nous permettra d’éviter d’envisager pour nous-mêmes d’éclairer notre propre route, collective et individuelle, au moyen de toutes les particules élémentaires que notre quotidien sème sur notre chemin.

Comme le hasard n’existe pas, soyons attentifs à l’infinité des quanta croisés, certains sont d’une noirceur si sombre qu’ils se dissolvent qui sait dans des trous noirs.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

One thought on “Regards sur la matière, regards croisés sur Gaza et Israël”
  1. Merci pour cet article !

    Bien qu’également complexes, je pense la boîte noire assez loin du réel (sourire)!

    Pour appréhender un peu la « gravitation quantique », la terre (mouvement) et les trous noirs, je suggèrerai d’écouter Aurélien Barrau, intervenu dernièrement à l’Université de Lausanne avec la collaboration de 24 heures, à propos de Cosmologie, de désordre du temps, etc. …
    … Vers la fin de son brillant exposé, prenant appui sur Carlo Rovelli (par rapport à la mécanique quantique), il spécifiera celle-ci comme une (…) « émergence d’un réel totalement émotionnel. La mécanique quantique n’est pas pensée comme une description de l’objet réel mais comme une description indexée à l’interaction. »

    https://ch.video.search.yahoo.com/yhs/search?fr=yhs-sz-011&ei=UTF-8&hsimp=yhs-011&hspart=sz&param1=3866865284&gdpr=1&p=barrau+Unil+et+24+heures+vid%C3%A9o&type=type80058-3116557900#id=1&vid=7a0be84b54d4c51d4e4abfebfc891898&action=click
    (–> Barrau Unil et 24 heures youtube.com)

    Sans vouloir se poser la question de pourquoi les trous noirs sont circulaires, laissons cela aux imminents pro, il y a peut-être, plus à notre portée, la possibilité de s’approcher de l’interaction entre les différents objets (ou sujets). Ce qui nous obligerait à tricoter ces différentes influences sans les opposer. Et si c’est difficile, c’est tant mieux, tant que l’on continue de chercher.
    La difficulté est certainement une sorte d’attribut de la complexité.

    Au fond, c’est peut-être s’intéresser davantage au processus, donc au système qui va nous aider à mieux approcher la complexité, sachant que, par définition, celle-ci va nous échapper. Ainsi, elle se distingue-t-elle de ce qui est compliqué. Quand il s’agit de quelque chose de complexe, nous sommes au moins sûrs de ne pas pouvoir l’analyser et donc de bien la comprendre… Cela dit, son analyse reste intéressante, parce qu’elle nous oblige à sortir de toute binarité (A, B; bien, mal; etc).

    « A quel homme vaut-il mieux avoir affaire : à celui qui ne sait rien sur un sujet et, ce qui est extrêmement rare, sait qu’il ne sait rien, ou bien à celui qui sait vraiment quelque chose dans ce domaine, mais croit tout savoir dessus ? » (Thoreau H. D., 2012, p. 41)

    Cordial salut à tous !

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