ÉRIC VOUTAZ, CET AMI MARTYRE

22 octobre 2025

Entamant cet écrit, je songe à ces justiciables que la justice de chez nous n’a pas su ni voulu entendre : à ce père de famille dont la femme voulait divorcer et qui après une séance au cours de laquelle il avait été maltraité par un juge de district a décidé de se donner la mort; à cet adolescent de vingt ans qui entraîné dans une nuit débridée avait mis le feu à deux molloks, avait été incarcéré pendant cinq jours en détention préventive sans pouvoir rencontrer d’avocat et avait mis fin à ses jours en cellule non sans avoir laissé une poignante lettre d’adieu affirmant qu’il n’acceptait pas la maltraitance judiciaire dont il avait été victime; à ce vigneron toujours vivant mais qui après avoir adressé maints appels requérant d’être simplement entendu dans une affaire très médiatique dans laquelle son témoignage pouvait être décisif a décidé face au refus du procureur général d’incendier une voiture devant le ministère public demeuré incarcéré pendant neuf ans après avoir été condamné à vingt-et-un mois d’emprisonnement, une autre forme de suicide social assumé; à cette épouse qui avait annoncé par écrit que son mari l’assassinerait parce qu’il n’acceptait pas que la moitié des acquêts lui bénéficiât lors de la liquidation du régime matrimonial qui, retrouvée brûlée dans un incendie de son chalet, dut subir de l’au-delà une ordonnance de non-lieu un expert pourtant fort connu ayant imaginé un scénario invraisemblable qui stupéfia les médecins généraliste, chirurgien et orthopédiste qui avaient consulté à l’aveugle le rapport du médecin légiste, le premier concluant à un décès dans un accident de voiture, le deuxième en un tabassage avec une batte de baseball, le troisième à une chute d’une falaise, la justice optant elle pour un dernier scénario incluant une chute hivernale d’un escalier de douze marches, une remontée par la femme non encore décédée qui parvint après des efforts inimaginables à rejoindre son lit, à se servir du whisky, à allumer une cigarette et à s’endormir en oubliant son mégot qui déclencha un incendie accidentel. Amen !

Tout un chacun qui fréquente les palais de justice sait que la vérité procédurale relève souvent du casino. Pourtant cette incertitude attachée à l’arbitraire d’une instruction est très souvent inacceptée par les victimes, qui savent ce qu’elles ont enduré et qui s’indignent d’instructions protégeant l’innocence présumée des criminels, et par les dénonciateurs idéalistes qui ne comprennent pas que les magistrats en charge de l’analyse des faits révélés par eux refusent d’enquêter sérieusement, archivent des dossiers limpides ou/et utilisent des artifices dilatoires dont bénéficient de fieffés coquins « présumés innocents ».

Éric Voutaz, semeur de graines de joie, l’un des deux hommes les plus gentils que j’ai eu l’honneur de fréquenter dans ma vie, avait de multiples passions, personnelles et professionnelles, intimes et citoyennes, telles le cyclisme, la randonnée hivernale, la montagne, le monde bancaire, le champ des assurances et l’intelligence artificielle, et aussi l’écriture. Il avait surtout une très haute image de l’engagement politique et citoyen. Il croyait que l’homme politique avait le devoir de lutter pour le bien-être de la Cité et jamais pour ses intérêts personnels. Il s’est engagé en politique au sein du PDC, dont il défendait les valeurs si proches des siennes, avec ce souci du collectif. Pourtant à l’intérieur du conseil communal de Sembrancher il a été confronté à des pratiques si contraires à toutes ses convictions qu’il n’eut pas d’autre choix intime que de dénoncer les faits et les actes portés à sa connaissance. Il s’adressa au Conseil d’État et au ministère public où il ne fut pas entendu. À nouveau élu sur une liste dissidente il subit des affronts tels qu’il jugea plus opportun, suivant les conseils d’un ancien président du Grand Conseil en qui il avait une grande confiance de quitter l’espace politique et de se ressourcer dans d’autres projets, ce qu’il fit avec maestria.

Lorsque L’1Dex dénonça au début du mois d’avril 2020 au procureur général des actes très graves, il reprit espoir sur la possibilité que la justice valaisanne même tardivement puisse sanctionner ceux qu’il avait dénoncés même s’il s’agissait d’autres faits. Il fut proprement sidéré lorsqu’il apprit qu’une instruction pénale avait été ouverte à mon encontre pour dénonciation calomnieuse alors qu’il savait que mes écrits étaient parfaitement en accord avec ce qu’il connaissait. Il fut encore plus sidéré lorsqu’il apprit ma condamnation par la chambre de surveillance des avocats valaisans, par le tribunal cantonal et par le tribunal fédéral (un recours déclaré recevable par la CEDH est en cours d’examen à Strasbourg), alors même que je n’avais jamais agi en qualité d’avocat dans Le Cas Sembrancher, comme si un avocat ne pouvait être simultanément un citoyen s’exprimant librement sur une affaire publique (sic !). Régulièrement Éric Voutaz venait aux nouvelles ne comprenant pas que le ministère public n’avançât pas sur le dossier dénoncé par L’1Dex depuis avril 2020. Je lui faisais part des très nombreuses correspondances que j’adressais régulièrement à la procureure générale Pilloud et à la procureure Manzini. À chaque fois, j’adoptais un discours positif assumant que le dossier complexe, que je savais d’une extrême simplicité, nécessitait de substantielles vérifications. Je l’assurai encore au début septembre sur une terrasse d’un restaurant de Lourtier en présence de Gabriel Luisier que l’affaire serait rapidement résolue.

Je sais aujourd’hui qu’à raison il ne me crut pas. Et ma colère trop retenue surgit à nouveau qui m’incitera d’impartir une énième injonction de trente jours à la procureure générale Pilloud et à la procureure Manzini pour qu’elles agissent conformément au droit en dressant – ENFIN ! – un acte d’accusation contre les personnes ayant participé aux actes dénoncés à L’1Dec dès avril 2020 et rédigent – ENFIN ! – en ma faveur une ordonnance de classement puisqu’il est strictement impossible que j’aurais dénoncé des personnes que j’aurais su innocentes puisque les actes authentiques instrumentés par un notaire – protégé (?) – étaient manifestement et objectivement faux (faux prix, fausse calculation, non conforme à la volonté du conseil communal documentée dans un procès-verbal avec en sus des informalités décisives lors d’une assemblée primaire, etc.).

Ne croyant absolument plus à cette justice pénale en laquelle il avait mis toute sa confiance, Éric Voutaz, avant de choisir de quitter notre monde, crut même nécessaire, m’a-t-on assuré, de fixer son désarroi face à la justice dans son testament, ce qui dit déjà en soi l’importance de la chose pour cet ami martyre.

Achevant cet article chez Clémentine, me remémorant les moments heureux que j’ai passés avec toi, Éric, je vais ce matin relancer par une lettre très polie le ministère public pour exiger dans un délai de trente jours des nouvelles sérieuses d’avancement des procédures pénales nées en avril 2020. Puis je saisirai inéluctablement la Chambre pénale du tribunal cantonal pour déni de justice. Et chaque mot que je dactylographierai sera mesuré à l’aune de l’infinie gentillesse de Éric Voutaz et dans un souci vrai et sincère de transmission d’une ténacité à toute épreuve en l’honneur d’un Valaisan exemplaire qui quitta Sembrancher pour Bourg-Saint-Pierre avec le désir de s’éloigner d’une commune qui ne mesura jamais ses immenses qualités empreintes de dignité et d’éthique.

ACTES DES APÔTRES

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

8 thoughts on “ÉRIC VOUTAZ, CET AMI MARTYRE”
  1. Un livre résume bien le problème, juste par son titre déjà :
    « Ne faites jamais confiance à la justice de votre pays »
    Résumé
    La magistrature française est en souffrance. « Juger, c’est apprécier », « Il faut respecter le temps de la justice ». De beaux principes ! Mais le pouvoir d’appréciation du juge se réduit de jour en jour, sous la pression de sa hiérarchie et sous le poids de lois opportunistes toujours plus contraignantes. On a récemment intégré dans la grille d’évaluation des juges un …
    La magistrature française est en souffrance. « Juger, c’est apprécier », « Il faut respecter le temps de la justice ». De beaux principes ! Mais le pouvoir d’appréciation du juge se réduit de jour en jour, sous la pression de sa hiérarchie et sous le poids de lois opportunistes toujours plus contraignantes. On a récemment intégré dans la grille d’évaluation des juges un critère de rentabilité : une prime annuelle est versée en fonction du nombre de dossiers traités.
    Les juges sont-ils encore capables de se prononcer en leur âme et conscience ? La justice peut-elle vraiment être rendue en toute liberté, sans tenir compte de ce qu’attend la hiérarchie ? Existe-t-il encore des magistrats prêts à exercer leur mission sans être d’abord préoccupés par leur avancement ? Ce livre est le témoignage sincère d’un juge passionné qui n’avait cessé de croire en la justice…
    jusqu’au jour où il a dû rendre compte à ses pairs, après s’être déplacé place Vendôme pour mettre son propre ministre en examen. Une plongée dans le monde de la justice, un constat sans concession qui fait froid dans le dos. Après avoir lu ce livre, vous réfléchirez à deux fois avant d’avoir recours à un juge…
    https://www.decitre.fr/livres/ne-faites-jamais-confiance-a-la-justice-de-votre-pays-9791029805196.html

  2. La justice valaisanne aurait dû pratiquer, LE balance son porc il y a de cela 15 ans déjà mais à la place elle a préféré fricoter avec, à nous d’aujourd’hui d’ en faire les frais, de cette inertie on en dégustera pour une décennie encore .

  3. Une forme de sorcellerie partisane a deux balles ; qui usurperait le mot politique ! Prostitution de la firme etatique
    ? Au relent d odeure de foie bien imbibe ….
    La complotiste !

  4. Triste nouvelle. J’ai eu la chance de connaître M. Voutaz et de partager sa passion pour le cyclisme. Un Monsieur, un grand bonhomme. Une énergie débordante, des valeurs, des compétences, une véritable empathie, un homme aux milles activités. Merci pour votre texte qui le décrit si bien. Quelques unes de ces graines de joie ont germées en moi. C’est malheureux de perdre un être humain de cette qualité, et encore à cause de la médiocrité de la justice.

  5. L injustice et le proces kafkaien diligentes psr ces experts qui en connaissent parfaitement tous les mecanismes sont une arme de guerre qui peu être letale ! Quand un col blanc croit tenire un scalpel a neuronnes ! Le vent qu il a fait venire pourrait lui enlever la tete un jour …
    Figuratif vous songez ? Non d esprits ….

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