CRANS-MONTANA. LEÇONS DE CHOSES À L’ITÀIENNE

9 janvier 2026


Leçon de choses à l’italienne : quand la presse transalpine ausculte la justice valaisanne

Depuis l’incendie du Constellation Bar à Crans-Montana, la presse italienne observe la Suisse avec un regard qui n’a rien de complaisant. Le drame, par son ampleur humaine et symbolique, a fissuré un mythe solidement ancré au sud des Alpes : celui d’un pays irréprochable, réglé comme une montre, où la sécurité publique et la justice ne déraillent jamais.

La chute d’un modèle idéalisé

Dans plusieurs grands quotidiens, notamment La Repubblica, le récit est implacable : la Suisse, réputée obsessionnelle dans ses contrôles, aurait failli là où l’essentiel s’imposait. Le contraste entre la réputation helvétique et la réalité révélée par l’incendie est présenté comme une dissonance presque choquante.

Le drame valaisan devient ainsi le symbole d’un “monde à l’envers”, où les règles existent mais ne sont plus appliquées avec la rigueur promise.

Des titres plus conservateurs, comme Il Giornale, parlent d’un trou noir dans l’image suisse, tandis que des médias en ligne tels que Globalist évoquent explicitement l’effondrement d’un mythe national longtemps regardé avec envie, parfois avec jalousie.

La justice valaisanne sous soupçon

Très vite, le regard italien dépasse la simple question de la sécurité des lieux pour viser le cœur du problème : la réaction judiciaire. Lenteur perçue, communication jugée opaque, impression d’un appareil institutionnel davantage soucieux de se protéger que d’exposer ses failles.

Dans cette lecture transalpine, la justice valaisanne n’est pas seulement confrontée à une enquête pénale complexe ; elle est mise à l’épreuve dans sa crédibilité même.

Le fait que certaines inspections n’aient pas été menées depuis des années est présenté comme un symptôme, non comme une anomalie isolée. L’accent est mis sur la responsabilité systémique : qui savait, qui devait agir, qui a fermé les yeux ? Et surtout, qui répondra pénalement de ce qui apparaît, vu d’Italie, comme une accumulation de renoncements.

Une défiance assumée, jusqu’au niveau politique

L’Italie ne s’est pas contentée d’observer. L’ouverture de procédures parallèles et les prises de position publiques de responsables politiques, dont la Première ministre Giorgia Meloni, ont renforcé l’idée que la confiance envers la capacité helvétique à traiter seule cette affaire n’est plus totale.

Le message est clair : les familles italiennes veulent des réponses, et elles ne se satisferont pas d’un récit institutionnel verrouillé.

Climat tendu et malaise local

La couverture médiatique italienne a également relevé un climat jugé hostile à Crans-Montana, où certains journalistes étrangers ont affirmé avoir été pris à partie. Ces épisodes nourrissent un récit plus large : celui d’une communauté et d’institutions sur la défensive, mal à l’aise avec le regard extérieur, et peu enclines à accepter une mise en cause publique.

Entre compassion et charge frontale

Il serait malhonnête de réduire la presse italienne à une posture uniquement accusatrice. L’émotion est réelle, les hommages aux victimes nombreux, et la solidarité avec les familles sincère.

Mais cette compassion n’efface pas l’angle dominant : le drame de Crans-Montana est utilisé comme révélateur. Un révélateur brutal des fragilités administratives, des angles morts judiciaires et d’un écart croissant entre l’image vendue de la Suisse et la réalité de son fonctionnement local.

Au fond, la presse italienne ne juge pas seulement un incendie. Elle interroge un système. Et, ce faisant, elle place la justice valaisanne face à un miroir qu’elle n’avait manifestement pas choisi — mais qu’elle ne peut plus éviter.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

5 thoughts on “CRANS-MONTANA. LEÇONS DE CHOSES À L’ITÀIENNE”
  1. Voilà le vrai problème qui gangrène nos institutions, et ce n’est pas qu en Valais, Vaud et Genève pour ne citer qu’eux, ne font pas mieux.

    Valais: Les députés francs-maçons ne se dénonceront pas
    Sion, 12.09.2015 (cath.ch-apic) La proposition de l’UDC d’obliger les députés valaisans à déclarer leur appartenance à une loge maçonnique ou à un club service a été refusée de justesse lors de la refonte du règlement du Grand Conseil, vendredi 11 septembre 2015. Le Parlement a préféré par 55 voix contre 53 un amendement du PLR qui supprime la mention de ces confréries dans le projet de règlement.
    Chaque député valaisan se contentera d’indiquer son appartenance aux organes de direction ou de surveillance de corporations, entreprises, établissements ou fondations de droit privé ou de droit public. Les loges et clubs ne seront pas spécifiés.

    «Le débat a été parfois tendu, indique le Nouvelliste dans son édition du 12 septembre 2015. On avait déjà senti mardi, lors de l’entrée en matière, que l’on se dirigeait vers un texte édulcoré. Ce sont notamment la majorité des députés du PDC du Bas qui ont fait pencher la balance en faveur du statu quo, votant en majorité pour l’amendement libéral-radical unanimement soutenu par l’Alliance de gauche», précise le quotidien valaisan.

    «Franc-maçons [sic]: Victoire de la loge Alpina au Grand Conseil aujourd’hui….», ironisait hier Jérôme Desmeules, président de l’UDC Valais sur sa page Facebook. «Econe a donc perdu», rétorquait le député PLR Narcisse Crettenand, manifestant le clivage qui oppose une certaine sensibilité catholique à la franc-maçonnerie. Le mystère reste donc de mise autour de l’institution, entretenu par Charles Clerc lui-même (UDC) à la base de la proposition. «Les réactions auxquelles on a assisté cette semaine démontrent que les loges n’aiment pas la lumière», affirmait-il à l’issue du vote. (apic/nf/pp)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.