
Faisons fi des critiques, justifiées ou excessives, adressées au ministère public (refus d’une détention en préventive immédiate des actuels prévenus, absence d’analyse du risque de collusion, absence de perquisition dans les bureaux de l’administration communale, présence en conférence de presse notamment de la vice-présidente de la commune, proposition aux victimes de mandater un avocat parmi trois nommés proches des institutions, …) et concentrons sur le réel de la procédure pénale en Valais lieu du drame ayant abouti à 40 morts et à 116 blessés parmi lesquels des brûlés dans un état très grave.
Tous les avocats pénalistes du canton, tous les procureurs, tous les juges de la chambre pénale du tribunal cantonal, tous les juges de districts, tous les juges cantonaux de la cour pénale, tous les députés membres de la commission de justice du Grand Conseil, toud les membres du Conseil de la magistrature et tous les policiers chargés des enquêtes pénales savent de certitude absolue que les dysfonctionnements massifs intervenus notamment sous l’ère du couple formé par l’ancien procureur général Nicolas Dubuis et son adjoint Jean-Pierre Greter ont abouti à des retards inégalés des affaires pénales ordinaires, dont celles impliquant des corporations de droit public (État du Valais, communes de Crans-Montana, de Val de Bagnes, de Sembrancher, de Finhaut) ou des personnes privées (affaires J. R., S.B., Z., etc.). En un mot : depuis des années le ministère public valaisan est débordé. Les raisons de cet état de fait sont multiples, notamment liées à l’engagement à un moment donné de ressources humaines insuffisamment compétentes, notamment émotionnelles et intellectuellement comme l’a démontré un procès récent dans le Bas-Valais impliquant une ancienne collègue du nouveau commandant de la police cantonale qui a su – lui – se montrer à la hauteur de l’événement du Constellation Bar.
Cet état manifeste de débordement existait avant le premier janvier. Or tout un chacun affirme que le Constellation Bar Case nécessitera des ressources humaines en nombre. La procureure générale elle-même l’admet puisqu’elle a constitué un groupe de quatre magistrates œuvrant au sein d’un pôle judiciaire.
On sait déjà que le nombre de séances d’instruction seront importantes, que la vérification documentaire nécessitera du temps et que les interrogatoires des prévenus, de tous les prévenus, ne se concluront pas en une seule matinée. Sans compter les parties civiles vivantes dont on ne pourra guère faire l’économie d’une écoute attentive.
Par conséquent, le Valais institutionnel doit admettre lui-même avoir besoin de l’aide qui luttera contre l’asphyxie programmée de procédures pénales en cours dont l’absence de célérité était déjà remarquable (Cas Sembrancher, Verbiergate, Hess Bey, Me Z., M. Z., etc., etc).
Sous un autre angle, les pressions nationales et européennes sont si visibles que beaucoup d’observateurs valaisans et romands appellent à un dessaisissement du MPG.
Si les magistrats ont vraiment une vocation à servir les citoyens, ils doivent aujourd’hui constater qu’une aide extérieure à requérir par les députés est une bonne chose qui autorisera trois ou cinq magistrats représentant toutes les parties linguistiques de servir l’ensemble de la Confédération.
Il n’y a strictement aucune honte à avoir de requérir de l’aide à nos amis confédérés tout en étant présent au sein de ce collectif.
Si je devais suggérer un mouvement pas trop stupide sur le plan symbolique, je préparerai la succession de Olivier Elsig que j’affecterai pour la fin de sa carrière à une affaire internationale en pariant sur sa compétence acquise dans la tragédie de Sierre, et je donnerai les pleins pouvoirs à Béatrice Pilloud pour restructurer avec des personnes de son choix l’Office central et l’office régional du Valais central en engageant des magistrats qu’elle aura alors pu choisir elle-même.
Cette proposition ne plaira pas à tout le monde. Mais elle a le mérite de dire au Valais institutionnel que notre canton que nous aimons mérite autre chose que le silence, le déni, l’évitement, l’arrogance et la victimisation.
Le peuple valaisan ne veut pas que le Valais assiégé se comporte comme Charlie Hebdo.
Aussi libres que Charlie, nous pouvons ensemble nous montrer plus intelligents.
Post Scriptum :
Aucun ministère public ne digérerait pas une telle affaire sans appui extérieur.