CRANS-MONTANA. MELANIE VAN DE VELDE

9 février 2026
Lettre ouverte:
Je suis Mélanie.
Victime du drame du 1er janvier à Crans-Montana.
Je suis cette fille dont on parle parfois sans jamais dire le nom.
Cette fille qui a sauté une rambarde, non pas par bravoure, mais parce qu’à cet instant précis, le feu était plus fort que la peur.
Parce que rester aurait signifié mourir.
J’ai sauté pour sauver ma vie.
Depuis ce jour, je ne vis plus.
Je survis.
Mon corps est brûlé à près de 40 %.
Mon corps est devenu un champ de bataille.
Chaque pansement, tous les deux jours, est une épreuve.
Chaque soin ravive la douleur.
La douleur ne disparaît jamais vraiment. Elle s’installe. Elle use. Elle envahit.
Mais au-delà du corps, il y a autre chose.
Mon visage ne sera plus jamais le même.
Celui que je reconnaissais dans le miroir n’existe plus.
Celui que ma fille connaissait non plus.
C’est une perte intime, silencieuse, impossible à expliquer à ceux qui ne la vivent pas.
J’ai été prise en charge médicalement à Zurich, puis transférée à Nantes, où se déroule aujourd’hui l’essentiel de mes soins.
Loin de chez moi.
Loin de ma vie.
Et surtout loin de ma fille, que je ne peux pas prendre dans mes bras quand la douleur devient insupportable.
Il faut comprendre une chose :
je ne “guéris” pas.
Je me transforme malgré moi.
Mon corps ne redeviendra jamais celui d’avant.
Mon visage ne retrouvera jamais ses traits d’avant.
Ma peau portera à vie la mémoire de cette nuit.
Et mon esprit aussi.
Pendant que je subis des interventions lourdes, pendant que je réapprends à habiter un corps profondément abîmé, d’autres continuent de vivre normalement.
Libres.
Sans brûlures.
Sans cicatrices.
Sans nuits hantées.
Où est la justice quand la victime porte à vie les marques visibles et invisibles, et que les responsabilités restent floues, silencieuses, diluées ?
Où est la justice quand on parle d’un drame, mais qu’on détourne le regard de ses conséquences humaines ?
Où est la justice quand on demande à une femme brûlée de se reconstruire pendant que le monde continue comme si de rien n’était ?
Ma vie ne sera plus jamais la même.
Mon corps ne sera plus jamais intact.
Mon visage ne sera plus jamais celui d’avant.
Je porterai cela toute ma vie.
Je n’écris pas par vengeance.
J’écris parce que le silence est une deuxième brûlure.
Parce que l’oubli est insupportable quand on vit avec des cicatrices permanentes.
Parce que survivre ne devrait jamais signifier se taire.
J’écris pour qu’on comprenne que derrière un fait divers, il y a des corps mutilés, des identités bouleversées, des mères séparées de leurs enfants.
J’écris pour qu’on entende enfin la voix de celles et ceux qui paient le prix le plus lourd.
Je suis Mélanie.
Je suis vivante.
Mais je vis désormais dans un corps et un visage qui ne seront plus jamais les mêmes.
Et tant que cette réalité ne sera pas pleinement reconnue,
ma douleur ne sera pas seulement médicale. Elle restera profondément humaine.
Cette prise de parole a été réalisée avec l’accompagnement juridique de mon avocate
L’1Dex : merci à Nathalie qui a communiqué à L’1Dex ce post de facebook

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