AFGHANISTAN. LIRE, UN ACTE DE RÉSISTANCE

5 mars 2026
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(L’1DEX A LU EL PAĮS)

AFGHANISTAN

Lire seule, résister : le message de Malala

Dans un entretien accordé au journal espagnol El País, la militante pakistanaise Malala Yousafzai résume en une phrase la situation des femmes en Afghanistan :

« Pour une fille afghane, lire un livre seule est un acte de résistance. »

Cette déclaration, aussi simple que brutale, dit tout d’un pays où l’accès à l’éducation des filles est progressivement devenu un champ de bataille politique, culturel et moral.

L’éducation comme ligne de front

Malala Yousafzai n’est pas une militante abstraite. Elle parle depuis une expérience personnelle : celle d’une adolescente pakistanaise visée par une tentative d’assassinat des talibans pour avoir défendu l’éducation des filles.

Dans l’entretien publié par El País, elle rappelle avoir commencé son combat à 11 ans, lorsque les talibans interdisaient déjà aux filles d’aller à l’école dans certaines régions du Pakistan.

Aujourd’hui, selon elle, l’Afghanistan représente l’exemple le plus extrême d’oppression systémique contre les femmes et les filles.

Depuis le retour des talibans au pouvoir, l’accès à l’éducation secondaire et universitaire pour les filles y est quasiment supprimé. L’interdiction dépasse la simple fermeture d’écoles : elle vise à effacer les femmes de l’espace public.

Malala emploie un mot lourd de sens : « apartheid de genre ».

120 millions de filles privées d’école

La militante rappelle un chiffre qui dépasse largement l’Afghanistan.

Environ 120 millions de filles dans le monde ne peuvent toujours pas aller à l’école.

L’Afghanistan n’est donc pas une exception isolée, mais un symbole extrême d’un problème global : l’inégalité structurelle dans l’accès au savoir.

Pour Malala, la question est simple : sans éducation, aucune égalité réelle n’est possible.

L’école constitue la base de l’autonomie économique, politique et sociale des femmes.

L’éducation clandestine

Face à l’interdiction imposée par les talibans, certaines Afghanes continuent pourtant d’apprendre.

Dans l’entretien, Malala évoque les écoles clandestines, les cours diffusés à la télévision ou à la radio, ainsi que les programmes éducatifs en ligne.

Ces initiatives improvisées révèlent une réalité frappante :

l’éducation est devenue un acte de résistance civile.

Dans certaines maisons, des filles étudient en secret, souvent avec l’aide de leurs familles ou d’enseignantes qui poursuivent leur mission dans la clandestinité.

La peur et le courage

Malala rejette l’image simpliste de l’héroïne intrépide.

Elle reconnaît que la peur existe. Mais elle insiste : le courage ne consiste pas à ne pas avoir peur, mais à agir malgré elle.

Ce courage se manifeste aujourd’hui chez les femmes afghanes qui continuent d’apprendre, parfois seules, parfois cachées.

Lire devient alors un geste politique.

Un combat qui dépasse l’Afghanistan

La militante pakistanaise estime que la communauté internationale doit reconnaître juridiquement l’« apartheid de genre » afin de qualifier les politiques talibanes.

Mais son message s’adresse surtout aux filles elles-mêmes :

continuer à apprendre, même en secret.

Car dans un pays où l’école est interdite, ouvrir un livre devient déjà un acte de liberté.

Et parfois, le premier pas vers la résistance.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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