
(L’1DEX A LU THE NEW YORK TIMES)
Il y a, dans la guerre menée aujourd’hui contre l’Iran, quelque chose de profondément inquiétant — et pas seulement pour le Moyen-Orient.
Comme l’écrit The New York Times, sous la plume du vétéran et écrivain Phil Klay, le problème n’est pas seulement militaire : il est intellectuel, moral et stratégique.
Et il est brutal :
Les États-Unis ne savent pas pourquoi ils font la guerre.
Une guerre sans objectif — ou avec tous à la fois
Pour un changement de régime ?
Nucléaire ?
Dissuasion régionale ?
Protection d’Israël ?
Riposte à une menace imminente ?
Tout est avancé. Rien n’est clarifié.
Résultat : une guerre qui change de nature selon le discours du jour.
Une guerre qui hésite même à s’assumer comme telle — “incursion”, “excursion”, opération limitée…
Quand les mots flottent, la stratégie est déjà morte.
Le point le plus glaçant n’est pas militaire. Il est culturel.
L’administration de Donald Trump met en scène la guerre comme un produit :
vidéos virales, images de frappes, montage façon jeu vidéo.
Un bowling géant frappant des dirigeants iraniens.
Des explosions montées comme des highlights sportifs.
Ce n’est plus une guerre.
C’est une démonstration.
Et comme le souligne Klay, la seule cohérence du conflit réside dans cette fascination pour la violence et la domination.
Une rupture avec la tradition américaine
Historiquement, les États-Unis ont toujours tenté — au moins dans le discours — de justifier la guerre.
- George Washington parlait de nécessité
- Abraham Lincoln de réconciliation
- Franklin D. Roosevelt de lutte contre la tyrannie
Même les guerres les plus contestables étaient enveloppées d’une justification morale ou politique.
Aujourd’hui ?
Une autre logique s’impose :
la force pour la force.
Sans projet. Sans horizon. Sans sortie.
L’illusion primitive de la puissance
Dans cette vision, la guerre est simple :
- on frappe
- on domine
- on gagne
Mais la réalité, elle, est autrement plus complexe.
Comme le rappelait Carl von Clausewitz :
l’ennemi a toujours son mot à dire
Et il répond. Toujours.
L’Iran n’a pas plié.
Il a élargi le conflit.
Il s’est durci politiquement.
Et il exploite désormais les failles américaines.
Le fiasco prévisible
Ce qui frappe dans cette séquence, ce n’est pas l’échec.
C’est son caractère évident.
Les États-Unis :
- n’avaient pas anticipé les réactions iraniennes
- ont sous-estimé les conséquences énergétiques
- ont cru qu’une supériorité militaire suffisait
C’est exactement l’erreur déjà commise en Irak.
Et c’est précisément celle que dénonce Klay :
confondre capacité de frappe et stratégie globale
La guerre sans morale produit son contraire
Une guerre sans justification politique claire ne reste jamais neutre.
Elle produit :
- du ressentiment
- du radicalisme
- de la légitimité pour l’adversaire
Pire encore :
elle renforce souvent le régime qu’elle prétend affaiblir.
Bombarder sans projet, c’est parfois sauver son ennemi.
Le prix humain — toujours le même
Derrière les images et les discours, une constante :
des civils meurent
Des erreurs. Des frappes mal ciblées.
Des enfants tués dès les premiers jours, selon des premières évaluations internes.
Et une mécanique bien connue :
plus la violence augmente,
plus l’ennemi se consolide.
Une politique de la brutalité
Le cœur du problème est là.
Certains au sein de l’administration — Stephen Miller, Pete Hegseth — assument une vision du monde simple :
Le monde est régi par la force
Donc il faut frapper plus fort.
Plus vite.
Sans contraintes.
Cette vision n’est pas seulement contestable.
Elle est historiquement démentie.
La véritable erreur de Trump n’est pas tactique.
Elle est philosophique.
Croire que la puissance militaire suffit à façonner le monde.
Croire que la violence remplace la politique.
Croire que dominer, c’est convaincre.
C’est exactement l’inverse.
Comme le rappelle en filigrane The New York Times, la guerre sans but est une guerre perdue — même lorsqu’elle semble gagnée.
Et à force de vouloir impressionner, les États-Unis risquent de faire pire que perdre : se perdre eux-mêmes.