
Karting valaisan : la mécanique du talent, version locale et sans complexe
Trois pilotes, un atelier, zéro excuse. Et une idée simple : faire du Valais un terrain crédible dans un sport où tout semble réservé aux structures lourdes et aux budgets industriels.
Depuis une dizaine d’années, Jean et Samuel Luyet roulent leur bosse au plus haut niveau européen en KZ2. Le CV est solide : titre de champion de Suisse 2024 pour l’un, vice-champion pour l’autre. Aujourd’hui, les deux frères saviésans changent légèrement de trajectoire. Moins de dépendance, plus de maîtrise.
Ils ont monté leur propre structure, D.E.L. Motorsport, 100 % valaisanne. Et ils misent sur un pari qui n’a rien d’anodin : Florian Esteve, 18 ans, troisième du championnat de Suisse 2025.
Une logique simple : reprendre le contrôle
Le projet n’a rien d’un caprice. Il s’inscrit dans une logique presque brutale de lucidité : à ce niveau, dépendre d’une structure externe, c’est accepter de ne pas tout maîtriser.
Les frères Luyet veulent l’inverse.
Ils construisent leurs propres karts, développent leur matériel, gèrent la télémétrie, optimisent chaque détail. Samuel est sur le châssis et les données. Jean sur les moteurs, avec deux mécaniciens. Rien n’est laissé au hasard. Ou plutôt : rien n’est laissé aux autres.
« Nous sommes complémentaires avec chacun nos compétences. »
Traduction : chacun fait ce qu’il sait faire, et le reste n’est plus une variable d’ajustement.
Florian Esteve, le pari calculé
Le troisième homme n’est pas là pour compléter une photo. Florian Esteve est intégré comme un levier de performance.
À 18 ans, il sort d’une saison solide en KZ2 avec une troisième place nationale. Les Luyet ne s’y trompent pas : ils voient en lui un potentiel réel pour viser le titre.
Leur avantage ? L’expérience.
Ils connaissent la catégorie, ses pièges, ses rythmes. Ils savent comment faire progresser un pilote vite — et surtout sans le brûler. Esteve bénéficie d’un encadrement direct, sans filtre, sans inertie.
Le résultat est déjà visible : une progression rapide, une adaptation technique efficace, et un style assumé.
Un style que ses coéquipiers décrivent sans détour : agressif, mais intelligent. Un pilote qui dépasse, mais au bon moment.
Une structure légère, donc réactive
D.E.L. Motorsport n’a pas la lourdeur d’une usine. Et c’est précisément sa force.
Moins de couches, plus de décisions rapides. Une capacité d’adaptation immédiate, notamment sur le plan mécanique. Là où les grandes structures optimisent, les Luyet ajustent.
Et parfois, ça suffit pour faire la différence.
Objectif : jouer devant, rapidement
Les ambitions ne sont pas maquillées. Florian Esteve vise le championnat de Suisse. Et à plus long terme, le championnat du monde.
Le calendrier s’accélère. Ce week-end, direction Franciacorta (Italie) pour l’ouverture du championnat suisse, sur six manches. Budget serré — environ 10’000 francs pour la saison — mais soutenu par des partenaires et des fans.
Les frères Luyet, eux, sont déjà champions d’Europe. Mais ils ne sont pas encore rassasiés.
Ce que raconte vraiment cette histoire
Ce n’est pas seulement une histoire de karting.
C’est une histoire de contrôle, d’indépendance et de transmission. Deux pilotes expérimentés qui refusent de subir un système, et qui décident de le recréer à leur échelle.
Avec un jeune talent au centre.
Le genre de projet qui ne fait pas de bruit — jusqu’au moment où il gagne.