GOLFE. UNE VÉRITÉ QUE WASHINGTON REFUSE DE VOIR

13 avril 2026
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GOLFE – 1,4 TRILLION, DES MISSILES ET UNE VÉRITÉ QUE WASHINGTON REFUSE DE VOIR

Par Badr Jafar, dans une tribune publiée par le The New York Times, un chiffre claque comme une gifle diplomatique : 1,4 trillion de dollars.

C’est la promesse faite en mars 2025 par les Émirats arabes unis aux États-Unis.

La plus grande promesse d’investissement jamais enregistrée par un seul État.

À l’époque, c’était de la géopolitique brillante.

Aujourd’hui, c’est une équation sous les bombes.

LA GRANDE ILLUSION : L’ARGENT A BESOIN DE PAIX

Neuf mois plus tard, le décor a changé.

Missiles iraniens. Détroit d’Ormuz étranglé. Blocus naval américain.

La réalité, brutale, s’impose : les trillions ne survivent pas à l’instabilité.

Comme le résume un économiste cité dans la tribune : ces engagements reposaient sur une condition implicite — la stabilité régionale.

Elle n’existe plus.

Et soudain, la promesse de 1,4 trillion ressemble moins à un pacte historique qu’à une construction suspendue dans le vide.

FIN D’UN MENSONGE : “PÉTROLE CONTRE SÉCURITÉ”

Pendant des décennies, la relation entre Washington et le Golfe tenait en une formule simpliste :

pétrole contre sécurité.

Cette formule est morte. Et elle l’était déjà avant la guerre.

Les États-Unis sont devenus quasi indépendants énergétiquement.

Les Émirats arabes unis, eux, investissent des milliers de milliards pour sortir du pétrole.

Ce que révèle Badr Jafar dans le The New York Times, c’est autre chose : la relation est devenue totale.

Économique.

Technologique.

Culturelle.

Humaine.

Et surtout : réciproque.

UNE DÉPENDANCE QUE L’AMÉRIQUE NE VEUT PAS NOMMER

Les chiffres parlent, et ils sont gênants.

  • Les Émirats sont depuis 17 ans le premier marché d’exportation américain au Moyen-Orient
  • 23,8 milliards de dollars d’excédent commercial pour Washington en 2025
  • Des institutions américaines partout : NYU, Cleveland Clinic, Guggenheim
  • 65 000 Américains installés dans le Golfe
  • Et surtout : l’IA

La société G42 collabore directement avec Microsoft.

Les États-Unis ont autorisé l’export de puces avancées de Nvidia.

Traduction :

ce partenariat sert autant les intérêts américains que ceux des Émirats.

Mais Washington continue de faire semblant d’être le seul pilier du système.

LA GUERRE A TOUT RENDU VISIBLE

Ce que la guerre avec l’Iran a révélé, ce n’est pas une fragilité.

C’est une hypocrisie.

Les Émirats ne sont pas un client sous protection.

Ce sont un investisseur stratégique qui a misé son avenir sur l’ordre international piloté par les États-Unis.

Et aujourd’hui, cet ordre vacille.

Les Émirats ont encaissé des frappes sur leurs infrastructures.

Intercepté plus de 95 % des missiles.

Maintenu leur économie ouverte.

Ils ont tenu.

Mais la question n’est plus là.

LE RISQUE : UNE RELATION LIVRÉE AU PILOTAGE AUTOMATIQUE

La tribune de Badr Jafar est polie. Diplomatique. Presque élégante.

Mais entre les lignes, le message est brutal : si cette relation continue à être gérée comme une routine, elle cassera.

Pas aujourd’hui.

Pas demain.

Mais elle cassera.

Parce qu’un partenariat de cette ampleur — potentiellement le plus important des prochaines décennies — ne peut pas reposer sur des annonces, des visites présidentielles et des illusions stratégiques.

LA VÉRITÉ QUE PERSONNE NE VEUT DIRE

Les missiles n’ont pas seulement frappé des infrastructures.

Ils ont frappé une idée.

Celle que la mondialisation pouvait fonctionner indépendamment de la sécurité réelle.

Celle que les capitaux du Golfe pouvaient irriguer l’Occident sans contrepartie stratégique claire.

Celle que les États-Unis pouvaient rester dominants sans reconnaître leurs dépendances.

Cette idée est morte.

Et ce qui la remplace est beaucoup plus inconfortable : une interdépendance totale, fragile, et désormais exposée.

CONCLUSION — LE PRIX DU DÉNI

La relation entre les États-Unis et les Émirats arabes unis survivra.

Mais survivre n’est pas gagner.

Si Washington ne comprend pas que ce partenariat est devenu un actif stratégique — et non plus une commodité diplomatique — il finira par perdre bien plus que 1,4 trillion.

Il perdra un levier central de sa puissance future.

Et cette fois, il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas.

Et, c’est L’1Dex qui le souligne, les insultes grossières et ordurières adressées récemment par Donald Trump à l’Arabie Saoudite est tout sauf une ouverture vers de nouveaux deals. La culture suisse permet de saisir sur le vif cette situation.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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