ILS N’ECRIVENT PLUS, ILS SIMULENT

2 avril 2026

Les avocats – et, plus inquiétant encore, les tribunaux – sont désormais submergés de courriels proliférants, d’une précision artificielle et d’une élégance suspecte. Des textes lisses, structurés, presque trop propres pour être honnêtes.

Le phénomène est connu : il ne s’agit plus d’écrire, mais de faire écrire. Et surtout de donner l’illusion d’avoir pensé.

Les plus naïfs y voient une montée en qualité. Les plus lucides comprennent qu’il s’agit souvent de l’inverse : une externalisation de la réflexion, maquillée en rigueur intellectuelle. L’outil produit la forme, mais le fond reste vide – ou pire, hors de contrôle de celui qui signe.

Et pourtant, certains y croient. Ils croient que singer un style revient à maîtriser une pensée. Ils confondent la syntaxe avec l’intelligence, la fluidité avec la pertinence, la longueur avec la profondeur.

C’est une erreur. Et parfois une faute.

Alors, face à ces messages d’une perfection trop mécanique pour être sincère, la réponse pourrait être celle-ci :

Je vous propose une méthode simple. Transmettez votre message à une intelligence artificielle en lui demandant de répondre à votre place en se faisant passer pour moi. Puis adressez-moi le résultat. Je vous dirai si je dois le signer – ou le corriger.

Car au fond, la question n’est pas de savoir si une machine peut écrire. Elle le peut.

La seule question sérieuse est celle-ci :
êtes-vous encore capable d’assumer ce que vous envoyez sous votre nom ?

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

One thought on “ILS N’ECRIVENT PLUS, ILS SIMULENT”
  1. en effet.
    en revanche: l’ia est capable d’analyser des centaines de pièces. instantanément, de les garder en mémoire. et de faire des liens puissants entre des documents produits en 2015 dans le cadre d’une faillite et celles faites en 2023 dans le cadre d’un litige civil ou public. L’IA met en lumière de manière spectaculaire des contradictions, des falsifications, que même un avocat brillant ne décèle pas en quelques heures d’étude de dossier. aucune pièce n’est à priori écartée du dossier, faute de lien convaincant avec l’objet du litige . cependant, les faits sont analysés sous des points de vue de différentes spécialités…: poursuite et faillite, construction, médecine, fiscalité, responsabilité, comptabilité, ingénierie.

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