CHRISTIAN PANINI CONSTANTIN

9 mai 2026

Pendant que certains collectionnent les montres, les voitures ou les grands crus, d’autres traquent des morceaux de carton glacé de cinq centimètres sur sept. Et parfois, dans ces collections apparemment dérisoires, se cache quelque chose de beaucoup plus sérieux: une mémoire populaire.

Selon un article du Le Nouvelliste signé par Justin Grept, le Montheysan David Stojilkovic a réussi un exploit délicieusement absurde et profondément valaisan: réunir toutes les vignettes Panini des entraîneurs du FC Sion de l’ère Christian Constantin.

Et soudain, derrière les stickers, apparaît toute la tragicomédie du football sédunois.

Car il faut se souvenir de cette époque hallucinante où le banc de Tourbillon ressemblait moins à une institution sportive qu’à une porte tournante sous amphétamines. Entre 2017 et 2019, huit changements d’entraîneurs. Huit. Dans un championnat suisse qui, parfois, donne déjà l’impression d’être joué sous anxiolytiques.

Sébastien Fournier. Paolo Tramezzani. Gabri. Jacobacci. Murat Yakin. Christian Zermatten. Stéphane Henchoz.

La liste ressemble à une feuille de match écrite après une nuit blanche.

Le plus fascinant dans cette histoire n’est pourtant pas la collection elle-même. C’est ce qu’elle raconte du football moderne, du FC Sion et, surtout, du personnage gigantesque qu’est Christian Constantin.

Parce qu’au fond, les Panini sont des archives populaires. Une mémoire ouvrière du football. Des reliques d’enfance devenues documentation historique involontaire.

Et dans le cas du FC Sion version Constantin, cela produit une galerie presque surréaliste.

On y trouve des champions du monde italiens, des anciens internationaux argentins, des techniciens espagnols, allemands, français, suisses. Une sorte de marché mondial du coaching passé dans la centrifugeuse émotionnelle valaisanne.

Puis il y a les pièces rares.

Comme David Bettoni, quasiment introuvable selon le collectionneur, déniché dans un obscur sticker «Foot 96» de l’Olympique Alès en Cévennes. Là, on entre dans la dimension mystique du Panini: celle où des adultes fouillent internet pendant des semaines pour retrouver une vignette imprimée il y a trente ans dans un coin oublié de la deuxième division française.

C’est ridicule.

Donc c’est magnifique.

Et puis il y a l’absence. Ricardo Dionisio et Christian Zermatten n’ont jamais eu leur Panini. Comme certains joueurs n’ont jamais leur statue. Le football produit aussi ses fantômes administratifs.

Mais le sommet absolu reste évidemment la vignette préférée de David Stojilkovic: celle de Christian Constantin lui-même.

Un président. Ancien joueur. Qui finit plusieurs fois entraîneur de son propre club.

Même Hollywood n’oserait pas écrire ça. Les producteurs diraient que le scénario manque de crédibilité.

Le FC Sion de Constantin aura été exactement cela durant des années: un mélange improbable de génie intuitif, d’instabilité chronique, de coups de colère, de flair footballistique et de chaos institutionnalisé.

Et pourtant — ou peut-être à cause de cela — le club reste vivant dans l’imaginaire collectif romand.

Parce que les clubs parfaitement rationnels n’impriment pas forcément de souvenirs.

Les clubs fous, si.

Au fond, David Stojilkovic ne collectionne pas seulement des Panini. Il collectionne une époque entière du football suisse. Une époque où l’on pouvait se réveiller un lundi matin et découvrir qu’un nouvel entraîneur avait déjà remplacé celui nommé trois mois plus tôt.

Aujourd’hui, avec la stabilité inhabituelle incarnée par Didier Tholot, le collectionneur se dit «au chômage technique».

Phrase extraordinaire.

Comme si l’instabilité du FC Sion constituait autrefois une activité professionnelle à temps plein.

Et quelque part, au fond, tous les supporters valaisans savent qu’il n’a peut-être pas complètement tort.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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