
Le Valais adore ses cérémonies de transmission. Les photos officielles. Les sourires républicains. Les déclarations sur « la proximité », « la résilience » et « l’avenir ». Cette semaine encore, la mécanique institutionnelle a parfaitement fonctionné : Christophe Darbellay succède à Mathias Reynard à la présidence du Conseil d’État pour la période du 1er mai 2026 au 30 avril 2027.
Officiellement, tout va bien.
Le gouvernement parle d’« inclusion », de « stabilité », de « modernisation » et de « proximité avec la population valaisanne ». Le vocabulaire administratif continue d’empiler les mots rassurants comme on pose des sacs de sable devant une rivière qui déborde déjà.
Car derrière le communiqué soigneusement calibré, une réalité beaucoup moins confortable s’impose : le Valais entre probablement dans l’une des périodes politiques les plus sensibles de ces vingt dernières années.
Blatten détruit.
Crans-Montana traumatisé.
Les dangers naturels omniprésents.
Les infrastructures publiques sous tension.
La pression climatique qui devient concrète.
Les finances publiques surveillées.
Les fractures territoriales qui progressent silencieusement.
Et une confiance institutionnelle qui, parfois, ressemble davantage à une habitude culturelle qu’à une véritable adhésion populaire.
Et le Verbiergate dont rares sont ceux qui maîtrisent tous les contours.
Dans ce contexte, Christophe Darbellay récupère davantage qu’une présidence tournante. Il récupère un canton nerveux.
Le nouveau président du Gouvernement promet une année placée sous le signe de « la rencontre du Valais ». Formule habile. Presque affective. Le problème est que les Valaisans ne demandent plus seulement qu’on les rencontre. Ils demandent surtout qu’on les écoute réellement.
Or l’époque a changé.
Les citoyens acceptent de moins en moins les communications verticales descendantes où l’institution explique au peuple ce qu’il doit penser de la situation. Les réseaux sociaux, les médias alternatifs, les révélations administratives, les dossiers judiciaires sensibles et la multiplication des affaires locales ont profondément transformé le rapport entre gouvernants et gouvernés.
L’1Dex a largement participé depuis le 1er mai 2011 à ce changement de cap.
Aujourd’hui, la crédibilité ne se décrète plus depuis un pupitre officiel.
Elle se mérite.
Le communiqué gouvernemental insiste également sur plusieurs grands projets : infrastructures hospitalières, stratégie climatique, assainissement des sites pollués, développement numérique, Campus Energypolis, UniDistance.
Très bien.
Mais derrière chaque mot moderne se cache désormais une question devenue centrale dans toutes les démocraties occidentales : qui contrôle réellement l’efficacité, la transparence et le coût de ces projets ?
Le temps où une simple annonce institutionnelle suffisait à produire de la confiance est terminé.
Et c’est probablement là que se jouera réellement la présidence Darbellay.
Pas dans les photographies officielles.
Pas dans les slogans.
Pas dans les éléments de langage.
Mais dans la capacité du pouvoir valaisan à supporter la contradiction, la critique et l’exigence démocratique sans considérer chaque remise en question comme une attaque contre l’institution elle-même.
Car un canton résilient n’est pas un canton qui cache ses failles.
C’est un canton capable de les regarder en face.
Le Valais de 2026 ressemble de moins en moins à la carte postale alpine immobile que certains imaginent encore depuis Berne ou Genève. Il devient un laboratoire miniature des tensions occidentales contemporaines : climat, territoire, sécurité, gouvernance, confiance publique, infrastructures, pression économique, fracture numérique et crise du lien civique.
Autrement dit : un territoire magnifique, mais sous tension.
Christophe Darbellay ouvre donc une présidence paradoxale.
Peut-être l’une des plus importantes politiquement depuis longtemps.
Et probablement l’une des plus dangereuses aussi.
Parce qu’aujourd’hui, gouverner ne consiste plus seulement à administrer le réel.
Il faut désormais convaincre une population qui observe tout, archive tout, compare tout et ne croit plus grand-chose sur parole.
Aussi surprenant que cela puisse apparaître à certains, L’1Dex n’exclut pas que cette présidence sous le sceau de Christophe Darbellay puisse apporter une bonne surprise.
En 2017, dans Le Temps, Christophe Darbellay promettait : « Je changerai l’image du Valais ».
It’s time to do it !
