KGB BUILDING À RIGA. ARTICLE 58 (15)

20 mai 2026 #KGB; CHEKA

« Article 58 du Code pénal (CP) de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR)

(en vigueur dès le 25 février 1927)

58¹. Définition de l’activité contre-révolutionnaire :

« Une action contre-révolutionnaire est toute action visant à renverser, affaiblir ou miner le pouvoir des Soviets ouvriers et paysans… ainsi que les gouvernements de l’URSS et des républiques soviétiques et autonomes, ou à affaiblir la sécurité extérieure de l’URSS et les principaux acquis économiques, politiques et nationaux de la révolution prolétarienne. »

Cela ne se limitait pas aux actes antisoviétiques ; « la solidarité internationale des travailleurs » et tout autre « État ouvrier » étaient également protégés par cet article.

58¹a. Trahison : peine de mort ou dix ans de prison, dans les deux cas avec confiscation des biens.

58¹b. Trahison commise par du personnel militaire : peine de mort avec confiscation des biens.

58¹c. En cas de fuite d’un auteur de trahison relevant des articles 58-1 à 58-16 (personnel militaire uniquement), ses proches pouvaient être condamnés à cinq à dix ans d’emprisonnement avec confiscation ou à cinq ans d’exil en Sibérie, selon les circonstances : aide apportée, connaissance des faits sans dénonciation, ou simple cohabitation avec le fugitif.

58¹d. Non-dénonciation d’un acte de trahison par un militaire : dix ans d’emprisonnement.

Non-dénonciation par d’autres personnes : infraction relevant de l’article 58-12.

58². Soulèvement armé ou intervention visant à prendre le pouvoir : jusqu’à la peine de mort avec confiscation, y compris qualification officielle d’« ennemi des travailleurs ».

58³. Contacts avec des étrangers à des fins contre-révolutionnaires (définies par l’article 58-1) : sanction prévue par l’article 58-2.

58⁴. Toute aide apportée à la “bourgeoisie internationale”, qui, ne reconnaissant pas l’égalité du système politique communiste, cherche à le renverser : mêmes sanctions que l’article 58-2.

58⁵. Incitation d’un État étranger à déclarer la guerre, intervenir militairement, instaurer un blocus, saisir des biens d’État, rompre les relations diplomatiques, dénoncer des traités internationaux ou entreprendre d’autres actions agressives contre l’URSS : mêmes sanctions que l’article 58-2.

58⁶. Espionnage : sanctions identiques à l’article 58-2.

58⁷. Sabotage de l’industrie, des transports, du système monétaire ou du crédit, ainsi que des coopératives et organisations étatiques, à des fins contre-révolutionnaires : mêmes sanctions que l’article 58-2.

Note : cette infraction était qualifiée de « destruction » (“wrecking”) et ses auteurs de « saboteurs ».

58⁸. Actes terroristes contre des représentants du pouvoir soviétique ou des organisations ouvrières et paysannes : mêmes sanctions que l’article 58-2.

58⁹. Destruction ou détérioration des transports, communications, réseaux d’eau, entrepôts et autres bâtiments publics ou biens de l’État à des fins contre-révolutionnaires : mêmes sanctions que l’article 58-2.

58¹⁰. Propagande et agitation antisoviétiques et contre-révolutionnaires : au moins six mois d’emprisonnement.

En période de troubles ou de guerre : mêmes sanctions que l’article 58-2.

58¹¹. Toute organisation ou soutien d’actions préparant ou exécutant les infractions ci-dessus est assimilé aux infractions elles-mêmes et poursuivi selon les mêmes articles.

58¹². Non-dénonciation d’une “activité contre-révolutionnaire” : au moins six mois d’emprisonnement.

58¹³. Participation active au mouvement contre-révolutionnaire des tsaristes et des gouvernements contre-révolutionnaires pendant la guerre civile : mêmes sanctions que l’article 58-2.

58¹⁴. (ajouté le 6 juin 1937)

« Sabotage contre-révolutionnaire », c’est-à-dire exécution délibérément négligente de fonctions définies dans le but d’affaiblir le pouvoir gouvernemental ou le fonctionnement de l’appareil d’État : peine minimale d’un an de privation de liberté ; dans les circonstances aggravées, jusqu’à la peine suprême de défense sociale : exécution par fusillade avec confiscation des biens. »

 

À Corner House, ancien siège du KGB soviétique à Riga, les murs ne parlent plus. Ils suintent.

Cellules minuscules. Couloirs étroits. Portes épaisses. Une mécanique froide pensée pour casser des êtres humains avec méthode, paperasse et peur administrative. Le totalitarisme aime toujours les formulaires avant les cris.

Le musée rappelle surtout une vérité que l’Europe occidentale oublie parfois avec une désinvolture confortable : les Pays baltes n’ont pas une peur théorique de la Russie. Ils ont une mémoire.

À Riga, l’occupation soviétique n’est pas un chapitre abstrait d’un manuel scolaire. C’est encore une cicatrice familiale. Un grand-père disparu. Une déportation. Une nuit de coups frappés contre une porte.

En ressortant du bâtiment, la ville paraît plus légère qu’avant d’y entrer. Et l’on comprend mieux pourquoi, ici, le soutien à l’Ukraine n’est pas un slogan politique, mais presque une obligation morale.

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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