
La Suisse n’a pas seulement perdu un quart de finale de Coupe du monde contre l’Argentine.
Elle a peut-être assisté à la naissance d’une nouvelle forme d’arbitraire sportif : l’arbitraire technologiquement certifié.
À la 72e minute de la rencontre, alors que la Suisse venait d’égaliser et semblait capable de faire vaciller l’Argentine, Breel Embolo est tombé devant Leandro Paredes. L’arbitre a immédiatement considéré que le joueur argentin avait commis une faute. Il a sifflé en faveur de la Suisse et adressé un carton jaune à Paredes.
Puis la VAR est entrée en scène.
Après visionnage des images, l’arbitre a retiré le carton jaune de Paredes, renversé le sens de sa première décision et averti Embolo pour simulation. Comme l’attaquant suisse avait déjà reçu un avertissement, ce nouveau carton jaune a provoqué son expulsion.
La Suisse s’est retrouvée à dix.
L’Argentine a finalement remporté la rencontre 3-1 après prolongation. La presse internationale et les responsables suisses ont immédiatement désigné cette expulsion comme le tournant du match. Murat Yakin a qualifié la règle et son application d’inacceptables. Remo Freuler a réclamé des explications à la FIFA. (Reuters)
Mais l’indignation ne suffit pas.
Encore faut-il démontrer pourquoi cette décision est contestable. Non pas seulement émotionnellement. Non pas parce qu’elle a frappé un joueur suisse. Non pas parce qu’elle a favorisé l’Argentine.
Elle est contestable parce qu’elle repose sur un raisonnement défectueux.
Un raisonnement que la VAR a présenté comme une évidence alors qu’il ne s’agissait que d’une interprétation parmi plusieurs autres.
UNE RÈGLE NOUVELLE QUI CHANGE LA NATURE DE LA VAR
Pour comprendre la décision, il faut d’abord comprendre la modification réglementaire intervenue en 2026.
Jusqu’alors, la VAR ne pouvait en principe pas intervenir pour contrôler un simple carton jaune. Son domaine était limité à certaines situations déterminantes : les buts, les penalties, les cartons rouges directs et les erreurs d’identité.
L’IFAB, organisme qui édicte les Lois du Jeu, a étendu ce domaine d’intervention.
La VAR peut désormais contrôler un carton rouge résultant d’un deuxième avertissement manifestement erroné. Elle peut également intervenir lorsqu’un carton jaune ou rouge a été adressé au mauvais joueur, y compris lorsque l’arbitre a sanctionné un joueur de l’équipe adverse au lieu de celui qui aurait réellement commis l’infraction. (IFAB)
C’est sous cette qualification d’« erreur d’identité » que l’intervention contre Embolo a été justifiée.
L’arbitre avait sanctionné Paredes.
La VAR a estimé que l’auteur du comportement répréhensible était en réalité Embolo.
Le carton de Paredes a donc été retiré et transféré, en quelque sorte, à l’attaquant suisse.
Sur le plan formel, la porte réglementaire existait.
Mais une porte ouverte n’autorise pas à entrer n’importe comment.
La question essentielle n’est pas seulement de savoir si la VAR pouvait examiner l’action. Elle est de savoir si les conditions permettant de condamner Embolo pour simulation étaient véritablement réunies.
Et c’est ici que le raisonnement arbitral se fissure.
L’ABSENCE DE FAUTE DE PAREDES NE PROUVE PAS LA SIMULATION D’EMBOLO
La décision semble avoir reposé sur un raccourci d’une simplicité enfantine :
Paredes n’a pas commis de faute.
Donc Embolo a simulé.
Ce raisonnement est faux.
Il est faux en logique.
Il est faux en droit sportif.
Il est faux dans l’analyse du mouvement humain.
Entre une faute commise par un défenseur et une simulation volontaire de l’attaquant, il existe toute une série de situations intermédiaires.
Un joueur peut perdre l’équilibre.
Il peut esquiver un choc.
Il peut anticiper instinctivement un contact.
Il peut tomber en raison de sa vitesse.
Il peut poser incorrectement son pied.
Il peut être encore déséquilibré par l’action précédente.
Il peut craindre une intervention qu’il pense imminente.
Il peut chercher à protéger ses chevilles, ses genoux ou son corps.
Il peut enfin chuter sans qu’aucune faute ne soit commise et sans avoir la moindre volonté de tromper l’arbitre.
Or la Loi 12 ne sanctionne pas le simple fait de tomber.
Elle sanctionne le joueur qui tente de tromper l’arbitre en feignant une faute ou une blessure.
La simulation est donc davantage qu’une chute sans contact suffisant.
Elle implique un comportement trompeur.
Elle suppose que le joueur cherche à provoquer artificiellement une décision arbitrale favorable.
La distinction est capitale.
Dire qu’il n’y avait pas faute de Paredes est une appréciation de l’action du défenseur.
Dire qu’Embolo a simulé est une appréciation de l’intention et du comportement de l’attaquant.
Ce ne sont pas les deux faces automatiques d’une même pièce.
Il est parfaitement possible que Paredes n’ait pas commis de faute et qu’Embolo n’ait pas simulé.
La VAR semble pourtant avoir supprimé cet espace intermédiaire.
Elle a transformé l’absence supposée de faute argentine en preuve positive de fraude suisse.
Voilà le vice fondamental.
UNE ACTION NE COMMENCE PAS AU MOMENT OÙ LA VAR DÉCIDE DE LA RALENTIR
Quelques instants avant l’action litigieuse, Embolo avait été victime d’une intervention particulièrement rude, qui n’avait pas été sanctionnée.
Ce fait n’est pas secondaire.
Il permet de comprendre que le mouvement d’un joueur ne peut pas toujours être analysé comme une scène isolée, découpée artificiellement dans la continuité du match.
Embolo avait été rudoyé durant la rencontre.
Il avait subi les contacts répétés d’une défense argentine chargée de limiter sa puissance, ses courses et sa capacité à conserver le ballon.
Dans ce contexte, il est parfaitement concevable qu’au moment de l’action avec Paredes, son corps et son cerveau aient anticipé un nouveau choc.
Ce phénomène n’a rien d’extraordinaire.
Un joueur qui vient de recevoir une charge violente peut, lors de l’action immédiatement suivante, adapter inconsciemment sa course, modifier ses appuis ou se préparer à absorber un impact.
Il peut se crisper.
Il peut lever légèrement le pied.
Il peut retirer sa jambe.
Il peut déplacer son centre de gravité.
Il peut préférer accompagner une chute plutôt que subir de plein fouet un nouveau contact.
Ce mécanisme n’est pas nécessairement conscient.
Il ne traduit pas forcément une volonté de tromper.
Il peut être la manifestation d’un réflexe élémentaire de protection.
Le cerveau anticipe le danger avant même que le sujet ait formulé consciemment cette anticipation.
Le corps réagit à ce qu’il croit sur le point de se produire.
Un joueur régulièrement heurté ne se déplace plus comme un joueur évoluant dans un espace neutre. Il se déplace en fonction de ce qu’il vient de subir et de ce qu’il redoute de subir encore.
Ainsi, Embolo a pu anticiper une nouvelle atteinte à son équilibre.
Il a pu croire qu’un contact plus important allait se produire.
Il a pu accompagner une chute qu’il estimait inévitable.
Il a pu perdre ses appuis en raison de l’action précédente.
Il a pu réagir inconsciemment au rudoiement dont il avait été victime.
Aucune de ces hypothèses ne peut être lue directement dans l’esprit du joueur.
Mais chacune d’elles est raisonnablement possible.
Et lorsqu’une explication innocente est raisonnablement possible, comment la VAR peut-elle affirmer que la fraude est certaine ?
LE RALENTI NE LIT PAS LES INTENTIONS
Le ralenti possède une caractéristique trompeuse : il donne au spectateur l’impression de tout voir.
Il montre la position d’un pied.
L’orientation d’une jambe.
La distance entre deux joueurs.
La fraction de seconde séparant le début d’une chute d’un éventuel contact.
Mais le ralenti ne montre pas l’intention.
Il ne révèle pas ce que le joueur a perçu.
Il ne dit pas ce qu’il a redouté.
Il ne permet pas de savoir s’il cherchait à tromper l’arbitre ou à éviter un choc.
Il ne mesure pas la perte d’équilibre provoquée par l’action précédente.
Il ne reproduit ni la vitesse réelle, ni la fatigue, ni la tension musculaire, ni l’état psychologique d’un attaquant harcelé depuis le début de la rencontre.
Il donne une image agrandie du mouvement, mais pas une connaissance totale de sa cause.
Pire : le ralenti peut rendre volontaire ce qui était réflexe.
Un déplacement effectué en quelques centièmes de seconde paraît, lorsqu’il est répété image par image, soigneusement préparé.
Une réaction instinctive semble devenir une décision calculée.
Une chute désordonnée prend l’apparence d’une chorégraphie.
Le spectateur voit le pied d’Embolo commencer à perdre son appui avant le contact avec Paredes et croit alors découvrir une preuve.
Mais cette chronologie ne démontre qu’une seule chose : la chute avait commencé avant le contact observé.
Elle ne démontre pas pourquoi elle avait commencé.
Or c’est précisément ce « pourquoi » qu’il faudrait établir pour sanctionner une simulation.
Le ralenti montre un enchaînement.
Il ne démontre pas une intention frauduleuse.
LA VAR A-T-ELLE CORRIGÉ UNE ERREUR OU FABRIQUÉ UNE NOUVELLE DÉCISION ?
Le protocole VAR repose sur une idée théoriquement raisonnable : corriger les erreurs claires et évidentes.
La VAR n’est pas censée arbitrer une seconde fois.
Elle n’est pas censée remplacer systématiquement l’appréciation de l’arbitre de terrain par celle d’un groupe d’officiels installés devant plusieurs écrans.
Elle intervient lorsqu’une erreur suffisamment manifeste justifie de renverser la décision initiale.
Dans l’action Embolo-Paredes, l’arbitre avait vu une faute du joueur argentin.
Après contrôle, il était possible de considérer que cette faute n’était pas suffisamment établie.
Le carton de Paredes pouvait donc être discuté.
Mais pour avertir Embolo, il fallait aller beaucoup plus loin.
Il fallait non seulement conclure que Paredes n’avait pas commis de faute, mais encore affirmer qu’Embolo avait volontairement cherché à tromper l’arbitre.
La VAR n’a donc pas simplement corrigé une erreur d’identité.
Elle a requalifié entièrement l’action.
Elle a changé l’auteur de l’infraction.
Elle a changé la nature de l’infraction.
Elle a changé le sens du coup franc.
Elle a changé la sanction disciplinaire.
Elle a changé le nombre de joueurs présents sur le terrain.
Et, dans une très large mesure, elle a changé le match.
Tout cela à partir d’images incapables d’établir avec certitude l’état d’esprit d’Embolo.
On ne se trouve plus devant la correction technique d’une erreur évidente.
On se trouve devant la reconstruction complète d’une action ambiguë.
La VAR n’a pas simplement dit : « L’arbitre s’est trompé de joueur. »
Elle a dit : « Nous savons pourquoi Embolo est tombé. »
Or elle ne pouvait pas le savoir.
LE CONCEPT D’« ERREUR D’IDENTITÉ » EST ICI ARTIFICIEL
L’expression même d’« erreur d’identité » prête à confusion.
Une véritable erreur d’identité se produit lorsque l’arbitre voit une infraction, mais sanctionne le mauvais joueur.
Par exemple, deux défenseurs se trouvent à proximité. L’un commet la faute. L’arbitre avertit l’autre. La vidéo identifie correctement l’auteur.
Dans un tel cas, l’infraction reste la même.
Seule l’identité du responsable change.
Mais dans l’affaire Embolo, ce n’est pas ce qui s’est produit.
La décision initiale était la suivante :
Paredes a commis une faute sur Embolo.
La décision finale est devenue :
Embolo a simulé une faute de Paredes.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une confusion entre deux personnes.
Il s’agit du remplacement d’un récit par son contraire.
Dans le premier récit, Embolo est la victime.
Dans le second, il est le fraudeur.
Dans le premier, Paredes est l’auteur d’une faute.
Dans le second, il n’a rien fait de répréhensible.
Ce renversement peut être réglementairement couvert par la définition élargie adoptée en 2026.
Mais il révèle le danger de cette nouvelle règle.
Sous couvert de corriger une « identité », la VAR reçoit le pouvoir de réécrire toute la signification d’une action.
Elle peut transformer la victime apparente en coupable.
Elle peut transformer une chute en mensonge.
Elle peut transformer une interprétation discutable en vérité officielle.
Et puisque la décision est accompagnée d’images, le public est invité à croire qu’elle serait nécessairement objective.
L’IMAGE N’EST PAS LA VÉRITÉ
C’est probablement le cœur du problème.
Notre époque accorde à l’image une autorité presque mystique.
Puisque nous avons vu l’action sous cinq angles, au ralenti, avec un arrêt sur image et un agrandissement, nous croyons avoir atteint la vérité.
Mais une image n’est jamais qu’un fragment du réel.
Elle dépend de son angle.
De sa vitesse.
Du moment où elle commence.
Du moment où elle s’arrête.
De ce qu’elle montre.
Et surtout de ce qu’elle ne montre pas.
La vidéo peut établir qu’un contact a eu lieu.
Elle peut mesurer une position de hors-jeu.
Elle peut montrer qu’un ballon a franchi une ligne.
Elle peut identifier un geste violent accompli loin du ballon.
Elle est beaucoup moins fiable lorsqu’elle prétend déterminer une intention humaine à partir d’un mouvement ambigu.
La technologie est excellente pour mesurer.
Elle devient dangereuse lorsqu’elle se met à interpréter l’âme.
La VAR pouvait voir la chute d’Embolo.
Elle ne pouvait pas voir son intention.
Elle pouvait constater que le contact avec Paredes était faible, tardif ou inexistant.
Elle ne pouvait pas en déduire automatiquement qu’Embolo avait voulu tromper l’arbitre.
Elle pouvait proposer une autre lecture.
Elle ne pouvait pas la présenter comme une certitude incontestable.
UNE SANCTION EXTRÊME POUR UNE CERTITUDE INEXISTANTE
Le contexte disciplinaire rend la décision encore plus problématique.
L’avertissement donné à Embolo n’était pas un simple carton jaune sans conséquence immédiate.
Il s’agissait de son deuxième avertissement.
La décision entraînait donc son exclusion.
Elle privait la Suisse de son avant-centre.
Elle contraignait une équipe qui venait d’égaliser à disputer la fin du match et les prolongations à dix.
Lorsqu’une sanction produit des conséquences aussi lourdes, le degré de certitude devrait augmenter, et non diminuer.
On peut discuter pendant des heures de savoir si Embolo est tombé trop tôt.
On peut considérer que Paredes n’a pas commis de faute.
On peut trouver la chute spectaculaire.
On peut même soupçonner une exagération.
Mais soupçonner n’est pas prouver.
Et l’expulsion d’un joueur ne devrait jamais être fondée sur un soupçon déguisé en évidence technologique.
Le football connaît certes des règles différentes du droit pénal.
Il n’est pas nécessaire d’établir une culpabilité au-delà de tout doute raisonnable comme devant un tribunal criminel.
Mais le principe demeure : plus la sanction est grave, plus le fait reproché doit être clairement établi.
Ici, la VAR a appliqué la logique inverse.
Plus la conséquence était lourde, plus elle s’est autorisée à combler les incertitudes par une interprétation.
LE CONTEXTE DU MATCH A ÉTÉ EFFACÉ
Il existe une autre injustice dans cette décision : l’effacement complet du contexte.
Embolo avait été durement traité.
Des interventions précédentes n’avaient pas été sanctionnées.
Une faute criante, immédiatement antérieure à l’action litigieuse, avait été ignorée.
L’arbitrage ne peut certes pas compenser une erreur passée par une erreur nouvelle.
Une faute non sifflée ne donne pas le droit à un joueur de simuler lors de l’action suivante.
Mais ce n’est pas la question.
La question est de savoir si cette action précédente peut expliquer la chute ultérieure sans qu’il soit nécessaire de supposer une volonté frauduleuse.
La réponse est évidemment oui.
Le corps humain possède une mémoire immédiate.
Un joueur qui vient d’être heurté peut rester déséquilibré.
Un joueur qui subit une série de charges peut anticiper la suivante.
Un joueur qui voit un adversaire arriver peut préparer instinctivement son corps à l’impact.
Ce contexte n’innocente pas automatiquement Embolo.
Mais il interdit de considérer la simulation comme certaine.
Il crée une explication alternative.
Il introduit un doute.
Or la VAR n’a pas traité ce doute.
Elle l’a supprimé.
Elle a isolé trois secondes d’images et décrété que ces trois secondes contenaient toute la vérité du match.
C’est précisément ainsi que la technologie fabrique l’arbitraire : en découpant le réel jusqu’à ce que le contexte disparaisse.
L’ARBITRE DE TERRAIN AVAIT VU LE MOUVEMENT DANS SA VITESSE RÉELLE
Il faut également rappeler un élément souvent négligé.
L’arbitre de terrain avait vu l’action en direct.
Il l’avait vue dans sa vitesse véritable.
Il avait vu les mouvements précédents.
Il avait perçu l’intensité du duel.
Il avait assisté au traitement imposé à Embolo durant la rencontre.
Il avait évalué la dynamique générale du jeu.
Son appréciation pouvait être erronée.
Mais elle disposait d’informations que le ralenti tend à faire disparaître.
La VAR, au contraire, décompose.
Elle ralentit.
Elle isole.
Elle répète.
Elle agrandit.
Ce procédé est utile lorsqu’il s’agit de vérifier un fait matériel simple.
Il est moins pertinent lorsqu’il s’agit de comprendre une réaction corporelle extrêmement rapide.
En remplaçant l’impression immédiate de l’arbitre par une lecture microscopique, la VAR n’a pas nécessairement obtenu une vision plus juste.
Elle a obtenu une vision différente.
Or une vision différente n’est pas une erreur claire et évidente.
LA FIFA DOIT EXPLIQUER CE QU’ELLE ENTEND PAR SIMULATION
L’affaire Embolo dépasse largement le cas de la Suisse.
Elle pose une question que la FIFA et l’IFAB ne pourront pas éviter :
À partir de quel moment une chute sans faute devient-elle une simulation ?
Le joueur doit-il réclamer un coup franc ?
Doit-il lever les bras ?
Doit-il regarder l’arbitre ?
Doit-il exagérer le contact ?
Le simple fait de tomber avant le contact suffit-il ?
Une anticipation instinctive du choc est-elle punissable ?
Un joueur qui évite un tacle et perd l’équilibre simule-t-il ?
Un joueur qui protège ses jambes et accompagne sa chute cherche-t-il nécessairement à tromper ?
Que fait-on lorsque plusieurs explications sont possibles ?
La règle actuelle ne fournit pas de réponse suffisamment précise.
Elle laisse aux arbitres vidéo une marge d’interprétation considérable.
Or cette marge peut désormais conduire directement à l’expulsion d’un joueur.
La FIFA ne peut pas se contenter d’expliquer que la procédure était réglementairement possible.
Elle doit expliquer pourquoi la conduite d’Embolo constituait une tentative manifeste de tromper l’arbitre.
Elle doit identifier les éléments objectifs établissant cette volonté.
Elle doit expliquer pourquoi les autres interprétations ont été exclues.
Elle doit dire comment les arbitres ont pris en compte l’action précédente.
Elle doit préciser si la chute anticipée suffit désormais à caractériser une simulation.
Faute de réponse, la décision restera ce qu’elle paraît être : une appréciation subjective recouverte du vernis de la technologie.
LE DANGER MONDIAL D’UNE RÈGLE MAL CONÇUE
Voilà pourquoi cette affaire peut résonner bien au-delà de la Suisse.
Le problème ne concerne ni seulement Embolo, ni seulement Paredes, ni seulement l’Argentine.
Il concerne tous les joueurs.
Il concerne toutes les compétitions.
Il concerne la manière dont le football entend utiliser la vidéo.
La règle nouvelle donne à la VAR un pouvoir immense.
Elle permet de transformer un carton jaune attribué à un joueur en sanction contre son adversaire.
Elle permet de réexaminer entièrement une action sous la qualification d’erreur d’identité.
Elle permet surtout de provoquer une expulsion à partir d’une interprétation nouvelle qui n’avait pas été retenue sur le terrain.
Si cette compétence n’est pas strictement limitée, chaque chute litigieuse peut devenir un procès vidéo en intention.
Chaque attaquant pourra être soupçonné d’avoir simulé dès lors que le contact paraît insuffisant.
Chaque mouvement de protection pourra être disséqué.
Chaque perte d’équilibre pourra être transformée en mensonge.
Et les arbitres vidéo, protégés derrière leurs écrans, pourront attribuer des intentions qu’aucune caméra ne montre.
Ce n’est pas un progrès.
C’est le passage d’un arbitrage humain visible à un arbitrage psychologique invisible.
L’arbitre de terrain peut se tromper.
Mais au moins voit-on sa décision, son positionnement et son appréciation.
La VAR, elle, peut se tromper avec plusieurs angles, plusieurs ralentis et l’autorité intimidante de la technologie.
L’erreur devient alors plus difficile à contester parce qu’elle prend l’apparence de la science.
LA TECHNOLOGIE NE SUPPRIME PAS L’ARBITRAIRE : ELLE PEUT LE RENDRE PLUS PUISSANT
La promesse de la VAR était simple : réduire les injustices manifestes.
Mais plus son champ de compétence s’élargit, plus elle risque de produire l’effet inverse.
La vidéo est utile lorsqu’elle corrige un fait objectivement vérifiable.
Elle devient contestable lorsqu’elle substitue une interprétation à une autre.
Elle devient dangereuse lorsqu’elle prétend déterminer une intention.
Et elle devient arbitraire lorsqu’elle présente cette intention supposée comme une vérité incontestable.
Dans le cas Embolo, la VAR n’a pas prouvé une fraude.
Elle a choisi l’hypothèse de la fraude.
Elle aurait pu retenir la perte d’équilibre.
Elle aurait pu retenir l’anticipation du contact.
Elle aurait pu retenir le réflexe de protection.
Elle aurait pu considérer que Paredes n’avait pas commis de faute sans pour autant sanctionner Embolo.
Elle aurait pu admettre que l’action demeurait ambiguë.
Elle ne l’a pas fait.
Elle a retenu l’interprétation la plus sévère.
Puis elle l’a utilisée pour expulser un joueur.
EMBOLO N’A PAS ÉTÉ CONDAMNÉ PAR L’IMAGE, MAIS PAR UNE INTERPRÉTATION DE L’IMAGE
C’est la conclusion essentielle.
Les images n’ont pas démontré qu’Embolo voulait tromper l’arbitre.
Elles ont seulement permis à certains arbitres de penser qu’il voulait le tromper.
Cette différence devrait être évidente.
Elle ne l’a pas été.
Le carton de Paredes pouvait être retiré si la faute n’était pas établie.
Mais l’avertissement d’Embolo exigeait une preuve supplémentaire : celle d’un comportement volontairement trompeur.
Cette preuve n’apparaît pas dans les images.
Elle a été ajoutée par l’interprétation arbitrale.
La VAR n’a donc pas découvert une vérité cachée.
Elle a construit un récit.
Puis ce récit a été transformé en sanction.
Puis cette sanction a transformé le match.
LA FIFA NE PEUT PAS SE CACHER DERRIÈRE LE RÈGLEMENT
La FIFA dira probablement que la procédure était conforme aux nouvelles Lois du Jeu.
Ce sera peut-être exact.
Mais ce sera insuffisant.
Une décision peut être formellement autorisée et matériellement injuste.
Un règlement peut attribuer une compétence sans garantir que cette compétence sera correctement exercée.
Le véritable enjeu n’est pas de savoir si la VAR avait le droit de regarder l’action.
Le véritable enjeu est de savoir si elle avait le droit de présenter comme certaine une intention qu’elle ne pouvait pas connaître.
À cette question, la réponse devrait être non.
La VAR pouvait corriger la faute attribuée à Paredes.
Elle pouvait retirer son carton jaune.
Elle pouvait modifier la reprise du jeu.
Mais dès lors que la simulation d’Embolo n’était pas clairement et objectivement établie, elle devait s’arrêter là.
La prudence n’aurait pas été une faiblesse.
Elle aurait été l’application correcte du principe même de la VAR : ne renverser une décision que lorsque l’erreur est claire et évidente.
Or, dans cette affaire, rien n’était clair.
Et ce qui était évident ne l’était qu’après avoir choisi d’ignorer toutes les autres explications possibles.
CE N’EST PAS SEULEMENT LA SUISSE QUI A PERDU
La Suisse a perdu un joueur.
Elle a perdu son élan.
Elle a perdu un quart de finale qu’elle pouvait encore gagner.
Mais le football a peut-être perdu davantage.
Il a perdu une partie de la distinction fondamentale entre la preuve et l’interprétation.
Il a accepté qu’une caméra, incapable de lire les intentions, serve de fondement à une condamnation pour tromperie.
Il a autorisé un système vidéo à transformer un doute en certitude et une certitude artificielle en expulsion.
Le cas Embolo doit donc être examiné bien au-delà du résultat du match.
Il doit devenir un cas d’école.
Non pour affirmer que la Suisse aurait nécessairement battu l’Argentine à onze contre onze.
Personne ne peut le savoir.
Mais pour rappeler une règle élémentaire, valable dans le sport comme ailleurs :
L’absence de preuve d’une faute ne constitue pas la preuve d’une fraude.
Paredes pouvait ne pas avoir commis de faute.
Embolo pouvait néanmoins être tombé sans simuler.
Les deux affirmations peuvent être vraies simultanément.
En refusant cette évidence, la VAR a commis une erreur intellectuelle avant même de commettre une erreur arbitrale.
Elle a réduit le réel à une alternative grossière :
soit Paredes était coupable, soit Embolo mentait.
Mais le football, comme la vie, est plus complexe.
Un homme peut tomber sans avoir été fauché.
Il peut tomber sans avoir triché.
Il peut tomber parce qu’il est déséquilibré, parce qu’il anticipe, parce qu’il se protège, parce qu’il vient d’être frappé ou simplement parce que son corps ne suit plus exactement la trajectoire prévue.
La technologie aurait dû éclairer cette complexité.
Elle l’a écrasée.
Et lorsque la vidéo écrase le doute pour fabriquer une culpabilité, elle ne rend plus le jeu plus juste.
Elle rend simplement l’arbitraire plus moderne.
Je reçois ce message de Alain Geiger : « Bravo super article n ! Pour moi c’est l’arbitre qui doit rester l’acteur principal mais avec la VAR ce n’est plus le cas .. la VAR va trop loin, il faut la limiter à l’essentiel sinon les gens vont se désintéresser du football !!! Ou alors derrière la VAR … le pouvoir de l’humain qui veut contrôler ». Merci à lui !
La Var que quand ca nous arrange,pour moi sais CLAIR ,EMBOLO est FAUTIF
quid de l’agression qui précède l’action de quelques secondes non sanctionnée ??????
L’arbitrahison
Moi j’ai vu mille comme mille autres
Mille joueurs de foot qui se vautrent
Des matches finissant par un penalty
Ou qui enchantent par jeu en fiftyfifty
La Suisse a su jouer contre Argentine
Par endurance volonté pure vitamine
Des joueurs au cœur vaillant prestos
A l’image de Xhaka Vargas ou Embolo
Soudain l’imaginaire funeste s’y invite
L’arbitre presbyte sort son jaune licite
Pour une faute qui n’en sera plus une
Puisque six yeux à la vue opportune
Décrètent un revirement de décision
Qui accable sans retenue une action
Dont le seul acte coupable une chute
Dont ni son origine ou l’intention brute
Ne peut être objectivement à l’instant
Qualifiée de simulation ou de probant
Ne méritant en aucun cas la sentence
Funeste qui impliqua la conséquence
Fin de match tronquée par prépotence
De juges et arbitres au pouvoir abscons
Nuisant au beau jeu vraie arbitrahison !