
Les jours de Gianni Infantino à la tête de la FIFA sont-ils enfin comptés ? À lire l’enquête publiée ce 14 août par Rémi Dupré dans Le Monde, la question n’a plus rien de fantasmatique. Les adversaires du président de la FIFA ne protestent plus : ils comptent leurs voix et préparent l’après-Infantino.
Et ils seraient désormais nombreux.
Selon Le Monde, trois confédérations – l’UEFA, la Concacaf et l’AFC – estiment pouvoir réunir au moins 106 des 211 fédérations membres de la FIFA. Autrement dit : la majorité susceptible de faire tomber celui qui, depuis dix ans, a progressivement transformé la présidence de la Fédération internationale en monarchie élective.
Le plus spectaculaire est ailleurs. Les frondeurs ne veulent apparemment plus seulement changer le roi. Ils veulent casser le trône.
Rémi Dupré révèle l’existence d’une réflexion visant à réformer profondément les statuts : présidence tournante entre les six confédérations, mandat de deux ans, fonction présidentielle davantage représentative, comité de six membres chargé de la supervision stratégique et véritable direction générale professionnelle chargée de l’exécutif.
Bref, exactement ce qu’Infantino n’a cessé de rendre impossible en concentrant toujours davantage le pouvoir entre ses mains.
Une source citée par Le Monde résume brutalement le diagnostic : il faudrait en finir avec un système hérité de João Havelange, poursuivi par Sepp Blatter et aggravé sous Infantino, dans lequel le président finit par se prendre pour « le roi du monde ».
Le mot est rude. Il n’est pas absurde.
Car Gianni Infantino aura poussé très loin la personnalisation de la FIFA. Jusqu’à cette proximité spectaculaire avec Donald Trump, jusqu’aux contorsions diplomatiques, jusqu’à son projet finalement abandonné d’ouverture commerciale aux investisseurs privés qui aura manifestement constitué la secousse de trop.
Aujourd’hui, même la Nouvelle-Zélande lui retire officiellement son soutien.
Mais Infantino ne part pas.
Il s’accroche.
Il compte.
Il manœuvre.
Il espère probablement que les révoltés se fatigueront avant lui. C’est souvent ainsi que survivent les dirigeants installés depuis trop longtemps : ils finissent par confondre la résistance de leur fauteuil avec leur propre légitimité.
Les opposants préféreraient pourtant, rapporte Le Monde, qu’il parte avant l’élection de mars 2027, idéalement « de lui-même dans la dignité ».
Voilà peut-être leur seule véritable naïveté.
Car lorsqu’un homme a passé dix ans à bâtir un pouvoir aussi personnel, il est généralement peu disposé à découvrir soudain les charmes de l’effacement.
Si Infantino tient jusqu’en mars, la coalition veut donc lui opposer un candidat unique. Le nom de Victor Montagliani, président de la Concacaf, circule déjà.
Il faudra toutefois éviter que cette bataille nécessaire ne sombre dans le caniveau. Rémi Dupré rapporte également la résurrection médiatique d’une ancienne relation privée d’Infantino lorsqu’il travaillait à l’UEFA. Plusieurs interlocuteurs du Monde s’en disent consternés.
Ils ont raison.
Pour chasser Infantino, nul besoin de fouiller sa chambre à coucher. Son exercice du pouvoir suffit largement au débat.
C’est même précisément là que se situe l’enjeu.
Le football mondial n’a pas besoin d’un nouveau monarque mieux coiffé, plus sympathique ou simplement moins encombrant. Il a besoin d’une FIFA dans laquelle le président cesse d’être l’institution à lui tout seul.
Et c’est peut-être la véritable révolution contenue dans les révélations de Rémi Dupré : pour la première fois, les adversaires d’Infantino semblent avoir compris que faire tomber l’homme sans démanteler le système qui l’a rendu tout-puissant ne servirait presque à rien.
Après Havelange, Blatter et Infantino, la FIFA pourrait enfin découvrir une idée prodigieusement moderne :
le football appartient au football. Pas à son président.
Source : Rémi Dupré, Le Monde, 14 août 2026, « Chez les opposants à Gianni Infantino, les grandes manœuvres sont lancées pour faire tomber le président de la FIFA ».