LA SANTE, CE LUXE POUR GENS EN BONNE SANTE

25 octobre 2026

(PAR AZAD7772)

 

Devant une pharmacie, je retrouve une autre femme. Elle tient une ordonnance. Elle demande le prix d’un médicament. Le pharmacien lui répond. Elle reste silencieuse quelques secondes, puis elle repose la boîte.

Elle repart avec son ordonnance et sa douleur.

Voilà le progrès social : la maladie est diagnostiquée, le traitement existe, le médicament est disponible. Il manque seulement la possibilité de le payer. Un détail. Une broutille. Une petite erreur de casting entre la médecine et le malade.

Nous sommes capables de sauver des vies. Nous sommes parfois incapables de permettre aux gens d’accéder à ce qui pourrait les soulager.

La médecine avance. Le malade recule.

On invente des traitements extraordinaires, on publie des études, on inaugure des centres de recherche. Et pendant ce temps, quelqu’un choisit de ne pas consulter parce qu’il redoute la facture. Le corps souffre, le portefeuille arbitre. La douleur présente ses arguments, la banque rend son verdict.

La santé devient un marché où les plus fragiles sont priés de vérifier leur solvabilité avant de souffrir.

Il faut être en bonne santé pour supporter le coût de la maladie.

Je rencontre des gens qui repoussent les rendez-vous. Ils attendent. Ils prennent sur eux. Ils se disent que ça passera. Le mal de dents attend, le dos attend, le cœur attend. Le corps devient une salle d’attente où les symptômes prennent un ticket.

Ils ne sont pas courageux parce qu’ils aiment souffrir. Ils le sont parce qu’ils n’ont parfois pas le choix.

Et lorsqu’ils finissent par arriver à l’hôpital, épuisés, on leur demande depuis combien de temps ça dure.

Depuis longtemps, monsieur. Depuis le jour où j’ai commencé à choisir entre me soigner et manger.

Je ne sais pas ce qui est le plus révoltant : la douleur qu’on laisse durer ou l’habitude qu’on prend de la voir durer.

On peut fermer les yeux devant une injustice. On ne peut pas prétendre qu’elle n’existe pas quand elle se trouve juste devant une pharmacie.

À moins d’avoir pris l’habitude de ne regarder que les prix.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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