I
LE JARDIN DES SEPT CREPUSCULES
Le Jardin des Sept Crépuscules est à lui seul une incroyable somme de romans enchâssés qui s’emboîtent et se recoupent avec un art consommé du suspense. Et son architecture est un prodige : une poignée de privilégiés rassemblés dans une forteresse au luxe insensé par une nécessité combien énigmatique se livre au plaisir délectable et retors de raconter des histoires — à partir d’un récit initial, la saga de la banque Mir et de son héritière Lluïsa Cros. Histoire de l’amant du cimetière, de la visiteuse obstinée ou de Mimi Chauffe-biberons, histoire du surhomme Peter Sweinstein et des navigations du Googol, histoire du grand vérificateur ou de la secte de la Libération, chacune des intrigues que l’on se raconte en sept jours et sept nuits nous rapproche, sur fond de manipulations et de luttes d’influence, d’un mystère qui ne cesse de se dérober.
Convoquant plus d’une centaine de personnages dans une narration aux multiples rebonds, le Jardin des Sept Crépuscules est une construction romanesque monumentale, d’une virtuosité qui ne cesse de nous fasciner.
II
J’AURAIS PREFERE BAUDELAIRE HEUREUX
Le harcèlement sexuel détruit, le harcèlement moral explose, mais sur les ruines poussent toujours quelques herbes folles. Une femme refuse la soumission servile et l’autoritarisme abusif, refuse la proximité physique imposée et les pressions en tous genres, d’abord seule, puis soutenue par ses collègues, professeurs. Et c’est alors toute une école qui prend les armes …
« Elle ignore désormais cette main qu’invariablement le borné lui présente. Malgré les humiliations constantes, les menaces réitérées, les affronts répétés, chaque matin, pendant des années, elle lui donne sa main, qu’il s’emploie consciencieusement à broyer. Il serre la main, il serre vraiment la main, emprisonne les doigts, meurtrit la chair, et il prend le temps, il prend son temps. Avec un sourire, dans un coup sec, il la projette ensuite contre lui, et la déséquilibre. Chaque matin, sans jamais en oublier un seul, mois après mois, il la brise d’un geste. C’est un salut martial, et dans ses oreilles à elle résonne un sinistre claquement de bottes dans le tumulte affolé d’un quai de gare. Elle refuse maintenant ce trouble rituel de soumission, mais tous les jours devra le lui signifier. Parce que chaque matin, invariablement, il lui tend brutalement la main, bonjour, Madame. »