HEUREUX PAYS …

13 décembre 2018

(PAR JEAN-PIERRE GHELFI)

 

La Suisse peut tout exporter, sauf son système politique

Il était une fois… Au printemps de l’an dernier, Emmanuel Macron, élu président, s’est proposé de rénover la République. Et pas seulement Marianne. Egalement l’Union européenne qui devait être renouvelée et approfondie.

Il pouvait s’appuyer un peu, même si c’était moins qu’il ne l’avait espéré, sur une Chancelière allemande solidement installée au pouvoir. Angela Merkel avait tenu le gouvernail européen au cours des dix années précédentes. L’axe Paris-Berlin avait permis de construire l’Union européenne telle qu’elle se présente aujourd’hui. Il fallait le relancer pour franchir de nouvelles étapes. Cet objectif devait être d’autant plus facile à réaliser que le Royaume-Uni avait décidé de quitter le club dans l’idée de retrouver sa gloire passée. Ce qui paraît plus vite dit que fait.

Dix-huit mois plus tard — une éternité — des petites gens, mobilisées sur tout le territoire, contestent l’autorité présidentielle. L’analogie vaut ce qu’elle vaut, mais comment ne pas établir un parallèle avec la prise de la Bastille. 14 Juilletd’Eric Vuillard parle magnifiquement des Gilets jaunes… pardon, des Sans-culottes qui n’en pouvaient plus, véritables héros et héroïnes des révolutions.

Une commémoration passée inaperçue

Il est inquiétant bien sûr, mais également fascinant d’observer à quel point l’Europe a changé en si peu de temps. Angela Merkel, contestée, fragilisée, a renoncé à la présidence de son parti, et bientôt passera la main à la tête de la Chancellerie. L’Italie s’est donné un gouvernement nationaliste-populiste, à l’image de celui de l’Autriche qui avait déjà fait ce «saut». Sans oublier des transformations un tout petit peu plus anciennes ou un tout petit peu plus récentes dans plusieurs pays de l’ancien bloc soviétique. Le respect des droits humains, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, le sort des plus démunis paraissent être devenus des antiquités.

Une commémoration est passée quasi inaperçue. «Serions-nous aujourd’hui capables, en tant qu’assemblée des nations, d’approuver, comme en 1948, la Déclaration universelle des droits humains», s’est interrogé Angela Merkel. Et de répondre: «Je n’en suis pas si sûre.» Comment, malheureusement, ne pas lui donner raison lorsqu’on pense aux dirigeants, de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis ou du Brésil (à compter du 1er janvier) qui doivent se préoccuper de ces droits comme de leur dernière chaussette.

Au milieu de tout ce remue-ménage qui n’annonce rien de bon, la Suisse peut prendre le temps de se demander si les éleveurs dont les vaches ont des cornes doivent ou non être subventionnés. Son gouvernement multicolore n’a pas de programme: il administre pour le compte du Parlement et du peuple. Les sept membres du Conseil fédéral démissionnent quand bon leur plaît, et sont remplacés dans la joie et la bonne humeur.

Le pays vend un peu de tout un peu partout dans le monde. Il n’y a que son organisation qu’il ne peut pas exporter parce qu’elle est incompréhensible et un brin hallucinante en dehors de ses frontières. Heureux pays.

One thought on “HEUREUX PAYS …”
  1. Je me suis souvent demandé: … et si c’étaient les asiatiques qui avaient initié et rédigé la Déclaration universelles des droits humains ?

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