La troupe de théâtre des Creusets, une trentaine d’étudiants, comédiens, éclairagistes, musiciens, danseurs, a joué une dizaine de représentations en sept jours, la dernière hier soir, samedi, devant une salle des Creusets à nouveau remplie. Emmené par une magnifique Miranda et un puissant Prospero, ce groupe, tous et chacun d’entre eux, a bluffé une nouvelle fois les spectateurs, qui les ont bissés à plusieurs reprises pour les féliciter d’une performance collective remarquable.
A Duke University, Coach K, l’entraîneur de l’équipe de basketball a propulsé l’école dans laquelle il est resté tant d’années au sommet de la pyramide aux Etats-Unis et a entraîné avec lui, succès à répétition aidant, l’ensemble de l’université. Par la grâce des équipes successives de basketball, l’argent a coulé à flots à des fins d’éducation.
Sion n’est pas Durham, le Valais n’est pas la Caroline du Nord, le basketball n’est pas le théâtre et Stéphane Albelda n’est pas Mike Krzyzewski. Pourtant, l’analogie ne doit pas être méprisée : en effet, l’Université de Duke, à un moment clef de son développement, n’a pas ignoré l’art du management de Coach K, devinant que tous les étudiants s’identifiaient à l’excellence prônée par le coach de l’équipe de basketball et étaient fiers de soutenir le team de basket. Au Collège des Creusets, en parlant avec les étudiants extérieurs au groupe de théâtre, en écoutant les parents, en entendant même les gens venus par hasard, on ressent ce respect pour le metteur en scène qui a su fédérer autour de lui un fantastique groupe. Et tous les étudiants sont fiers de soutenir ces gens de théâtre, se sentant appartenir à quelque chose de spécial, bien ancré dans leur établissement.
Alors, il faut oser plus encore la comparaison. Les moyens financiers accordés au basketball à Duke avaient fait des jaloux, pourtant la direction de l’école n’avait pas hésité à accroître les budgets, certaine que ces suppléments financiers bénéficieraient à tout le monde. Oui, on ose proposer, hors de tout souci d’égalité, au département (conseiller d’Etat et chef de service), de venir voir ce qui se passe réellement aux Creusets dans le champ théâtral et de dégager quelque argent extra pour être encore plus épatés ces prochaines années.
Dans sa Tempête, Stéphane Albelda inclut un bref dialogue où l’une des actrices fait comprendre à un comédien en mal de saisir la profondeur de son texte que le théâtre exige un peu plus d’intelligence que le sport. Pourtant, Coach A, le « gourou » des Creusets, est aussi un admirateur de Albert Camus, qui n’avait pas hésite lui à dire que tout ce qu’il avait appris dans ce monde provenait du football et du théâtre, dont les forces collectives le fascinaient simultanément.
Coach A n’est pas Dieu, mais il amène ceux qui le suivent à des niveaux d’excellence qui ne peuvent laisser indifférents. Et il entraîne avec lui, dans le money time de la scène, quelques performers de haut vol, telle la chanteuse (1), au grain de voix céleste qui a envoûté la tempête dès la première minute, accompagnée par les deux guitaristes.
Stéphane Albelda, qui aime les classiques, pourrait tenter en 2020 l’aventure de l’Iliade. On devine que le chef d’orchestre du théâtre des Creusets a déjà en tête les vaillants qui joueront Achille, Agamemnon et Hector.
Et peut-être même disposerons-nous au printemps prochain de la preuve que Homère n’a pas existé et que Ajax et Cruyff ont été transcendés par ces mythes de la Grèce antique. Avec Stéphane Albelda, tout est possible, même l’improbable.
Post Scriptum : dans les coulisses, on me glisse que Malacuria (donc Albelda), sur la route du Final Four, s’attaquerait au Don Quichotte de Cervantès !
Quelques notes …
https://youtu.be/iuwiD2CmC2I
(1) Sorry, j’ai oublié son nom !