Au Théâtre Interface. Alessandro Baricco dit la symphonie de l’amour
15 septembre 2019
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Alessandro Baricco était à Sion hier soir. Au Théâtre Interface. Il n’y était pas en corps. Son esprit y courait, car ses mots sont son âme. Et, si tu l’écoutes, Baricco, il peut, selon les moments de ta vie, te frapper en plein coeur et te mettre l’une de ces chamboulées magistrales que seuls les plus grands sont à même de féconder.
Et ne crois pas, toi lecteur d’un instant, que la mise en scène et le jeu de l’acteur, tout en sobriété, simplement arrimé à un bateau « en papier », puissent expliquer cette force saisissante qui te saisit les entrailles du jour de la naissance du pianiste Novecento jusqu’à la fin de cette heure de partage de mots et de sons.
De sons, oui, mes frères, parce que les mots de Baricco veulent capter les notes, désirent te les imager sans l’aide d’une partition, te faire aimer les touches blanches et noires de cet instrument-personnage central qu’est le piano.
Mais n’imaginez pas encore que ce ne soit que l’histoire d’un pianiste trouvé à dix jours sur un piano de bar, à New York ou à Liverpool, et qui préféra ne jamais quitter l’océan plutôt que de connaître la terre. Non, ce n’est pas l’histoire de cette branlée musicale qu’offrit T.D. Lemon un soir au milieu de l’océan au jazzman Morton qu’a voulu retranscrire Baricco. Non, le monsieur, oui, le mec, c’est un monsieur, il a des prétentions bien plus élevées : il a voulu écrire l’amour. Pas moins !
Et toi, petit terrien de rien, tu crois avoir compris l’énigme de ce pianiste génial, capable de rivaliser avec les plus grandes tempêtes au milieu de nulle part, mais, tu n’y es pas du tout, tu as manqué l’essentiel. La tempête de l’amour.
Tu n’as pas vu, oui, les notes blanches et noires touchent aux yeux de ton âme, non pas aux tympans de tes oreilles, tu n’as pas vu l’amour de la mère absente pour son bambin, l’amour d’un trompettiste pour un musicien hors du temps, l’amour de l’océan pour l’humain, l’amour d’un jazzmann pour le Virginian, l’amour d’un chapeau pour un manteau en poil de chamois, l’amour de Barrico pour la vie des mots.
Le peu curieux aura clos les paupières sans avoir compris que Baricco a peut-être l’orgueil de croire qu’il peut remplacer les 88 touches du piano par le même nombre de mots et, avec si peu, nous faire pleurer.
Et je viens de comprendre, oui, juste maintenant, pourquoi Baricco m’a foutu une telle branlée hier soir, une telle branlée à Interface, si proche d’Emmaüs, dans cet espace du peu, une branlée que seul le jazz, les mots et l’amour peuvent m’infliger lorsqu’ils conjuguent leurs efforts pour me rappeler à la vie, à la vie des mots, à la vie de la vie.
La tempête de l’amour est plus fort que ton abyssale indifférence, dit le pianiste, assis sur une bombe au moment de dessiner sa dernière note.
Merci à toi, Alessandro, de ne pas avoir séché mes larmes !
Bonjour à tous les Baricco de chez nous et d’ailleurs !