VERBIERGATE. POUR LA PROTECTION DES BOUQUETINS ET LA CHASSE A L’OURS

9 novembre 2019

Jacques Melly m’étonne. Ou mieux énoncé : la réaction de Jacques Melly devant les caméras de Canal 9 au sujet de la chasse aux bouquetins est étonnante. Voilà en effet un ministre de la chasse confronté à une réaction populaire visant les pratiques de la chasse aux bouquetins dans notre canton qui dénonce l’absence d’éthique du réalisateur de l’émission de la RTS : Jacques Melly considère l’éthique du metteur en scène de l’émission comme autant inqualifiable que celle des personnes visées dans le reportage de la RTS. Traduit autrement, l’utilisation d’images provoquantes d’êtres humains dégoupillant de vieux bouquetins à une dizaine de mètres est un acte aussi cru et inadmissible que celui du « chasseur » armant son fusil, abattant l’animal et tombant dans les bras de son rabatteur, ému jusqu’aux larmes par son exploit inestimable et tombant dans les bras de son « guide ». A dire vrai, le spectateur a pu sentir l’énervement, un brin colérique, du chef de département de l’environnement.

 

La position de Jacques Melly est celle de ces politiciens face aux lanceurs d’alerte (1) qui voudraient sanctionner celles et ceux qui avancent les carences du système illégal ou immoral dans lequel ils se meuvent sans souci de s’interroger sur la nature des vrais dysfonctionnements dont ils ont à répondre.

 

Jacques Melly a connaissance depuis très longtemps des pratiques criminelles (2) liées aux constructions illicites de Verbier. Il connaît depuis longtemps les actes illicites commis par la commune de Bagnes; il connaît les rôles joués dans ces dossiers par certains chefs de service de l’État du Valais, il sait ce qu’ont fait ou pas fait les sieurs Biondo, Chevrier et Zumstein. Il sait les pratiques procédurales utilisées pour cacher la merde aux chats. Il sait les ralentissements volontaires pour complaire à Bagnes et pour épargner des indélicats fonctionnaires. Il connaît les amitiés oranges. Il sait ce qu’est une entrave à l’action pénale. Il sait presque tout de ce dossier complètement pourri jusqu’à la moëlle par la faute de lâchetés et de crimes sans nom. Il sait que les bouquetins bagnards sont les lois régissant les constructions que l’on veut abattre en toute sauvagerue. Il connaît les munitions utilisées pour abattre ces lois. Il connaît les garde-faune qui assistent les brigands. Il connaît ces animaux légaux qui sont écrabouillés par des fonctionnaires délinquants qui protègent ces braconniers millionnaires que sont certains architectes ou promoteurs. Il accepte que l’on tire à bout portant sur les bouquetins et que les promoteurs fêtent leurs exploits dans les meilleurs restaurants en se félicitant de leurs méfaits.

 

Jacques Melly dans l’affaire des bouquetins n’a pas seulement montré son agacement à l’égard d’un réalisateur qu’il juge sans éthique, il a également révélé son incapacité viscérale, presque atavique, à s’attaquer avec force aux vices profonds qui submergent le Valais, la chasse aux bouquetins n’étant malheureusement qu’un écran de fumée devant cacher momentanément des pratiques autrement plus délétères contre la démocratie et l’état de droit : entrave à l’action pénale, abus d’autorité, gestion déloyale des intérêts publics, faux dans les titres, corruption passive et active, etc.

 

Relire Montesquieu est juste : « Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice ».

 

Dans le dossier du Verbiergate, intimement lié à des violations crasses de la LFAIE (3), l’une des difficultés principales auxquelles est confronté Jacques Melly est celle de l’auto-protection haut-valaisanne, dont l’efficacité a permis à Marianne Maret de battre Mathias Reynard : Monsieur Biondo est le chef de service à la compétence douteuse du Service Juridique du Registre foncier (4); Monsieur Zumstein « dirige » le groupe de travail ad hoc sur les constructions illicites de Bagnes; Monsieur Schmidt est le chef du département des finances, protecteur de ses camarades hauts-valaisans; Monsieur Philipp Spoerri est le chancelier de l’Etat du Valais. Jacques Melly ne veut pas se mettre à mal avec ces gens qui savent se couvrir, « faire patienter » les dossiers pourris et gérer les délinquants de leur bord avec cette maestria clanique que d’aucuns assimilent à une vraie mafia orange.

 

Monsieur Melly, ne voyez-vous pas que l’institution en Valais ne sert plus à défendre les droits des justiciables et l’Etat de droit, mais est utilisée à des fins cherchant à exclure la mise en application de la loi et les droits les plus simples des justiciables ?

 

Le Valais, ai-je écrit à plusieurs reprises, n’est pas un Etat de droit. Le Verbiergate en est certainement l’exemple le plus limpide de cette dernière décennie.

 

Dans un vrai état de droit, la justice pénale eût depuis longtemps utilisé la détention préventive. Un procureur eût été chargé à plein temps de procéder aux auditions séparées des personnes concernées et eût invoqué pour confirmer les emprisonnements préventifs le risque de collusion, même durant une période réduite (un à trois mois), comme cela a été le cas dans l’affaire des caisses de retraite (5) et dans maints autres dossiers dans lesquels les détenus, très souvent, sont des étrangers (p. ex., dans le domaine des trafics des stupéfiants).

 

Le cancer de la justice en Valais, m’a dit récemment un magistrat cantonal, est l’absence de célérité. Au sommet de la pyramide de notre canton, ce juge veut ignorer l’incompétence ou la malhonnêteté de certains « fonctionnaires » et « procureurs » au premier échelon des procédures pénales. Le cancer de la justice n’est pas cloisonné au seul organe de l’absence de diligence, il s’étend dangereusement vers d’autres zones sensibles, celles décisives de l’éthique, du bon sens, de l’équité et de la simple honnêteté. Et certains auxiliaires de la justice participent à ces infections en cascade … (6) (7) (8).

 

 

 

 

 

 

(1) Un lecteur assidu de L’1Dex propose de remplacer le syntagme « lanceur d’alerte » par « révélateur ». Je lui répondrai ainsi : le lanceur d’alerte est un révélateur.

(2) L’épithète « criminel » révèle non pas seulement des dysfonctionnements administratifs mais des actes pénalement répréhensibles commis au sein même des administrations publiques.

(3) LFAIE = Loi fédérale sur l’acquisition de biens immobiliers par des personnes domiciliées à l’étranger

(4) Compétent dans le champ de la LFAIE.

(5) La grande différence entre ces deux affaires est que le pouvoir politique, procureur et conseillers d’Etat, avaient en 2003 abandonné les présumés méchants, alors que dans l’affaire du Verbiergate, Maurice Chevrier a voulu protéger les coquins et que les Conseillers d’Etat ont fait confiance à leurs chefs de service affiliés au camp des oranges.

(6) La Vérité sur l’affaire Alain Cottagnoud

(7) Il est cinq heures, la vérité s’éveille

(8) Fissures et mérules, chroniques choisies du ministère public en Valais

(9) Le séjour institutionnel de Dick Marty en Suisse

 

 

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Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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