PATATRAS. SERVICE DE MISE EN DANGER DE L’ENFANT (139)

12 décembre 2019

Aujourd’hui, Edison, casquette de baseball sur la tête, m’a ému.

En 2009, Edison a 20 ans. Il est amoureux de Linda, 16 ans. Les deux tourtereaux sont Albanais. Ils s’aiment et un enfant est issu de ce premier amour. Blerim vient au monde. Les parents de la fille refusent toute union et éloignent leur fille de son copain. Celui-ci, pendant une année, revoit la mère et l’enfant en cachette. Un jour, les deux jeunes parents sont pris en flagrant délit d’amitié rapprochée, promenant une poussette. Probablement sur instigation des parents, des mesures judiciaires d’éloignement sont prononcées contre le jeune père. Fin du premier acte.

L’enfant grandit et reste présent dans le coeur du papa. Celui-ci prend contact plus tard avec le service de la jeunesse, parce qu’il désire revoir son fils. L’enfant a 5 ans. Sont organisés des « Points Rencontres ». Le père peut voir son enfant une fois par mois, le mercredi après-midi, de 14 heures 30 à 16 heures 30. Pendant deux heures, ils font des puzzles, jouent aux voitures, rient ensemble. Le service de protection de la jeunesse établit un programme : rencontre une fois par mois, le premier mercredi : mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre. En 2014. En 2015, le papa demande des rencontres moins espacées, puis propose que son droit de visite puisse avoir lieu à l’extérieur. Refus. Janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre. En 2015. Le père essaie d’obtenir plus. Refus. Refus. Refus. Encore refus. Le père sent que l’enfant s’éloigne de lui. Il en informe le service de protection de la jeunesse. « Si vous êtes pas content, prenez un avocat ». Le père n’en a pas les moyens. Le coeur arraché, en décembre 2016, il informe le service de protection de la jeunesse que, pour le bien de l’enfant, il va cesser de venir à ces « Points Rencontres ».

Aujourd’hui, Edison n’a plus 20 ans. Il prend soin de son autre enfant, une jeune fille, Alexandra, belle comme le jour. Cette petite, qui a 5 ans, ne sait pas qu’elle a un petit frère. Elle ne sait pas que son papa garde précieusement dans sa voiture les photographies de son garçon, les copies des convocations reçues, les écritures judiciaires.

Aujourd’hui, j’ai pris un café avec Edison, qui a été surpris de mon invitation. Après avoir commandé un expresso, il m’a dit : « Attendez-moi cinq minutes ici, je reviens, je veux aller chercher des papiers dans ma voiture pour vous les montrer ». L’attendant, j’ai croqué dans un croissant. Et puis, Edison est revenu. Il a enlevé un élastique qui retenait les chemises en plastique, dans lesquelles il conserve précieusement ces quelques souvenirs de son fils. Blerim avait cinq ans. Il sourit à son père, il paraît heureux d’être avec lui. Edison me montre une photographie avec un gâteau : « vous voyez, ce jour-là, j’ai pu fêter son anniversaire, seul avec mon fils, dans le coffre de ma voiture.  » Et puis, il prend une dernière photographie. Ce devait être en 2016 : « Vous voyez, celle-là, avec le sapin de Noêl, c’est la dernière fois que j’ai vu mon fils ».

Edison passera Noêl avec sa fille Alexandra, qu’il chérit plus que tout. Peut-être, un jour, lui dira-t-il qu’elle a un petit frère, Blerim, qui a grandi loin de son père, par la grâce des bons soins du service de la protection de la jeunesse. Qui sait, peut-être, un soir d’été, dans quelques années, à Vallorbe, à Porrentruy ou à Zinal, en camp de ski ou d’initiation à la grimpe, Alexandra rencontrera-t-elle son frère « disparu », elle lui fera un gros bisou et lui dira simplement : « tu sais, Blerim, tu as un papa formidable ».

C’est pas merveilleux, le service de la protection de la jeunesse.

Bonjour à Blerim, à Alexandra et à Edison.

 

 

Post Scriptum : si le titre de l’article parait obscur au lecteur … je m’avoue vaincu.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

5 thoughts on “PATATRAS. SERVICE DE MISE EN DANGER DE L’ENFANT (139)”
  1. Quelle horreur, encore une histoire de père forcé à oublier son enfant. Encore une situation bancale volontaire où on invite les parents à voir un avocat au lieu d’équilibrer la situation directement !

    Service servants à qui ?!? Ni à l’enfant et ni au parent éloigné ! Leur paye n’est pas dépendante du résultat sur les enfants mais sur le nombre de cas insolvable volontairement qu’ils amassent.

  2. Il ne serai pas inintéressant de connaitre l’avis du service concerné par ce cas.
    Ils ne peuvent pas simplement avoir dit au père, prenez un avocat si vous n’êtes pas content.
    Il doit bien y avoir une raison, peut être valable , à cet éloignement ?

  3. Au début – et mis à part ça, personnellement, je vérifie toujours quand même en lisant les dossiers – en entendant ce genre d’histoires glauques, on se dit qu’il doit y avoir une raison objective et valable qui motive un retrait du droit de garde ou/et de tout contact et/ou un placement.

    Puis, à force d’être confronté-e à ce genre de situations, on s’habitue à ne pas pouvoir s’habituer.

    Dans ce que j’ai vu qui a abouti aux mesures susmentionnées, pour une longue ou une courte durée, les motifs invoqués étaient, dans le désordre :

    – des plaintes d’ados au sujet de la sévérité de leurs parents

    – un signalement fait par l’école ou une dénonciation par une personne « qui veut du bien » à la famille, suite à des « marques » vues sur le corps de l’enfant, marques qui ont mystérieusement disparu lorsque l’enfant est examiné par un médecin

    – un décalage entre le comportement des parents et la « norme ». On ne sait pas exactement qui fixe cette norme, ni qu’elle est ni de combien on peut la dépasser sans conséquences, mais nos autorités ont une haute idée de « la » norme. Comme exemple de norme suffisamment dépassée pour qu’on décide d’un retrait de garde, je peux citer une femme médecin qui pratique l’hypnose et qui, de plus, avait l’outrecuidance de placer son enfant les jours où elle était de piquet

    – la nationalité et les coutumes « pas de chez nous »

    – un QI des parents trop bas ou trop haut et qui incommode à juste titre les intervenants qui, eux, ont un QI juste comme il faut

    Je vais m’arrêter là car je retourne travailler, mais, après 3 ans d’action dans le domaine de la protection de l’enfance, il y a une chose dont je suis dorénavant convaincue : si l’intelligence humaine a des limites, la bêtise, elle, est insondable car sans fond.

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