Confinement: ne pas se dérober à l’habitant de la cave!

22 mars 2020

(PAR CLAUDE LELIEVRE)

 

Une amie professeure de français nous adresse cette lettre stimulante de Kafka avant notre  »métamorphose » probable. Comme quoi les Lettres classiques mènent à tout, à condition d’en sortir

«  J’ai souvent pensé que la meilleure façon de vivre pour moi serait de m’installer avec une lampe et ce qu’il faut pour écrire au coeur d’une vaste cave isolée. On m’apporterait mes repas, et on les déposerait toujours très loin de ma place, derrière la porte la plus extérieure de la cave. Aller chercher mon repas en robe de chambre en passant sous toutes les voûtes serait mon unique promenade. Puis je retournerais à ma table, je mangerais avec ferveur et je me remettrais aussitôt à travailler. Que n’écrirais-je pas alors ! De quelles profondeurs ne saurais-je pas le tirer ! Sans effort ! Car la concentration extrême ne connaît pas l’effort. Sauf que je ne pourrais peut-être pas le faire longtemps, et qu’au premier échec, peut-être inévitable même dans de pareilles conditions, je serais contraint de me réfugier dans un grandiose accès de folie. Qu’en dis-tu, chérie ? Ne te dérobe pas à l’habitant de la cave !  « 

Franz Kafka, Lettres à Félice.

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