État du Valais, élection au Conseil d’État. 50 nuances d’incompétence. Le sculpteur de brouillard (45/50)

20 mars 2021

Un président PDC d’une commune du Valais romand, plus orange que les oranges sanguines de chez nous, m’a étonné par son sens de la formule éclairée, en évoquant « le sculpteur de brouillard ». Et je me suis interrogé: lequel des six candidats en lice mérite-t-il plus que les autres cette appellation ? Pour répondre à cette question, je me suis demandé ce qui pourrait être l’antonyme de cette expression; peut-être, le tripoteur de cambouis. D’un côté se trouve le charmeur de l’abstrait, de l’autre le maître du réel. Le manipulateur de concepts n’est pas le renifleur de la réalité.

Mais alors qui parmi les candidats au Conseil d’État sont ceux qui peuvent un peu changer le réel des gens ?

Les deux candidats hauts-valaisans sauront préserver les intérêts du Haut-Valais, continuer à amasser le maximum de subventions, maintenir le statut de la partie germanique du canton au niveau de ceux des seigneurs et non pas des vassaux, protéger les chefs de service du Haut. Ils feront et déferont les majorités au gouvernement. Les Hauts-Valaisans sauront les remercier par avance pour leur engagement, puisqu’ils savent que ces deux, Roberto et Franz, tiendront à leur égard toutes leurs promesses. Ces prochains conseillers d’Etat ne vont donc pas sculpter le brouillard, mais prendront des décisions concrètes qui, toutes, sauront prendre en compte les intérêts bien compris de leurs frères hauts-valaisans.

Christophe Darbellay a certainement bien des défauts. Mais les gens de son bord savent qu’ils peuvent politiquement compter sur lui. Certes, il doit parfois décevoir celles et ceux qui lui demandent d’intervenir pour eux. Mais, dans beaucoup de cas, il mettra les mains dans le cambouis et tentera l’impossible et il est capable de retournement de position assez étonnante pour défendre les siens. A Crans-Montana, dans une situation médiatiquement catastrophique, il a tenté d’empêcher le bateau touristique de sombrer, parc qu’il savait que le monde du tourisme l’attendait au contour. Certains diront qu’il n’a pas obtenu les effets qu’il recherchait, mais n’empêche il a mouillé sa chemise. J’entends déjà d’autres sons de cloches qui pourraient s’opposer totalement à cette vision, mais même ceux-là ne pourront pas dire qu’il a fui sans avoir tenté quelque chose. Il peut rater, mais il aura tenté. Par conséquent, dans le brouillard, il ne sculptera pas, mais cherchera à atteindre le soleil, à tout le moins un coin de ciel bleu.

Serge Gaudin n’est pas connu. Ainsi, on se sait pas comment ce pilote se comporte par gros temps dans le brouillard. Mais son parcours professionnel, dans le privé, dit de lui qu’il a dû nécessairement trouver des solutions concrètes aux problèmes qu’il a affrontés avec ses subordonnés. S’il aime le ski par beau et mauvais temps, il n’affrontera les pentes dangereuses, dans le brouillard, qu’après avoir analysé toutes les alternatives. Et il saura défendre le choix qu’il assumera.On le voit déjà suivre une voie assez droite dépourvu de trop de magouilles et de trop de compromissions.

Mathias Reynard sera massivement voté hors des Rouges par les acteurs de la santé, de l’enseignement, de la culture et par les petites gens. Ceux-ci, soucieux aussi d’une juste balance au sein du gouvernement, savent que leur voix sera entendue à l’intérieur de l’exécutif et se sentiront moins seuls. Le slogan de sa campagne, L’humain toujours, colle à son image et à son discours. On sent dans ses mots que l’être humain n’est pas une abstraction, mais un sujet concret de notre vie à tous. Il n’est pas insignifiant dans ce contexte qu’il ait choisi Albert Camus pour partager un repas en tête-à-tête, cet écrivain qui avait dit qu’il avait tout appris de l’homme dans ses expériences de football et d’acteur.

Frédéric Favre s’est engagé par conviction pour les Jeux Olympiques. Aujourd’hui il cherche des voies vertes …

… mais semble ne pas se souvenir que les écologiques combattaient sa vision olympique dégradante pour l’environnement, qu’il a cherché à compenser par les réponses qu’il a apportées à Smartvote. On a le sentiment qu’il est ici ce sculpteur qui apporte aux citoyens du brouillard, voulant faire croire à une concordance de ses actes avec ses déclarations. A supposer que les Verts tiennent la clef du résultat de dimanche prochain, on doute fortement que ceux-ci puissent en nombre le préférer à Serge Gaudin et à son économie circulaire. Ce même homme doute des propos de Christophe Darbellay qui affirme que le parti des oranges lui a donné quelque 15’000 voix sans avoir rien à eu à retour. Il réplique en disant …

… mais pourquoi douter de ces apports de voix conservatrices alors que son camarade Christophe lui-même a demandé aux siens de ne pas oublier sur sa liste le candidat PLR. N’aurait-il pas dû remercier simplement les supporters de Darbellay et leur demander avec sincérité de confirmer leur choix du premier tour sans se soucier des mots d’ordre qui, s’ils étaient suivis, feraient d’eux de serviles moutons. On perçoit ici un homme politique qui ne cherche pas même à sculpter le brouillard, mais à rester dans les nuages sombres sans prendre le moindre risque pour trouver une ouverture permettant à son avion d’éviter la foudre.

Le moins pro actif des candidats par temps de brouillard, j’en suis convaincu, est le candidat PLR, ce qui dicte assez facilement la composition du prochain gouvernement valaisan.

Certes, en politique, l’incertain domine. Mais la surprise, en l’état, serait que Frédéric Favre soit réélu. Pourtant, personne ne veut faire un pronostic affirmé, car, il y a quatre ans, personne n’aurait misé un kopek sur le Vétrozain qui peut encore penser que la sagesse des citoyens valaisans le maintiendront au gouvernement.Pas sûr pourtant que les Hauts-Valaisans le supporteront avec autant d’entrain qu’au premier tour de cette élection à La Planta.

Dans le brouillard, confronté à l’incertitude de la démocratie, le scuplteur politique peut, dans son imagination, tout concevoir. Mais il faut aujourd’hui être un artiste remarquable pour tailler dans le bronze un costard de président du gouvernement au Chef du Département des Institutions.

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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