A ma tante Berthe, qui a rejoint le pays des justes
30 mars 2021
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« Véronique et Francisco revinrent quelques minutes plus tard. Tous les quatre partagèrent ensuite les boissons et les victuailles, éparpillées sur la table de conférence. Francisco avait eu la bonne idée de choisir aussi une tarte aux pommes. Le pâtissier n’avait pas lésiné sur le beurre. Le gâteau était excellent. Thomas l’apprécia plus que les autres, peut-être simplement parce que le grillé de la pâte lui rappelait ces bons moments où son père le laissait seul auprès de sa tante Berthe dans un petit village du Languedoc. A chaque fois qu’il était ainsi abandonné en pension temporaire, une onctueuse tarte aux pommes avait été préparée en son honneur. Il avait tant aimé croquer dans les pommes encore chaudes qu’il retrouvait ce jour-là ce parfum d’enfant resurgi sans qu’il l’eût voulu dans sa mémoire d’adulte. Peut-être regrettait-il simplement de ne pas avoir su remercier la pâtissière d’antan, sa tante, pour ces gestes répétés qu’il appréciait toujours autant. Parfois encore, il prenait en fin de semaine sa voiture, et sans même prévenir quiconque, il retournait dans ce village d’enfance, s’arrêtait dans la cave à vins qui avait remplacé la maison à volets verts de jadis, plaisantait avec la jeune fille aux cheveux bruns et épais et au nez en trompette qui le connaissait depuis toujours. En sirotant un vin frais du pays, il repensait à ce jour cruel où il dut porter le cercueil de celle qui ne lui confectionnerait plus ces tartes aux pommes si croustillantes. Sur le chemin du retour, des larmes lui venaient, comme si celles-ci pouvaient lui faire oublier ces moments bénis d’un passé révolu. Cette cave à vins avait remplacé dans son esprit la chambre qui était la sienne lorsque sa tante le couchait le soir après lui avoir réservé le dernier morceau, à ses yeux encore plus doux que les autres. »
Berthe est morte aujourd’hui, à quelques pas de ma maison, sur les hauts de Sion, dans la même chambre peut-être que son père, il y a plus de cinquante ans.
Elle était pour moi la Sainte Trinité, la Bonté, la Générosité et la Sincérité.
Elle a rejoint le pays des Justes.
Bonjour à Marie qui a su l’écouter sur les Hauts de Gravelone, et à Pierre et Arthur qui étaient là à son dernier souffle.
Très beau texte
Tout s en va …