Affaire FIFA, Gianni Infantino. Les mercenaires de la présomption d’innocence

22 mai 2021

Les mercenaires de la FIFA sont parfois très respectueux du droit procédural : un journaliste laisserait-il supposer que les rencontres secrètes initiées par Rinaldo Arnold seraient suspectes qu’ils invoqueraient immédiatement le respect de la présomption d’innocence. Ce syntagme devient pour ces artistes des mots une arme rhétorique destinée à créer une zone de silence entourant et protégeant la Très Sainte Sainteté de Gianni Infantino.

Ah, vous dévoilez la présence du trio haut-valaisan (Marti, Infantino, Arnold) dans un palace bernois fréquenté le même jour par le procureur de la confédération et vous décrivez le ticket commun de restauration que vous devenez alors le méchant, violant la présomption d’innocence, la vie privée et la liberté de consommer.

Pour ces gens-là, la liberté d’expression et de presse équivaut à trahir par essence la présomption d’innocence dès l’instant où le nom de leur client apparaît dans les médias, à moins que ce ne soit un panégyrique donnant alors droit occasionnellement à quelque prébende ou billet de spectacle gratuit assorti de la possibilité de baiser l’annulaire de Sa Très Haute Seigneurie.

Que l’on puisse « imaginer », preuves à l’appui, comme vient de le faire le New York Times, que le président de la FIFA puisse avoir apporté son concours silencieux mais actif au projet de la Super League et apparaître alors comme un traître à ses propres « valeurs », et voilà que la technique du déni est mise en route avec l’assentiment des médias les plus vertueux : « Gianni Infantino n’a pas démenti ses échanges, mais a rappelé que l’institution n’avait jamais été favorable à ce projet » : « Écouter certains clubs et parler avec certains clubs ne signifie certainement pas que la FIFA était derrière, était de connivence ou complotait pour un projet de Super Ligue. Non. ». Ou ceci : « C’est aussi ma responsabilité, la responsabilité de la FIFA de rencontrer et de discuter avec les parties prenantes », a ajouté Gianni Infantino.

Les petites gens, arrimés à leur bon sens et à leur seule raison, savent ce dont il s’agit. Ainsi, Greg, dans L’Equipe : « Opposé à la Super League mais favorable à un mondial de clubs et à une coupe du monde tous les 2 ans… Une belle hypocrisie ». Ou Ray : « Mais oui bien sûr ! Bien sûr ! Il est contre depuis que le projet est à l’eau sinon il les soutiendrait pour emmagasiner un maximum de fric ! »

Dans ce jeu de polichinelles arrimés au mensonge et à son messager le plus affûté, le déni, le Valais du Haut a prêté, à un moment clef de l’histoire de ce « système mafieux », pour reprendre une formule lapidaire d’un très grand connaisseur du monde du football, Didier Roustan, son « entregent » [entre gens], sa faculté à faciliter les relations dans l’entre-soi de chez soi et avec soi[e].

Le ministère public de la confédération [MPC], dès la mi-juin 2015, s’est appliqué, avec une constance qui force le respect, à invalider avec persévérance les actions initiées à Zurich par le FBI. Démontrant une absence de flair procédural qui pose question à n’importe quel juriste suisse aguerri au droit pénal, les procureurs du MPC se sont enlisés dans des actes procéduraux, commis ou omis, qui ont provoqué un chaos ineffable sans que quiconque ne songe à mettre de l’ordre dans ce « bordel ». Et, révélations aidant, telles celle de Rémi Dupré dans Le Monde, lorsqu’il a fallu faire appel à un procureur ad hoc extraordinaire, voilà-t-il pas que le Tribunal pénal fédéral, auprès duquel venait d’être nommé Senor Thormann, un ancien procureur du MPC, par sa Cour des plaintes, considère que certains communiqués du procureur ad hoc Stefan Keller, guère prudent doit-on l’admettre, ne remplissaient pas les réquisits d’une communication empreinte de suffisamment d’apparence d’impartialité.

Bullshit !

Oh oui, que tout cela est frappé du non-sens pour quiconque connaît les arrêts multiples et variés rendus par les autorités juridictionnelles professionnelles helvétiques dans le champ de la récusation des magistrats. Ceux-ci se protègent dans l’entre-soi de leurs officines pour refuser des requêtes en récusation frappées du sceau du bon sens; et voilà que ces mêmes magistrats s’empressent de renvoyer chez lui cette brebis galeuse, Stefan Keller, qui n’est pas de leur monde, et pourrait enquêter sur certains procureurs du MPC bien trop enclins à servir les intérêts de la FIFA.

Mais, heureusement, que le Haut Valais, ce pays si cher à Blatter, Infantino, Arnold et Marti, a pris les choses en mains et a organisé des rencontres secrètes destinées à remettre l’Eglise au milieu du village, peu avant que Platini n’annonce sa candidature, puis la retire (« AFFAIRES FIFA. CHRONOLOGIE DU DESASTRE BLATTER – PLATINI – INFANTINO – LAUBER – ARNOLD » du 21 août 2020 [cliquer ici]).

Les mercenaires de la FIFA (avocats, consultants, conseillers occultes, « ami », prébendiers, communicants, …) entrent précisément en jeu lorsque le quatrième pouvoir, la presse d’investigation fouine, et ils brandissent alors leur étendard favori, le drapeau arc-en-ciel de la très sainte présomption d’innocence,que l’on s’évertue en d’autres occasions de nier dès l’instant où les intérêts de l’organisation nécessitent une autre bienveillance, celle de la violence symbolique nécessaire pour écarter les moutons noirs.

Le mercenaire, nous dit le dictionnaire, inspiré par le profit, n’agit que pour un salaire et est à la solde d’un gouvernement étranger. Comme me l’a écrit récemment l’un de ces soldats de la FIFA, il ne serait pas assez stupide pour travailler pour un maigre salaire horaire, il préfère disposer d’un solide fond de caisse qu’il saura faire fructifier avant de mettre ses qualités rhétoriques au service du Prince à qui il sourit en pensant au prochain chèque qui nourrira ses caprices.

L’antonyme de mercenaire est honorable.

 

Illustration : Sion, vue sur les château de Tourbillon et de Valère [promotion touristique concrète, après la raclette, de notre beau Valais].Crédit photographique : L’1Dex.

 

Références utiles :

L’Equipe (cliquer ici)

L’1Dex (cliquer ici)

Le New York Times (cliquer ici)

News.in-24 : (cliquer ici) [une traduction en anglais de l’article de … L’1Dex !]

Didier Roustan (cliquer ici)

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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