Electricité, commune de Sion. Les libellules de la discorde

23 février 2023

La dame est ulcérée : « C’est tout simplement du terrorisme écologique ! » Mais d’où vient ce courroux d’une contribuable aisée habitant sur les hauts de Sion ?

Les habitants des quartiers de Saint-Rémy et des Amandiers se plaignent de la suppression totale de l’électricité dans ces zones résidentielles. Dans le noir, dans le très noir même, né d’une prétendue nécessité de faire des économies en énergie, un jeune adolescent a subi récemment une tentative d’agression. Ses agresseurs ont surgi de l’obscurité, il ne les a pas vus. Des chutes, dans le noir, dans le très noir, ont eu lieu, les piétons déséquilibrés n’étant pas pourvus de rayons lumineux. Non, et encore non, ces coupures d’électricité ciblée, destinée aux contribuables les plus juteux du canton, ne passent pas. Elles sont même honnies dès l’instant où ces gens-là voient que les bâtiments de l’EPFL, à la Rue de l’Industrie, sont constamment allumés et ne semblent pas souffrir de la solitude de l’obscurité.

Mais cette colère qui éclot s’est transformée en un sentiment encore plus désagréable lorsqu’il a été fait état d’une volonté institutionnelle de protéger dans ces zones résidentielles des insectes, des libellules semble-t-il, qui ne résistent pas la nuit à la lumière des lampadaires publics. « Non, mais, disent ces gens-là, comment peut-on à ce point faire droit aux attentes écologiques ? Protéger les libellules et abandonner dans le noir notre jeunesse ! Les dirigeants de la commune sont devenus fous. »

Le conseil communal de Sion va probablement devoir se saisir de la situation et n’exclut pas de créer une commission de chasse aux libellules avec l’espoir de convaincre cette espèce de s’envoler vers Les Celliers de Champsec, un lieu éminemment protégé.

On murmure au Grand-Pont que Raphaël Marclay aurait convaincu Philippe Varone de lui laisser la présidence de la commission. Il vient de commander aux éditions La Salamandre « Ma vie de libellule » après avoir lu cette avenante introduction :

« Etranges créatures aux couleurs métalliques, les libellules nous fascinent depuis toujours. D’abord, elles ont un charme, une grâce et une élégance qui leur sont propres. Mais surtout, ces insectes aux immenses yeux globuleux mènent une vie tout à fait extraordinaire. Elles s’accouplent dans les airs, passent leur enfance au fond de l’eau, puis un jour grimpent et changent de peau pour se faire belles et prendre leur envol. Ma vie de libellule célèbre ce miracle de l’évolution. Inspiré par les photos renversantes de Daniel Magnin, le philosophe Alain Cugno livre des textes envoûtants qui donnent la parole à ces insectes au corps de feu. Les libellules se racontent avec poésie et offrent des réflexions philosophiques qui touchent de près l’existence humaine. Une leçon de vie insoupçonnée par ces délicates filles de l’air. »

Les humains se détruisent en Ukraine, autant sauver les libellules à Sion.

Christian Varone, le commandant de la police cantonale, n’a, semble-t-il, pas été entendu. Il privilégiait, lui, l’humain, et voulait laisser les libellules à leur triste sort d’insectes incompris.

 

Post Scriptum : le carnaval est pourtant fini.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.