Il a fallu un post sec, sans pincettes, de Regelegorila pour remettre le doigt là où ça fait mal : les Epstein Files n’ont jamais été traités sérieusement, ni politiquement, ni judiciairement. Pas en profondeur. Pas jusqu’au bout. Pas là où ça dérange vraiment.

Tout est pourtant connu. Documenté. Archivé. Témoignages, carnets de vols, réseaux d’intermédiation, complicités actives ou passives. Un système de prédation sexuelle organisé, protégé par l’argent, les relations, le prestige. Et surtout : une liste de puissants qui ne peut pas être un simple décor.
Alors que s’est-il passé ?
Un bouc émissaire mort en cellule. Une exécutante condamnée. Et autour, un silence institutionnel assourdissant. Comme si l’affaire pouvait être « soldée » sans jamais poser la seule question qui compte : qui savait, qui participait, qui a couvert ?
C’est exactement ce que Regelegorila a exprimé, abruptement, sans le vernis hypocrite des communiqués officiels : on a volontairement dépolitisé et déjudiciarisé une affaire éminemment politique et judiciaire. On a réduit un scandale systémique à un fait divers sordide. On a protégé le sommet en sacrifiant le bas.
Car les Epstein Files ne sont pas un problème moral isolé. Ils sont une radiographie du pouvoir contemporain : réseaux opaques, impunité de classe, justice à deux vitesses. Si un citoyen ordinaire avait été impliqué dans le dixième de ce qui est documenté, il aurait été broyé. Là, on temporise. On classe. On dilue.
Le plus inquiétant n’est même pas l’ampleur des crimes. C’est la réaction des États. Pas de commission internationale indépendante digne de ce nom. Pas de levée complète du secret. Pas de poursuites transversales. On protège la stabilité du système plutôt que la vérité.
Et qu’un influenceur, venu de la pop culture, ose dire ce que tant de responsables politiques murmurent à huis clos — ou ne disent pas du tout — est révélateur. Ce n’est pas son ton qui choque. C’est ce qu’il révèle par contraste : la lâcheté institutionnelle.
Les Epstein Files auraient dû déclencher un séisme mondial. Ils n’ont provoqué qu’un malaise passager. Ce n’est pas un échec de la justice par manque de preuves. C’est un choix politique.
Le problème n’est pas que Regelegorila parle trop fort.
Le problème, c’est que ceux qui devraient parler n’ont toujours rien dit.
Post Scriptum :
Regelegorila, côté cinéma et séries, c’est l’anti-langue de bois par excellence : pas de révérences, pas de jargon pseudo-intellectuel, mais un regard instinctif, tranchant, souvent juste, qui parle d’abord au spectateur réel et non au petit cénacle des sachants. Il ne fait pas de théorie du cinéma, il fait ce que beaucoup ont cessé de faire : dire franchement si une œuvre vaut le temps qu’on va lui donner. On peut ne pas toujours être d’accord avec lui — c’est même sain — mais ses avis ont une qualité rare : ils sont lisibles, assumés et cohérents. Suivre ses conseils en matière de films et de séries, ce n’est pas suivre un gourou, c’est s’offrir un filtre honnête dans une industrie saturée de marketing, de buzz creux et de critiques complaisantes.
Que pense Alain Bauer ?