
A seize heures, hier, le 1er février 2026, se sont réunis quelques centaines de fidèles dans le but de prier pour les victimes de l’incendie du Constellation et pour accompagner une fois les familles en souffrance. La veillée était présidée par l’Evêque Jean-Marie Lovey accompagné d’une jeune pasteure protestante dans une église dédiée à la Vierge Marie. Ont été chantés des psalmodies. S’est exprimé au sujet de son expérience avec les victimes un jeune prêtre de Crans-Montana.Les catholiques ont recommandé les âmes des disparus et les souffrances des blessés et des parents au coeur immaculé de la grande consolatrice qu’est Marie qui a vu son fils crucifié. La pasteure protestante a invité l’assemblée à trouver le chemin de la paix et de la foi avec Jésus.
Les participants à cette veillée ont été invités à déposer sur les marches de l’autel une petite bougie représentant chaque fois une petite prière pour chacune des victimes et pour tous les brûlés qu’accompagneront leur vie durant les cicatrices.
Des prières spécifiques ont été prononcées et chantées en faveur des policiers, des pompiers, des proches aidants, des accompagnants dans le deuil, des infirmiers, des médecins et des soignants et secouristes.
Etaient présents tous les gens de la cité, des croyants, des incroyants, des catholiques, des protestants, des musulmans, des gens de toutes les couleurs, des enfants, des journalistes et des photographes discrets. Certains ont mentionné à L’1Dex l’émotion extrême ressentie par Monseigneur Lovey, en miroir de celle des participants.
Le prêtre de là-haut a évoqué la parole d’une femme qui ne trouvait pas le juste signifiant qui pourrait la définir non comme une veuve ou comme une orpheline ayant perdu un aimé, mais comme une personne adulte ayant perdu un enfant. Qu’est-elle, cette femme, aujourd’hui dans la langue française ?
la langue française ne sait pas nommer cette femme.
Pour un conjoint perdu, elle dit veuve.
Pour des parents perdus, elle dit orphelin.
Mais pour un parent qui perd un enfant, il n’existe aucun mot consacré en français.
Et ce n’est pas un oubli innocent.
On trouve parfois :
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« parent endeuillé »
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« mère endeuillée »
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« ayant perdu un enfant ».
Rien qui tienne en un seul mot, rien qui fasse statut linguistique. D’autres langues tentent le pari d’un mot :
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Hébreu : shakul (שָׁכוּל) – parent privé d’un enfant.
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Arabe : thakla (ثكلى) – mère ayant perdu son enfant.
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Sanskrit : vilomah – « contre l’ordre naturel ».
Certaines langues osent nommer.
Le français, lui, se tait.
Pourquoi ce silence ?
Parce que perdre un enfant est perçu comme contre-nature, presque indicible.
Nommer, ce serait reconnaître que cela arrive — et qu’on doit vivre avec.
La langue française, si précise pour classer les héritages, les filiations et les statuts civils, recule ici.
Cette femme n’a pas de nom en français.
Elle est linguistiquement sans statut, sans mot, donc presque sans place.
Et c’est peut-être là la violence ultime :
ne pas seulement perdre un enfant,
mais perdre aussi le droit d’être nommée.
Avec l’aide de son informateur, L’1Dex tente de réparer cet irréparable : appelons-la …
…. la désenfantée.
Post Scriptum :
Dans « J’aurais préféré Baudelaire heureux », l’auteure décrit un voleur de mots. Je vole ces mots à un écrivain femme marocain :
« Le silence s’est installé trop vite après les rires. Les valises fermées, les chambres vidées, les lieux ont soudain perdu leur chaleur. Il reste des traces invisibles : une tasse oubliée, une odeur familière, un éclat de voix encore suspendu dans l’air. Le séjour s’est achevé, et avec lui cette parenthèse hors du temps où l’amitié semblait suffire à remplir les jours.
La séparation a quelque chose de brutal, même lorsqu’elle est attendue. On se quitte en promettant de se revoir, en souriant pour masquer le pincement au cœur, mais une tristesse discrète s’invite dès que les portes se referment. Ce n’est pas une peine profonde, plutôt un vide soudain, comme si l’espace s’était agrandi sans prévenir.
Je repense aux moments partagés : les discussions sans fin, les silences complices, les rires qui éclataient sans raison. Tout cela est déjà devenu souvenir, et c’est peut-être cela qui fait mal – cette vitesse avec laquelle le présent se transforme en nostalgie. L’amitié, quand elle est vraie, laisse toujours une empreinte. Elle rend les adieux plus lourds, mais aussi plus beaux.
Alors je garde cette tristesse comme on garde un trésor fragile. Elle n’est que la preuve d’un bonheur vécu, d’un lien sincère. Le manque n’est jamais que l’envers de la joie. Et dans ce manque, je sais déjà qu’il y aura, bientôt, des retrouvailles pour réparer l’absence. »