HEXAGON, UN GÉANT QUI CARTOGRAPHIE LE MONDE INDUSTRIEL

16 mai 2026 #industrie, #Précision;

HexagonAB, le géant discret qui cartographie le monde industriel

Hexagon AB, c’est l’autre Hexagon: non pas le négociant valaisan d’engrais, mais un groupe industriel suédois devenu en quelques décennies l’un des champions mondiaux de la mesure, des capteurs et des logiciels de «réalité numérique». Basé à Stockholm et coté à la bourse Nasdaq Stockholm, le groupe revendique aujourd’hui environ 24 000 employés dans plus de 50 pays et un chiffre d’affaires de l’ordre de 5 à 5,5 milliards (dollars ou euros selon les sources), ce qui en fait un poids lourd de l’industrie technologique européenne.

De la métrologie aux jumeaux numériques

Historiquement, Hexagon AB s’est construit autour de la mesure de précision, avec trois piliers: la géomatique (géodésie, GPS, cartographie), la métrologie industrielle et les hautes technologies. Le groupe a notamment intégré des marques emblématiques comme Leica Geosystems, référence mondiale des instruments de mesure pour le bâtiment, le génie civil ou la topographie. Au fil des ans, l’entreprise a absorbé plus de 170 sociétés entre 2000 et 2022, étoffant un portefeuille de plus de 35 marques commerciales pour couvrir tout ce qui relie le monde physique aux données numériques.

Un empire structuré en cinq grandes divisions

Aujourd’hui, Hexagon organise son activité autour de cinq grandes divisions: Asset Lifecycle Intelligence, Autonomous Solutions, Geosystems, Manufacturing Intelligence et Safety, Infrastructure & Geospatial. L’idée est toujours la même: capter des données via des capteurs ou des systèmes de mesure, les traiter par des logiciels, puis les réinjecter dans des solutions d’aide à la décision. Cela va de la cartographie aérienne et des systèmes de positionnement à la métrologie 3D pour l’industrie, en passant par des plateformes de jumeaux numériques qui permettent de simuler l’usine, la ville ou l’infrastructure du futur.

Dans son discours, Hexagon AB se positionne comme un pionnier de la «réalité intelligente»: créer des jumeaux numériques et des flux de données intégrés pour réduire les coûts, améliorer la qualité et raccourcir les délais de mise sur le marché. La division Manufacturing Intelligence, par exemple, revendique la capacité de couvrir tout le cycle de vie d’un produit, de la conception à l’inspection finale, avec pour horizon l’«usine sans prototype», où la simulation et la mesure remplacent en grande partie les essais physiques. Cette approche, doublée d’investissements massifs en R&D – Hexagon annonce environ 4 000 employés en recherche et développement et près de 3 700 brevets – vise à verrouiller sa place de leader sur plusieurs marchés industriels: automobile, aéronautique, construction de machines, etc.

Vu depuis le Valais et L’1Dex, Hexagon AB incarne cette nouvelle aristocratie industrielle qui opère loin des fumées d’usines, dans un univers de capteurs, de data et d’algorithmes. Sa promesse – plus d’efficacité, plus de durabilité, plus de contrôle – séduit des secteurs entiers, sans que le débat public suive vraiment sur ce qu’implique, politiquement, la généralisation des jumeaux numériques et de la mesure totale: qui possède les données? qui décide des usages? qui bénéficie des gains de productivité? Hexagon AB ne fabrique pas seulement des instruments, il dessine les standards avec lesquels l’industrie se voit et se mesure elle‑même – un pouvoir discret, mais immense, qui mériterait d’être davantage interrogé, jusque dans nos régions où l’on rêve d’«industrie 4.0» sans toujours regarder qui tient le logiciel.

 

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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