DIX MILLIONS D’HABITANTS ET ZÉRO QUESTION

3 juin 2026 #Démographie, #IA;

 

(PAR LA RÉDACTION COLLECTIVE DE L’1DEX)

Le grand angle mort du débat suisse

La Suisse s’apprête à voter sur une initiative visant à limiter sa population à dix millions d’habitants.

Le débat est intense. Les partisans évoquent la pression sur le logement, les infrastructures, les transports, l’environnement, les écoles, les hôpitaux et l’identité du pays. Les opposants rappellent les besoins de l’économie, le vieillissement démographique et la prospérité nationale.

Tout cela est parfaitement légitime.

Mais un élément frappe par son absence.

Un silence.

Un vide.

Un angle mort.

Au moment même où la Suisse débat de la taille future de sa population, le monde entier débat simultanément de l’arrivée massive de l’intelligence artificielle et de son impact sur l’emploi.

Or ces deux débats concernent exactement la même question : combien d’êtres humains seront nécessaires demain pour faire fonctionner notre économie ?

Et pourtant, le Conseil fédéral semble les traiter comme s’ils n’avaient aucun rapport.

C’est étonnant.

Une contradiction apparente

Depuis deux ans, les gouvernements, les banques, les cabinets d’audit, les entreprises technologiques et les universités répètent le même message.

L’intelligence artificielle va transformer le marché du travail.

Des millions d’emplois administratifs, juridiques, comptables, médicaux, techniques ou commerciaux seront automatisés partiellement ou totalement.

Les gains de productivité annoncés sont considérables.

Certaines études parlent d’une révolution comparable à celle de la machine à vapeur ou de l’électricité.

Les mêmes autorités qui saluent ces gains de productivité expliquent pourtant simultanément que la Suisse devra continuer à importer toujours davantage de main-d’œuvre étrangère afin de soutenir sa croissance.

Quelque chose ne colle pas.

Si les machines remplacent une partie croissante du travail humain, pourquoi faudrait-il toujours davantage de travailleurs ?

La question mérite au minimum d’être posée.

Le tabou démographique

Le véritable sujet n’est peut-être pas l’immigration.

Le véritable sujet est la démographie économique.

Pendant deux siècles, la croissance a reposé sur une équation relativement simple :

plus d’habitants signifiait plus de travailleurs, donc plus de production, donc plus de richesse.

L’intelligence artificielle vient précisément bouleverser cette équation.

Pour la première fois dans l’histoire, une augmentation spectaculaire de la production pourrait intervenir sans augmentation proportionnelle du nombre de travailleurs.

Peut-être même avec moins de travailleurs.

Cette possibilité devrait être au cœur du débat.

Elle en est pratiquement absente.

Le Conseil fédéral sait-il quelque chose que nous ignorons ?

Il existe plusieurs explications possibles.

La première est que les effets de l’intelligence artificielle sont surestimés.

Dans cette hypothèse, les destructions d’emplois seraient largement compensées par la création de nouvelles professions. L’économie continuerait alors à avoir besoin d’une forte immigration.

C’est une position défendable.

Mais elle devrait être explicitement formulée.

La deuxième hypothèse est plus dérangeante.

Les autorités considèrent peut-être que les besoins démographiques actuels resteront élevés pendant encore vingt ou trente ans malgré l’automatisation.

Là encore, cela mériterait d’être expliqué.

La troisième hypothèse est la plus inquiétante.

Personne ne sait réellement ce qui va se passer.

Dans ce cas, les projections démographiques utilisées aujourd’hui reposent peut-être sur des modèles déjà dépassés par la révolution technologique en cours.

Or bâtir la politique migratoire d’un pays sur des hypothèses économiques potentiellement obsolètes constitue un risque considérable.

Une question de transparence intellectuelle

Le problème n’est pas que le Conseil fédéral défende une position.

Le problème est qu’il semble éviter une question fondamentale.

Si l’intelligence artificielle va effectivement bouleverser le marché du travail comme on nous l’annonce chaque semaine, quelles conséquences cela aura-t-il sur les besoins démographiques de la Suisse ?

Combien d’emplois seront supprimés ?

Combien seront créés ?

Dans quels secteurs ?

À quel horizon ?

Quel sera l’impact sur les salaires ?

Sur les assurances sociales ?

Sur l’immigration ?

Sur le logement ?

Sur les infrastructures ?

Le citoyen suisse est en droit d’obtenir des réponses.

Le risque du déni

Le plus grand danger n’est pas de se tromper.

Le plus grand danger consiste à refuser de voir que deux réalités se percutent.

D’un côté, une révolution technologique présentée comme la plus importante depuis l’invention d’Internet.

De l’autre, des projections démographiques qui semblent parfois supposer que rien de fondamental ne va changer.

Or les deux affirmations ne peuvent pas être vraies simultanément sans explication.

Peut-être que la Suisse aura effectivement besoin de dix millions d’habitants.

Peut-être qu’elle en aura besoin de onze.

Peut-être que neuf millions suffiront.

Personne ne le sait aujourd’hui avec certitude.

Mais précisément pour cette raison, le débat public mérite mieux que des slogans démographiques d’un côté et des promesses technologiques de l’autre.

Il mérite une confrontation honnête entre les deux.

Car avant de décider combien d’habitants la Suisse devra accueillir demain, il faudrait peut-être commencer par répondre à une question plus simple :

combien d’êtres humains seront encore nécessaires pour accomplir le travail que les machines apprendront à faire à leur place ?

3 thoughts on “DIX MILLIONS D’HABITANTS ET ZÉRO QUESTION”
  1. Ou , le wokisme a été installé pour éviter de pouvoir se poser des questions .
    Pour ceux qui ne comprennent pas, exemple :
    On ne peut plus appeler un chat un chat.

  2. Excellente question. Maintenant est-ce que le ou les millions de futurs remplacés, assureurs ou fonctionnaires ou encore assistants administratifs de telle ou telle entreprise accepteront d’aller bosser à l’usine ? Ou à l’EMS ? Ou à l’hôpital ? Ou aux pompes funèbres ? Ou au nettoyage ? On peut vraiment se poser la question en Suisse, parce que les gens ont des fois tellement de sécurité et de poils dans la main que l’immigration vaut mieux. Ah, si Angela Merkel était là pour nous conseiller.

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