Avoir mille ans

J’ai mille ans. Je ne compte plus les nuages qui envahissent le ciel. Je regarde la télé, sans comprendre vraiment ce qui se passe. Ce qui bouillonne loin de moi. J’ai mille ans et ne suis plus capable de compter les pertes. Mon verre à moitié vide me tient la jambe depuis que celui à moitié plein s’est brisé lorsque j’étais jeune. J’ai mille ans et ma peau épaisse et grasse ne laisse plus rien passer. Pas même la brise légère de fin d’été. Le temps ne signifie pas grand chose.

Qui se fout de Lampedusa et des « restes » du monde ?

Il y a quelque chose dans la psychologie humaine qui m’échappe. 10 noyés par-ci, 10 noyés par-là, tout le monde s’en contrefout, surtout s’ils ne sont « pas de chez nous »[1]. Mais 300 africains qui coulent d’un coup, là c’est assez pour consacrer un article ou faire une déclaration politique. Enfin, quelques jours durant, jusqu’à ce qu’un autre objet polémique de type « burqua » occupe les cerveaux et médias. Un exemple parlant: quand le pape – avant la dernière tragédie – a dénoncé ce qui se passe à Lampedusa, je me suis réjouie que la situation fasse enfin l’objet d’une plus grande couverture médiatique. J’ai cru m’étouffer quand, le soir même, le journaliste de Forum posait la véritable question de fond méritant d’être débattue sur les ondes de La Première: « Le pape est-il de gauche ? ». C’est une honte.

Les mateurs de Roms et leur mode d’emploi

Christian Estrosi et Oskar Freysinger ne se connaissent pas. Pas encore. Le premier est le beau gosse de Nice, le second le hérault en catogan du Valais réactionnaire. Ils ne se connaissent pas. Mais peut-être devraient-ils songer à organiser, sous le soleil niçois ou valaisan, une conférence internationale portant sur les modes d’emploi pour « mater » Roms et gitans.