(Par Stéphane Riand)
Ignace Rey était un lobbyiste. Le lobbyiste pratique le lobbying.
La pratique du lobbying peut être définie comme l’influence du processus décisionnel public par un groupement d’intérêt privé, issu de la sphère économique ou sociétale. En tant que processus, le lobbying intègre nécessairement la veille, l’analyse stratégique et l’influence à différents échelons (relations institutionnelles, relations publiques, relations presses, etc.). C’est dire que le lobbying, incorpore en amont une première phase d’intelligence économique, et, en tant que stratégie d’influence, une démarche globale de communication incoporant les affaires publiques (cf. Wikipedia).
Un lobbyiste travaille parfois dans des restaurants. Il est amené dans son travail à inviter des hommes d’influence. Et à payer des tickets de restaurant.
Ignace Rey était le lobbyiste en titre de la FMEF et de la CRPE. Le monde de la fonction publique dans son ensemble admettait que la même personne assume ce double rôle.
Et à la fin du mois de juillet 2002, Ignace Rey s’est rendu, à Genève, à la Place de Bourg, invitant des personnes qui pouvaient contribuer à l’avancement des propositions qu’il avait à défendre. Et il paya la facture.
On va admettre que ces frais de repas ne peuvent à l’évidence être acquittés à double, à la fois par la FMEF, puis par la CRPE. Si tel était le cas, on se retrouverait face à un escroc, ou face à un secrétariat fort peu diligent et scrupuleux.
Or donc la police, dans ses nobles investigations, parvient à la conclusion que le dénommé Ignace Rey a fait acquitter à double ces factures. On retrouve en effet, aux dates des 3 et 4 août 2002, deux factures, pour un montant identique, payée simultanément par la FMEF et par la CRPE de Fr. 205.75. La conclusion est simple : Ignace Rey est un escroc, une sorte de filou d’auberge, se servant par l’intermédiaire des comptes de l’association et de la fondation dont il assume le lobbying.
La chose est donc simple. Toute simple. Sauf que, par les grâces des poubelles efficacement fouillées, Ignace Rey a retrouvé bien plus tard le ticket de restaurant du Restaurant Carnivor. Et l’a transmis sans délai au juge d’instruction pénale. Et le prix du repas était de … Fr. 411.50.
Le lecteur de L’1dex, sans être un féru de mathématiques ni un physicien chevronné, aura de lui-même procédé à la division par 2 du montant figurant sur le ticket de restaurant. Le résultat est à la hauteur des espérances du plus innocent : Fr. 205.75. Précisément le montant précis réparti, par souci d’équité et de vérité, entre la FMEF et la CRPE.
Que croyez-vous qu’il advint ? L’autorité judiciaire maintint son jugement de condamnation pour escroquerie.
Cette petite histoire servira plus tard la grande. Elle indique que même devant l’évidence la plus évidente des magistrats peuvent éviter les divisions enclines à apporter une autre vérité. La raison en est probablement que dans le cursus des études universitaires le juriste n’a plus à s’inquiéter des règles fixées par la science. Ou que, peut-être, la puissance de calcul de la police constitue une aide suffisante en cas d’opérations trop difficiles à fixer dans un raisonnement logique.
On a dit que j’étais un mauvais communicateur, ce que confirme à l’évidence la pièce jointe que liront certains amis d’une autre vérité.
Le Carnivoire – Lettre du 22 avril 2011
J’avais immédiatement écrit au magistrat compétent. Qui demeura devant cet argument, – et devant tous les autres -, de marbre. Le silence est une arme de grande efficacité lorsque l’on sait – de certitude absolue – appartenir au clan des vainqueurs.
Post Scriptum I : Pour ceux qui ont manqué les premiers feuilletons : « C’est une imposture » (0) + « L’imposture de l’impartialité » (1) + « L’imposture du bonsaï » (2)
Post Scriptum II : A bientôt pour « L’imposture des politiques » (4)

Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais rien compris à cette affaire.
Je me réjouis de la suite.
J’attends des explications sur les placements.
Monsieur Praz, votre intervention, la première, est magnifique. Peut-être me poussera-t-elle à écrire une 17ème imposture (vous voyez, le feuilleton n’est pas court). Je pourrais l’intituler par exemple « L’imposture des placements » (17).
Mais sachez déjà qu’AUCUN reproche n’a été fait à M. Rey pour les placements de manière générale. Par conséquent, les placements n’ont pas été analysés dans le cadre judiciaire (quant à l’affaire STRATOS pour laquelle a été condamné M. REY, j’y reviendrai (mais il faudra que vous patientez, puisque « L’imposture notariale » fera l’objet du chapitre (14) et « L’imposture stratosphérique » du chapitre (15).).
Après « L’imposture des politques » (4) est prévue « L’imposteur inspectrice » (5). Car, en fait, votre remarque est liée au premier rapport de l’Inspection Cantonale des Finanaces, celui-là même qui a permis au NF de titrer quelque chose du style de « Perte de 113 millions ». Mais en fait tout cela n’appartient pas au champ pénal. Ce fut une « magnifique » campagne de lobbying médiatique contre un lobbyiste devenu par la grâce du moment un bouc-émissaire permettant d’oublier un instant tous les problèmes auxquels sont confrontées les caisses de pension et qui, comme par hasard, ont resurgi cette année sans que de gros titres viennent amplifier les soucis des administrateurs diligents. Car, voyez-vous, M. Praz, – et ce n’est pas M. Albert Bétrisey qui me contredira (!) -, la bourse et les placements c’est quelque chose de fort peu maîtrisable, de fort volatile, comme le savent tous les banquiers savants. Et les autres. Et qui expliquent des pertes par dizaines de millions, sans que quiconque ne s’offusque de ces placements qui dérivent vers d’insondables pertes.
Un mot encore : vous dites n’avoir rien compris à l’affaire … c’est la preuve que vous êtes en très bonne santé mentale. Je défie quiconque de m’expliquer pour quelle raison M. Rey a été condamné. Et c’est la raison pour laquelle M. Rey peut dire qu’il ne comprend rien à ce qui lui arrive. Mais patientez, dans quelques chapitres, vous croirez avoir compris ce qui s’est passé. Et c’est là que vous serez en danger, car vous devrez juger par vous-même et en tirer quelques conclusions. Peut-être …
Merci pour votre réponse qui me rassure.
Je croyais être complètement ignare alors que d’autres sont remplis de certitudes.
Je serai donc patient. Mais l’épisode de la note de restaurant est ahurissant.