Le grand interview de Pascal Crittin a été très lu. Le pressentant, je n’ai pas résisté à inclure, en post scriptum, une question qui n’avait naturellement rein à voir avec No Billag. Mais c’était une vraie question, dans un champ qui ne m’est pas inconnu.
La question de L’1Dex
Est-il admissible qu’aucun journaliste de la RTS, à la suite de l’éclatement des affaires Weinstein et Buttet, n’ait interrogé au moins l’une des 45 femmes qui ont voté NON en 2012 à la motion Freysinger pour la pénalisation du harcèlement ?
La réponse de Pascal Crittin
Nous avons entendu à la RTS plusieurs femmes politiques s’exprimant dans le sillage des affaires de harcèlement, dont certaines tenant un discours relativement « dur ». Je me souviens notamment de Doris Fiala, présidente des femmes PLR et conseillère nationale (ZH), disant dans un Forum de décembre que « les femmes ne sont pas des petites fleurs, elles doivent être capables de se défendre ». Elle était alors en débat face à Adèle Thorens. Les différents points de vue des femmes sur l’attitude à adopter en pareil cas ont donc été entendues sur nos antennes.
La critique
Le lecteur aura compris de lui-même que Pascal Crittin n’a pas du tout répondu à la question. Il a simplement affirmé que les femmes au discours « dur » avaient été entendues et les femmes au discours « victimaire » l’avaient été aussi.
La question était d’une autre nature. Parmi les 45 femmes qui ont voté NON à la motion Freysinger visant à la pénalisation du harcèlement, la très grande majorité ne se situe pas du tout dans la mouvance du discours de Doris Fiala, de Catherine Millet, de Catherine Deneuve et de leurs copines. Par conséquent, le citoyen ne peut que s’interroger sur la vraie cause du NON à la pénalisation du harcèlement « commis » par ces femmes, qui sont dans leur large majorité en opposition avec le discours des « dures » (Catherine Millet a notamment dit avec clarté son opposition de principe à la pénalisation du harcèlement de rue). On n’imagine notamment pas les femmes parlementaires socialistes tenir le discours de Doris Fiala ou de Catherine Millet. Et pourtant ce sont ces femmes, Monsieur Crittin, avec des hommes, dont Mathias Reynard qui promeuvent aujourd’hui une motion visant à pénaliser le harcèlement de rue, qui ont voté NON en 2012 à la motion Freysinger.
Appelons un chat un chat. Un grand nombre de ces NON, notamment les NON des socialistes, furent exclusivement liées au fait que la motion était conduite par Oskar Freysinger. Ce jour-là, les socialistes qui défendent prétendument les combats d’idées ont fait de la pure politique politicienne.
Et aucun journaliste n’a interrogé ces parlementaires, notamment les 45 femmes, sur les raisons pour lesquelles elles avaient voté NON, alors qu’elle rangent aujourd’hui derrière ceux et celles qui ne supportent pas les actes, grave et répétés, de harcèlement, psychologique, sexuel et moral.
Alors, OUI, Monsieur Crittin, interrogez-vous sur la cause de cette omission récurrente du côté de la RTS, dont la redevance pourrait aussi servir à de justes combats, dont celui de la pénalisation du harcèlement.
Peut-être me suis-je mieux fait comprendre ?
Bonjour à ces 45 femmes très heureuses de ne pas être « poursuivies » par des journalistes parlementaires trop curieux !
Post Scriptum : je reviendrai certainement prochainement sur le discours de Catherine Millet dans le Débat d’idées conduit par Le Monde et sur la réponse dans Libération du dernier Prix Goncourt 2016, Leïla Slimani. Je ne peux que vous encourager à lire ces textes.