Pirmin Zurbriggen, l’homme qui a accompagné Christian Constantin et Christophe Darbellay sur les hauts du Matterhorn pour raviver la flamme olympique avec du fioul sentimental quitte le conseil d’administration de l’entreprise de remontées mécaniques de Saas Fee.
Je ne sais pas quel effet cette nouvelle a sur vous, qui hésitez encore entre le OUI et le NON le 10 juin, mais cette information a eu pour effet que Francis, mon voisin d’apéro, m’a payé un coup de fendant, à 11 heures, au 13 novembre, et m’a dit : « tu sais, j’hésitais encore entre le oui et le non, mais finalement, je me suis dit que, là-haut, tu sais, dans la tête de nos chefs, il y a juste trop de chaos, trop de bordel, trop de vide. Je sais, on me dire que Saas Fee n’a rien à voir avec les Jeux, mais moi, tu sais, je trouve que ça sent mauvais pour le projet olympique quand je vois que Pirmin quitte ce navire pour laisser le gouvernail uniquement à je ne sais qui. Alors, oui, Pirmin est pour les Jeux, mais il abandonne quelque chose qui a à voir avec la neige, le tourisme, les sports d’hiver et le Valais. Alors ça sent plus bon du tout et je dis, à mon petit niveau de maçon de tout en bas, ça suffit. Voilà, t’en dis quoi ? ».
Je n’ai rien dit. J’ai trouvé le mec plein de bon sens. Ses yeux pétillaient d’intelligence. Alors je lui ai dit : « Après La Dame de Sion, j’aimerais une petite dôle de Gillard, tu m’accompagnes ? ». Le gars n’a pas dit non. Il m’a parlé ensuite de Zizou, de Ramos, de Christian C. et il est revenu, les yeux même pas brumeux, sur Saas Fee : « Pourquoi Pirmin n’a pas attendu le 10 juin pour démissionner ? » Devant mon silence, il m’a dit, en avalant la dernière goutte : « Je crois, moi, qu’il est pas très fûté, notre champion, non ? ». A nouveau, je n’ai pas su que répondre et je lui ai rappelé la chute de Joël Gaspoz en 1987. Il m’a regardé et m’a dit : « c’est la seule fois que j’ai pleuré devant la TV ».
Lorsque je me suis levé pour préparer des oeufs au plat pour mes filles, il m’a dit : « Je ne vais pas pleurer le 10 juin, ils sont vraiment trop bêtes tous ceux de là-haut ! ».
Bonjour à toi, Francis !
JO 2026 en Valais, on peut être farouchement pour ou contre. Dans chaque camp on trouve des personnes qui défendent avec honnêteté et bonne foi leur avis. Pour ma part, les exploits sportifs et la grande fête Olympique ne m’ont jamais fait vibrer. L’esprit de compétition ne me parait pas une qualité qui a fait avancer l’humanité; et l’esprit de clocher qui fait hurler de joie une foule – du moment que le vainqueur a le même drapeau que celle-ci sur son passeport- me rappelle à la chanson de Brassens, à propos des imbéciles heureux qui sont nés quelque-part.
Pour autant, si je ne partage pas le plaisir et l’émotion qu’éprouvent les fans de sports, je comprends bien qu’une telle passion est source de petits et grands bonheurs qui participent au bien être d’une société et que chacun doit être libre de s’exprimer et de pratiquer une activité qui lui apporte du plaisir. Cependant, ce qui me gêne dans cette manifestation, c’est le fait qu’on va me faire participer contre mon gré puisque on m’oblige à acheter un billet dont le prix n’est d’ailleurs pas fixé. Le fond de soutien financier de 100 millions de francs engagé par le canton du Valais est tout de même puisé dans la caisse que j’alimente avec mes impôts.
J’entends des propos rassurants de personnalités de tous bords impliquées dans le projet qui parient même que des bénéfices résulteront de ces jeux. Ces gens, que je crois honnêtes en proportion égale aux opposants, me promettent des lendemains qui chantent. Je rêve qu’ils joignent des actes à la parole, qu’ils me démontrent leur certitude par un engagement concret : et si plutôt que d’engager la caisse commune, ils mettaient personnellement de leur poche ce montant ? Dix-milles personnes, entreprises ou sociétés engagées et passionnées qui amènent dix-milles francs chacune = 100 millions… Ou une forme d’engagement participatif qui permet à tout un chacun de s’impliquer à la hauteur de ses moyens pour atteindre ce montant, bref, je demande à être convaincu de la bonne foi de tous ces gens qui parient sur les bienfaits de ces Jeux Olympiques… avec l’argent des autres.