« Personne n’set jamais parvenu à m’arracher à cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » ou le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive ».
« Chaque fois que je reviens à Nice, je me rends au marché de la Buffa. J’erre longuement parmi les poireaux, les asperges, les melons, les pièces de boeuf, les fruits, les fleurs et les poissons. Les bruits, les voix, les gestes, les odeurs et les parfums n’ont pas changé, et il ne manque que peu de chose, presque rien, pour que l’illusion soit complète. Je reste là pendant des heures et les carottes, les chicorées et les endives font ce qu’elles peuvent pour moi ».
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« Je sentis qu’il fallait me dépêcher, qu’il me fallait en toute hâte écrire le chef-d’oeuvre immortel, lequel, en faisant de moi le plus jeune Tolstoï de tous les temps, me permettrait d’apporter immédiatement à ma mère la récompense de ses peines et le couronnement de sa vie ».
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« – Mon fils est officier de réserve et il vous dit merde !
Elle ne faiait pas de distinction entre « est » et « sera ». Le galon de sous-lieutenant prit soudain à mes yeux une importance et une signification énormes, et tous mes rêves se réduisirent provisoirement à celui, beaucoup plus modeste, de défiler en uniforme de sous-lieutenant aviateur au marché de la Buffa, avec ma mère à mon bras. »
J’ai eu ce matin la chance, ce n’était pas prévu à mon programme, mais la vie vous réserve des surprises étonnantes, d’assister à un « cours » de français, dont l’objet littéraire était la relation – magnifique – entre Romain Gary et sa mère. J’avais lu, deux fois même je crois, « La vie devant soi », mais je ne connaissais pas les autres livres de « Emile Ajar ». Je n’ai pas lu « La promesse de l’aube ». En quelque vingt minutes, cette amoureuse de Gary m’a fait sourire et pleurer, sourire puis pleurer, sourire en pleurant.
L’écoutant, je me suis dis à moi-même. « C’est un gâchis … cette dame me parle, je suis seul, je n’ai rien demandé, et la voici, alors que pointe à travers une vitre le soleil de là-bas, ces mots m’atteignant en plein coeur, qui pourraient être diffusés à travers les ondes vers tout le monde. L’entendant et devenant ami avec Romain Gary, je suis désolé de ne pas avoir eu des professeurs si passionnés, qui m’auraient fait encore plus aimé la littérature.
« Parfois, aussi, je cesse d’écouter et je reste simplement couché là, à respirer. C’est un repos bien gagné. J’ai vraiment fait de mon mieux, tout ce que j’ai pu. »
L’amour abyssal me fait toujours pleurer. Aimer à ce point la littérature, ne pas le savoir, le comprendre peut-être à la réaction de l’auditeur, c’est un peu comme cette femme qui, sur les Hauts de Vienne, entrevoit un torrent de larmes chez un homme croisé par hasard, qu’elle aura le lendemain oublié, devinant simplement qu’elle a été, un instant furtif, la cause de cette émotion.
« Elle mettait son manteau gris, prenait sa valise, et je la voyais qui marchait énergiquement vers cet avenir brillant, la canne à la main. Elle marchait avec une canne, à présent ».
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« J’étais bête ee je le suis demeuré – bête à tuer, bête à vivre, bête à espérer, bête à triompher ».
Bonjour à toutes les passionnées de littérature.
Merci Stéphane, heureux sois-tu d’avoir cette oeuvre à découvrir : j’aimerais bien pouvoir en faire autant une seconde fois.
La promesse de l’aube est le plus bouleversant. Je te conseille ensuite Education européenne, Les racines du ciel et Clair de femme.
La vie de Gary elle-même est un roman : des biographes comme Dominique Bona en ont tiré leur propre littérature.